Le festival de la récolte des olives de Bethléem

Samedi 30 octobre, la dixième édition annuelle du Festival de la récolte des olives de Bethléem aura lieu Place de la Mangeoire, au cœur de la ville. Cet événement est une célébration de la culture et de la vigueur palestiniennes mettant en vedette la fabrication de faïence, l’artisanat, le savon artisanal et des plats traditionnels aux côtés de produits saisonniers liés aux olives.

La récolte des olives, un processus intensif qui prend de trois à quatre semaines en octobre et décembre (pour les olives vertes et noires, respectivement) est sur le point de commencer. Le climat de la Palestine est idéal pour la culture des olives, qui nécessite des hivers froids et des étés chauds, mais peu de précipitations seulement. Les oliviers, qui sont 12 millions dans la seule Cisjordanie, représentent une partie vitale de la culture, de l’histoire et de l’économie de la Palestine. Les oliviers sont cultivés depuis plus de 4000 ans avant [notre ère] et chaque arbre peut vivre des centaines d’années. Ils sont de loin le produit agricole le plus important de la région, ce qui représente plus d’un quart du revenu national brut. Les arbres sont aussi extrêmement productifs, réputés pour leurs nombreux dérivés, y compris l’huile, les savons, les fruits et un bois délicat et malléable.

Parce qu’il faut plus de huit ans à un olivier pour porter des fruits, il a fini par représenter à la fois la paix nécessaires à sa culture et la culture palestinienne qui les a élevés depuis des temps reculés dans cette région. En raison de cette relation symbolique particulière, Israël a adopté pour politique de déraciner et de raser les oliviers, interdisant à de nombreux Palestiniens d’accéder à leurs plantations et privant des milliers de familles de leur source de revenu. Plus de 400.000 oliviers ont été déracinés uniquement pendant la guerre contre Gaza et la destruction se poursuit à peu près au rythme d’un par minute. Au total, plus d’un million d’arbres a été déraciné, avec de nombreux autres devenus inaccessibles en raison de la présence des colonies israéliennes et de la construction du mur.

oliviers palestiniens au printemps, village de Ni'lin (@Ahmed Mesleh)
oliviers palestiniens au printemps, village de Ni'lin (@Ahmed Mesleh)

Une grande partie du mur lui-même (ou « clôture de sécurité », comme l’appelle Israël) a été construit sur ce qui était des terres agricoles, illégalement confisquées aux agriculteurs locaux. En outre, les Palestiniens qui sont maintenant séparés de leurs fermes ont besoin d’un permis israélien pour traverser les différents points de contrôle le long du mur. Ces permis sont extrêmement difficiles à obtenir et peuvent être refusés ou révoqués sans raison. Si un agriculteur n’est pas en mesure d’accéder à ses oliveraies pendant une longue période de temps, ils sont juridiquement considérés comme « abandonnés » et peuvent être saisis par les colons. De nombreux agriculteurs sont donc confrontés au choix odieux de laisser leurs cultures – souvent la seule source de revenu – en friche ou de risquer la sécurité de leur famille en essayant de récolter leurs fruits.

Les forces d’occupation empêchent aussi de nombreux camions, chargés de la récolte, de passer le mur, abandonnant les fruits à la chaleur pendant des jours. En outre, il y a eu de nombreuses attaques contre les oliveraies de la part des colons israéliens, qui ont incendié et abattu les oliviers comme moyen d’intimider les Palestiniens. Rien que ce mois-ci, il y a eu plusieurs cas d’incendies, y compris une attaque dans le sud de Naplouse, où environ 10 dunums ont été brûlés. Les deux incendiaires, des colons de la colonie de Yitzhar, étaient protégés par les forces d’occupation, qui ont empêché les agriculteurs et le conseil du village de pénétrer dans l’oliveraie pour tenter d’arrêter l’incendie. Les Forces d’Occupation ont uniquement permis au service d’incendie d’entrer dans les champs après une heure et demie, quand la plupart des arbres avaient été perdus. Le 15, plus de 100 acres du village de Tel ont été brûlés par les colons. Les attaques deviennent plus fréquentes quand la saison de récolte avance.

Les forces d’occupation ont détruit une grande partie de l’industrie de la Palestine, laissant les palestiniens dans une dépendance agricole croissante, alors que l’agriculture représente environ 70 % des exportations palestiniennes. Puisque le produit des oliviers en représente la plus grande part eux, une mauvaise récolte peut signifier la dévastation d’une communauté et il faut considérer de plus les effets néfastes de la guerre à Gaza – des roquettes au phosphore blanc et d’autres armes chimiques ont considérablement réduit le rendement des oliviers. Mais le peuple palestinien, comme leurs oliviers bien-aimés, reste solide. Le festival de la récolte des olives de la semaine prochaine sera une célébration non seulement de la fertilité de la Palestine, mais de la fermeté de son peuple.

20 octobre 2010

source : PNN

traduction : Julien Masri

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