La vraie concession palestinienne

La vraie concession de la direction palestinienne concerne son peuple occupé en tant que force active dans la lutte d’indépendance. Pas besoin de divulguer de quelconques documents pour savoir ceci.

En effet, les papiers palestiniens (Palestine Papers) ne font que confirmer un secret mal gardé. Contrairement aux déclarations faites en public, la direction de l’OLP et de l’Autorité Palestinienne est prête à d’énormes concessions en ce qui concerne le Saint Graal des positions palestiniennes : le droit au retour des réfugiés palestiniens de la Nakba de 1948.

« Lorsque nous demandons deux états, nous ne voulons pas dire deux états palestiniens », me déclarait un officiel expérimenté du Fatah – eu regard à la question du retour des réfugiés vers Israël (d’avant 1967). Si l’OLP avait respecté son peuple, elle n’aurait pas tenu un double discours, mais aurait conduit un débat ouvert à propos de cette demande. Elle aurait partagé ses conclusions avec son public (à l’intérieur et à l’étranger) : le droit au retour espéré n’est pas à sa portée, en tout cas pas à ce stade de l’histoire, et il n’est pas juste de continuer à garder en otage quatre millions de personnes sous la botte de l’occupation pour son bien. D’autres auraient répondu que de toute manière sous le couvert de négociations, et malgré les concessions palestiniennes, Israël continuait à étendre ses colonies.

Ce ne sont pas des problèmes techniques qui empêchent ce débat démocratique, mais l’incapacité de voir le peuple comme un agent du changement.

L’OLP dépend des largesses et de la diplomatie des nations occidentales qui coopèrent à la politique d’occupation. Le Hamas, accro à la lutte armée et ses prétendues réalisations, dépend des dons de ses propres sources et attend le renversement des gouvernements arabes  pro-occidentaux par des mouvements radicaux islamistes.

Les deux rivaux palestiniens savent comment utiliser la détermination et la créativité de leur peuple face à la torture quotidienne qu’est l’occupation étrangère. Mais ils n’aident pas à traduire cette endurance personnelle et collective en une stratégie de lutte populaire non armée.

Une stratégie de lutte populaire est un engagement quotidien. Premièrement et avant tout par celui qui se présente comme un dirigeant. C’est la seule option restante après les désastres causés par l’amateurisme des négociations des années ’90 et l’usage des armes, surtout contre des civils, au cours de la dernière décennie. Israël démontre chaque jour la dangerosité d’une telle option face à son occupation – sinon elle ne ferait pas tant d’efforts pour réprimer cette lutte populaire.

Mais une stratégie de lutte populaire générale, et non plus seulement à l’échelle de cinq villages exemplaires, ne colle pas avec les avantages liés au pouvoir auxquels la direction de l’OLP et de l’AP s’est habitués et qui dépendent directement des permis de voyage octroyés par l’Administration civile et des contrats avec USAID.

L’Autorité Palestinienne consiste en un canal pour payer des salaires et une élite déconnectée de son peuple. Où sont les membres du Conseil Révolutionnaire du Fatah ? Où sont les membres du Comité exécutif de l’OLP ? Pourquoi ne répandent-ils pas la parole d’une lutte populaire à d’autres parties de la Cisjordanie ?

Et en ce qui concerne le Hamas, le potentiel démocratique d’activités populaires butte contre le militarisme développé par ce mouvement et l’obédience intellectuelle qu’il demande et qui est aussi bornée que sa manière de diriger Gaza.

Le Hamas et l’OLP sont sous l’emprise d’un vain prestige associé à deux gouvernements dont l’existence et le maintien sont devenus des buts en soi. S’ils n’avaient abandonné leur peuple en tant que facteur décisif, les deux forces rivales l’auraient écouté, et avant toute chose auraient trouvé une solution pour mettre fin à leurs divisions.

Les États-Unis font des demandes et mettent des conditions ? L’Iran et les Frères Musulmans chuchotent des instructions ? « Excusez-moi », aurait dit la direction à deux têtes, « il y a un peuple dont nous devons considérer l’opinion ».

Amira Hass, 26 janvier 2011, Haaretz

Traduction : NVC

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