La Révolution arabe frappe à la porte d’Israël

Pour Israël, le risque que le président syrien Bachar al-Assad compromette le calme à la frontière nord est moins menaçant que la perspective de le voir renversé; Israël accuse Assad et l’Iran pour les infiltrations aux frontières le jour de la Nakba.

nakba-demonstrations2011La révolution arabe a frappé à la porte d’Israël hier, lors des manifestations à l’occasion du jour de la Nakba menées par les Palestiniens de Syrie et du Liban à Majdal Shams et à Marour al-Ras. En entrant dans le village druze situé dans les contreforts du Mont Hermon, les manifestants ont brisé l’illusion selon laquelle Israël pouvait vivre confortablement, telle une «villa dans la jungle », entièrement coupé des événements dramatiques qui l’entourent.

Plus que la révolution dans tout autre pays arabe, le soulèvement contre le régime Assad en Syrie a menacé de déborder en Israël. Le Président Bachar al-Assad a espéré que sa position de leader de l ‘«opposition» à Israël pourrait le sauver du sort de ses homologues en Tunisie et en Egypte. Lorsque son siège est devenu instable, on craignait que Assad, ou celui qui le remplacerait, ne provoque une escalade du conflit avec Israël en vue de retrouver une légitimité auprès du public syrien et du monde arabe dans son ensemble.

Mais le risque que Assad porterait atteinte à la tranquillité et la stabilité à la frontière nord a été considérée par Israël comme moins menaçante que la perspective de le voir être renversé. Pour cette raison, Israël s’est abstenu d’intervenir en soutien de l’insurrection contre lui. L’armée israélienne aurait pu déployer une force importante sur le plateau du Golan sans «crainte d’une escalade », et ainsi détourner l’armée syrienne de l’autre côté de la frontière, à l’écart des manifestants à Daraa et à Homs. Mais au lieu de cela, Israël a préférer rester calme et laisser Assad réprimer le soulèvement dans l’espoir que la dissuasion et la stabilité soient préservées.

Ce calme a été perturbé hier, et le scénario cauchemar dont Israël a peur depuis sa création est devenu réel – que les réfugiés palestiniens commencent à marcher de leurs camps vers la frontière et tentent d’exercer leur “droit au retour”. Israël se tenait prêt pour des manifestations commémorant le Jour de la Nakba en Cisjordanie, à Jérusalem-Est, et en Galilée et dans le Triangle, mais c’est la diaspora palestinienne qui a essayé de franchir ses clôtures. Plus qu’un manque des renseignements, la situation a souligné les limites du pouvoir. Il est impossible de contrôler toute la scène et les forces répandues partout. Il ya toujours un endroit qui reste sans protection et un que le rival peut exploiter.

Israël n’a pas tardé à blâmer Assad et, comme d’habitude, aussi l’Iran, pour l’envoi ” d’agitateurs syriens et libanais “, selon le porte-parole de l’armée israélienne, «dans le but de détourner l’attention de la répression des manifestations en Syrie.”

Mais il est difficile d’imaginer un changement de la politique israélienne dans le Nord, et une tentative d’escalade de la part d’Israël à la frontière comme une réponse afin d’aider à renverser Assad et de le remplacer par un régime plus commode. Israël s’efforcera de veiller à ce que cela reste un incident isolé et de rétablir le calme dans la région.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a tenté d’utiliser l’incident survenu au Nord afin de renforcer sa campagne de relations publiques à Washington. Selon lui, il s’agit d’une autre preuve qu’Israël est confronté à des forces visant à sa destruction.

“Ce n’est pas une lutte pour les frontières de 1967», a déclaré M. Netanyahu en réponse à l’incident à la frontière du Golan », mais un défi à l’existence de l’État d’Israël, qu’ils décrivent comme une catastrophe qui doit être corrigée.”

Netanyahu a marqué un autre petite victoire hier suite à l’annonce par le président Barack Obama qu’il s’adresserait à la conférence de l’AIPAC. Obama n’a pas l’intention de comparaître devant le bastion des partisans d’Israël aux Etats-Unis afin d’attaquer les colonies et l’occupation. Sa décision d’y paraître, plutôt que d’envoyer son vice-président, suggère qu’Obama n’a pas l’intention d’entrer en conflit avec Netanyahou à leur prochaine réunion.

Par Benn Aluf

Source : Haaretz, 16 mai 2011
Trad. : NJO

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