Le retour du « serment d’allégeance »

Editorial – Bulletin 46

Ces dernières semaines ont vu ressurgir dans le débat public israélien la vieille antienne de la reconnaissance d’Israël comme « Etat juif ». En effet, le gouvernement israélien a adopté, en  octobre 2010, un avant-projet de loi qui vise à faire d’Israël, selon le Premier ministre, Benyamin Netanyahou un « Etat-nation du peuple juif, et c’est ce qui guide la politique du gouvernement tant au niveau intérieur qu’extérieur ». D’aucuns voient dans cette proposition une manière de torpiller de manière durable toute possibilité d’accord politique entre Israéliens et Palestiniens. En effet, un tel serment d’allégeance aurait des conséquences à court et à long terme sur la négociation politique entamée entre Israéliens et Palestiniens. Exiger des Palestiniens, et en particulier du Premier ministre, Mahmoud Abbas, la reconnaissance du caractère juif de l’Etat d’Israël, c’est fragiliser davantage la position du Premier ministre palestinien sur la scène intérieure et internationale. Avec d’autres conséquences en cascade :

•    Pour les Arabes israéliens, cette proposition sonnerait le glas de toute perspective d’intégration de la minorité palestinienne, qui constitue près de 23% de la population israélienne. Ils deviendraient de la sorte, non plus ce qu’ils sont déjà, à savoir des citoyens de seconde zone, mais des citoyens de troisième, voire de quatrième zone susceptibles d’êtres transférés à tout moment vers un hypothétique Etat palestinien.

•    La question épineuse du retour des réfugiés pourrait, elle aussi, être sérieusement mise à mal par cet avant-projet de loi. Cette nouvelle disposition législative sur la citoyenneté israélienne servirait de  parade infaillible à toute vélléité de discussion sur le règlement de la question des réfugiés.

Cependant, les autorités israéliennes s’évertuent -comme à l’habitude- à présenter leur Etat comme « juif et démocratique ». Deux termes que d’aucuns décrivent comme totalement incompatibles et dont les conséquences pour les Palestiniens, en Israël et dans les Territoires palestiniens, ne sont plus à démontrer. Ce qui amène Ahmed TIBI, membre arabe de la Knesset à s’exprimer dans ces termes : “Il n’existe aucun Etat à travers le monde qui oblige ses citoyens à prêter un serment d’allégeance, qu’il soit d’ordre idéologique ou sectaire. En se conduisant ainsi, Israël prouve qu’il n’est pas égalitaire et qu’il est, à vrai dire, démocratique pour les Juifs et juif pour les Arabes ».

Une forte opposition à cet avant-projet de loi a vu le jour en Israël. Ainsi Tzipi LIVNI, ex-ministre des Affaires étrangères, pourtant peu connue pour ses sympathies envers les Palestiniens, y voit un texte qui « affaiblit Israël, ternit son image et inquiète nos concitoyens arabes ». D’autres personnalités politiques se sont élevées contre cette initiative, à l’image d’Itzhak HERZOG, ministre travailliste, qui y diagnostique « des relents de fascisme dans les marges de la société israélienne ». Enfin, à l’appel du parti communiste, 10.000 personnes se sont rassemblées dans les rues de Tel-Aviv, ce 16 octobre 2010, pour dire non à cette dérive d’une partie de la classe politique israélienne.
Pour nous, ce type de proposition de loi constitue l’antithèse de nos conceptions de la démocratie et de l’état de droit.

Il s’agit là d’un retour en force inquiétant des théories de l’apartheid dans la conduite d’un Etat.

Pierre Galand
Président
Novembre 2010

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