Les Palestiniens et les élections municipales à Jérusalem-est

Bulletin N°78
Par Ziad Abuzayyad
Photo : Affiches électorales, RealJstreet

Les élections municipales israéliennes ont étés largement boycottées par les résidents palestiniens de la Ville sainte. Un choix qui fait partie intégrante de la stratégie de résistance à l’occupation.

Plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis que la partie Est de Jérusalem, arabe jusqu’alors, est passée aux mains des Israéliens. Le nombre de Palestiniens qui vivaient à ce moment à Jérusalem-Est est passé de 65 000 à 300 000, tandis que la population juive, inexistante avant la guerre de 1967, compte à présent plus de 180 000 personnes. Le conseil municipal de Jérusalem-Est, élu par les Arabes avant la guerre, a été dissous par les autorités israéliennes et intégré à l’administration juive qui gérait Jérusalem-Ouest. Au lendemain de la guerre, Israël a pris le contrôle des institutions publiques et gouvernementales, a détruit le quartier musulman d’Abu Madeen pour agrandir la place du Mur des lamentations et a commencé à bâtir des quartiers juifs dans toute cette partie de la ville. Cette politique des « faits accomplis » visait et vise toujours à changer la géographie et la démographie de Jérusalem. La municipalité juive s’est toujours efforcée de développer et promouvoir l’établissement de quartiers juifs tout en délaissant les zones arabes (lire « La planification urbaine, outil de la judaïsation de Jérusalem- Est », page 14).

Dès 1967, Israël a décidé unilatéralement l’annexion de la ville, des immeubles et des terres mais pas de ses résidents qui, selon la version officielle israélienne, étaient des touristes jordaniens en voyage à Jérusalem-Est quand la guerre a éclaté (sic). La juridiction israélienne a également été étendue à cette partie de la ville contre la volonté de ses résidents, qui sont dès lors traités comme des étrangers à qui on octroie une carte de résidence et non la citoyenneté (lire : «Résident permanent », le statut des Palestiniens de Jérusalem», page 13)

Au cours des 20 dernières années, tout espoir d’aboutir à un règlement politique entre les Israéliens et les Palestiniens s’est évanoui. La colère et la peur du futur s’amplifient dans les esprits et les coeurs des Palestiniens de Jérusalem. Ils se sentent oubliés aussi bien par Israël que par l’Autorité palestinienne qui, dans le cadre des accords d’Oslo de 1994, s’était engagée à n’entreprendre aucune action dans la ville. D’autre part, Jérusalem est de plus en plus dominée par les juifs pratiquants qui cherchent à imposer leurs traditions religieuses à la population de la ville. En résulte que de nombreux juifs laïques choisissent de partir pour Tel Aviv ou d’autres villes où ils peuvent vivre leur vie loin de toute ingérence religieuse. Cet exode a provoqué une baisse de l’influence des communautés juives laïques restées sur place, qui tentent depuis quelques années de convaincre les Arabes de participer aux élections municipales et de s’engager auprès des partis laïques de gauche, notamment le Meretz.

Dans ce contexte, les Arabes de Jérusalem ont été sujets à des pressions visant à les convaincre de voter à ces élections. En fait, les partis sionistes cherchent à récupérer les votes des Arabes depuis le début de l’occupation israélienne. A chaque élection, des centaines de Palestiniens sont menacés de licenciement par leurs employeurs s’ils ne votent pas pour un certain parti. Ces actes étaient connus de tous mais n’avaient finalement qu’une influence minime sur les résultats. Néanmoins, au cours des dernières élections, les électeurs arabes ont fait l’objet de pressions  encore plus soutenues de la part des partis de gauche et de droite, chacun pour des intérêts propres et différents. 

