Le Hamas, cœur de l’affrontement

Selon Israël, le blocus qu’il inflige à la bande de Gaza a pour seul motif la sécurité des Israéliens. Depuis le 19 septembre 2006, l’État hébreu a déclaré ce territoire (et non le gouvernement du Hamas) « entité hostile », soit neuf mois et demi après la victoire électorale du mouvement islamiste. Mais qu’est-ce donc que le Hamas ?

1 Comment le Hamas est-il né ? Pendant les années 70 et 80, l’occupant israélien n’a pas hésité à favoriser l’émergence d’un puissant mouvement religieux dans les territoires palestiniens occupés, pour faire pièce aux factions nationalistes de l’OLP (Fatah, FPLP, FDLP, etc.). Ce calcul s’est révélé désastreux pour ses initiateurs : en décembre 1987, alors que la première intifada (soulèvement) palestinienne éclatait, les islamistes palestiniens, aidés par leurs coreligionnaires égyptiens (les Frères musulmans), créaient le « Hamas », acronyme arabe de « Mouvement de la résistance islamique ». Le Hamas n’allait plus cesser de se développer avec un discours et des actions radicaux, soutenus par une charte, de 1988, qui comporte des relents antisémites et voue Israël à la destruction.

Ismael Haniyeh, premier ministre palestinien
Ismael Haniyeh, premier ministre palestinien

2 Est-ce un mouvement terroriste ? Même si le suicide est prohibé dans l’islam, le Hamas va recourir à l’arme dite « du faible », le terrorisme par attentats suicides, surtout dans les années 94 et 96, puis lors de la seconde intifada dans les années 2001 à 2005. Il expliquait agir en représailles contre des actions israéliennes (massacre de Hébron en 1994 ou assassinat de Yehya Ayache, l’un de ses cadres militaires, en 1996, par exemple). Ces attentats suicides firent des centaines de morts.

Le Hamas estime, et il n’est pas le seul, que les Israéliens pratiquent, eux, « le terrorisme d’État » en bombardant sciemment des cibles près desquelles se trouvent des civils (durant les guerres au Liban en 2006 et à Gaza en 2008-2009, plus de 2.000 civils dont de nombreux enfants ont péri). Des forces juives ont par ailleurs perpétré de nombreux assassinats de civils avant la création d’Israël.

Le Hamas est en tout cas catalogué comme « mouvement terroriste » par Washington et l’Union européenne.

3 Quels sont ses liens avec la Syrie et l’Iran ? Le régime laïque nationaliste arabe de Damas aide le Hamas en offrant le gîte à sa direction exilée. Les contempteurs du Hamas pointent surtout l’Iran d’Ahmadinejad comme le « tuteur » du mouvement islamiste. Téhéran aide sans nul doute le Hamas puisqu’il s’en vante. Les islamistes palestiniens sunnites ont besoin d’argent et d’armes, l’Iran chiite cherche un point d’appui dans le conflit israélo-palestinien pour ancrer son leadership. Il est néanmoins difficile d’accréditer l’idée que le Hamas est une créature de Téhéran (qui digéra par exemple très mal qu’il participât aux élections de 2006).

4 A-t-il connu une évolution idéologique ? Le Hamas n’a jamais été un mouvement purement religieux, il s’est tout de suite inscrit dans la lutte nationaliste palestinienne. En cela, il n’a pas grand-chose en commun avec la mouvance dite d’« Al-Qaïda », qui pratique, contrairement au Hamas, le terrorisme international. Des groupuscules proches de cette dernière idéologie se sont développés à Gaza ces dernières années, contestant l’islamisme jugé par eux trop modéré du Hamas.

Par ailleurs, le leadership « hamzaoui » a fort évolué : de nombreux caciques du mouvement – dont le radical cheikh Yassine assassiné par une bombe israélienne en 2004 – ont dit accepter l’idée d’une trêve de longue durée avec Israël pourvu qu’un État palestinien soit créé dans les frontières de 1967 et que le droit au retour des réfugiés soit reconnu. Après avoir boycotté les élections palestiniennes de 1996, le Hamas a d’ailleurs accepté de participer à celles de 2006 (et il les remporta…).

Ceci n’empêche pas que parmi ses affidés on trouve des personnes, y compris une part des enseignants, qui n’hésitent pas à exploiter la dure répression israélienne pour professer des idées antisémites et valoriser la posture de martyr.

5 Ce mouvement est-il monolithique ? Le Hamas est un mouvement de masse qui recrute ses partisans dans toutes les couches de la société palestinienne. Il n’est donc guère étonnant que des opinions variées s’y expriment. Grosso modo, le leadership en exil commandé par Khaled Mechaal est plus radical que celui de Gaza ou de Cisjordanie. Et l’aile militaire à Gaza est plus dure que l’aile politique, laquelle abrite des dirigeants dont on peut deviner les dissensions de temps à autre. Mais le mouvement applique une sorte de « centralisme démocratique » qui fait taire les voix discordantes une fois prise par la direction toute décision stratégique.

6 Comment expliquer son succès électoral ? Le Hamas a, depuis sa création, fondé son action sur un travail social minutieux, apportant un soutien concret aux démunis grâce au dévouement de ses militants. L’argent vient des notables, des taxes de la contrebande des tunnels vers l’Egypte et de l’aide externe comme celle de l’Iran. Mais le succès électoral de 2006 doit beaucoup à l’échec du Fatah d’Arafat puis d’Abbas à présenter les fruits concrets du processus de paix avec Israël depuis 1993. Le Fatah s’était aussi distingué par la corruption ostensible de ses caciques. Par opposition, les cadres du Hamas étaient réputés pour leur intégrité. Au pouvoir à Gaza, certains auraient aussi versé dans la concussion.

La mainmise autoritaire du Hamas dans la bande de Gaza depuis 2007 pourrait avoir affecté sa popularité. Mais le siège que subit le territoire n’a pas contribué, bien au contraire, à affaiblir le mouvement islamiste. La population se préoccupe beaucoup de l’amère discorde qui déchire les rangs palestiniens selon qu’ils penchent pour le Hamas ou le Fatah. Une situation qu’Israël cherche à maintenir, avec le concours des Occidentaux qui avaient pourtant, comme Israël, accepté que le Hamas participe aux élections de 2006. Qu’il gagna à la surprise générale.

BAUDOUIN LOOS

Bibliographie sommaire : Les Frères musulmans, Xavier Ternissien, Fayard, 2006 ; Le Hamas, Khaled Hroub, Démopolis, 2008 ; Le Grand Aveuglement, Charles Enderlin, Albin Michel, 2009 ; La Nouvelle Guerre médiatique israélienne, Denis Sieffert, La Découverte, 2009.

@LE SOIR, jeudi 9 juin 2010

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