Un phénomène relativement nouveau s’est produit au cours des préparatifs des élections d’octobre dernier. Certains Palestiniens ont été poussés à se présenter aux élections sur une liste indépendante. Les partisans de cette idée affirmaient que s’ils étaient élus, ils protégeraient les intérêts arabes dans la ville, qu’ils offriraient aux Palestiniens de meilleurs services, plus de zonage, de permis de construire, de salles de classe et une meilleure défense de leurs intérêts auprès du ministère de l’Intérieur qui fait appliquer la loi sur l’entrée sur le territoire, loi qui permet de révoquer leur droit de vivre dans la ville.

Ces promesses peuvent paraître attrayantes mais ne correspondent pas à la réalité. Les Palestiniens n’attendent aucune justice de la part de l’occupant. Leurs problèmes à Jérusalem ne relèvent pas des services fournis ; il est d’ordre politique et juridique. Jérusalem-Est, tout comme la Cisjordanie, sont occupés. Les Palestiniens de Jérusalem-Est se sentent palestiniens avant tout. Ils ne reconnaissent pas la légitimité de la juridiction israélienne, imposée sur leur ville par la force militaire. Ils estiment que la participation à des élections municipales organisées par les autorités israéliennes, avec leur loi électorale, revient à reconnaître la légitimité de la juridiction et de l’occupation israéliennes à Jérusalem-Est. L’écrasante majorité des Palestiniens s’oppose à la participation aux élections municipales à cause de ces implications politiques. Selon eux, les problèmes ne viennent pas d’un manque de services ou d’assistance mais de la situation politique générale qui compromet leur dessein commun, à savoir de se débarrasser de l’occupation et de faire de Jérusalem la capitale de l’Etat de Palestine. 

Les manœuvres autour des élections municipales de Jérusalem en octobre 2018 visaient en fait à briser le consensus établi entre les Palestiniens et à les faire participer à des élections régies par la loi israélienne. Malgré les pressions et incitations venant de tout l’échiquier politique israélien, moins de 2 % des Palestiniens se sont exprimés dans les urnes au cours de ces élections. Ce scrutin était un référendum sur le statut de Jérusalem. Il en est clairement ressorti que Jérusalem, malgré la mainmise israélienne sur l’intégralité de la ville, fait partie des territoires palestiniens, qu’elle est destinée à devenir la capitale de l’État de Palestine et qu’aucune légitimité ne sera jamais accordée à son annexion ni à son occupation. 

Ziad AbuZayyad est le corédacteur du Palestine Israel Journal (www.pij.org), membre du Conseil national de l’OLP, ancien ministre des Affaires de Jérusalem de l’Autorité palestinienne et ancien membre du Conseil législatif palestinien.

Des voix palestinienne contre le boycott électoral Face au blocage de toute perspective de paix et face à la persistance des discriminations dont font ils font l’objet, certains Palestiniens de Jérusalem Est estiment que la participation aux élections. Au risque de normaliser la réunification illégale de la ville (et donc l’occupation de sa partie Est), ceux-ci opposent la nécéssité , ils cherchent à faire du poids démographique qu’ils représentent une force de frappe propice à infléchir une politique jusqu’à présent tournée vers la négation du fait palestinien.    C’est le cas de Ziad Abu Sarah.  Objectif : dénoncer le statut actuel, qui taxe les Palestiniens tout en niant leurs besoins et en les privant de leurs droits politiques, et assurer à ces derniers une représentation à la hauteur de leur poids démographique dans les conseils municipaux. « Le boycott électoral a échoué à préserver – et a même déterioré – la présence Palestinienne à Jerusalem Est. Il s’agit de présenter une alternative viable pour contourner ». Etude à l’appui, il souligne que  Les diverses pressions juridiques . Il a également du compter . Il a également du faire face aux pressions de segments importants de la société palestinienne, attachée àau boycott. Les espoirs du militant se sont toutefois rapidement fracassés sur la réalité de l’occupation. Menacé de perdre son statut de résident, « la présence palestinienne Un épilogue qui montrent que ni          


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