La négligence dans le traitement des eaux usées en Cisjordanie

Les eaux usées en Cisjordanie – des colonies, de parties de Jérusalem, et des agglomérations palestiniennes – s’élève à 91 millions de mètres cubes [mmc] par an. La plupart ne sont pas traitées, malgré le danger sanitaire et environnemental inhérent aux eaux usées qui s’écoulent librement. La longue période de négligence de cette question a causé de graves dangers en Cisjordanie et est susceptible de polluer la nappe phréatique de montagne, la plus importante et source d’eau et de plus haute qualité tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens.

Les eaux usées provenant des colonies

Pendant plus de 40 ans d’occupation, Israël n’a pas construit de performantes stations régionales de traitement des eaux usées dans les colonies qui correspondent à celles d’Israël.


Des images vidéo: Les eaux usées de Jérusalem et la colonie d’Ariel qui coule dans la Cisjordanie.

On estime que les 121 colonies reconnues en Cisjordanie (sans Jérusalem-Est) produisent environ 17,5 mmc d’eaux usées par an. Seules 81 sont actuellement connectées aux installations de traitement des eaux usées, et utilisent des méthodes qui sont moins avancées que celles utilisées en Israël. Plus de la moitié d’entre elles sont petites et ne peuvent traitées les eaux usées que de quelques centaines de familles, malgré la croissance de la population des colons. La plupart des colonies souffrent de fréquentes pannes techniques et parfois ferment complètement. Le reste des colonies produise environ 5,5 mmc d’eaux usées par an, des eaux usées qui ne sont pas traités et les ruisseaux d’eaux usées brutes s’écoulent dans les cours d’eau et les vallées de la Cisjordanie.

Les eaux usées de la colonie Revava. Photo:Mokdi Ra'aed 7/5/2008.
Les eaux usées de la colonie Revava. Photo:Mokdi Ra'aed 7/5/2008.

Israël n’applique pas l’obligation juridique d’organiser le traitement des eaux usées avant l’occupation des bâtiments dans les colonies ou l’exploitation de zones industrielles en Cisjordanie. Par exemple, toutes les sections sud de la colonie de Modi’in Illit, qui abritent plus de 17.000 personnes, ont été occupés, même si leurs eaux usées brutes se jettent dans le fleuve Modi’im.

Bien que cette situation soit bien connue au ministère de la protection de l’environnement, les réticences du ministère pour appliquer la loi contre la pollution des colonies et à ce jour, n’a pris que des mesures mineures contre elles. De 2000 à septembre 2008, seulement 53 mesures exécutives ont été prises à l’encontre des colonies pour défaut de traitement de leurs eaux usées. En comparaison, dans la seule année 2006, le ministère a entrepris des mesures exécutives contre 230 autorités gouvernementales en Israël pour des délits similaires.

Les eaux usées de Jérusalem

Jérusalem déverse des eaux usées vers la Cisjordanie. Ces eaux usées, qui équivalent à environ 17,5 mmc par an, sont produites dans les quartiers de la partie ouest de la ville et dans les zones de la Cisjordanie qu’Israël a annexées.

Environ 10,2 mmc se déversent, non traités, dans le bassin du Cédron, dans le sud de Jérusalem, une nuisance que le ministère de protection de l’environnement définit comme « la plus grande nuisance d’eaux usées en Israël. » Certaines de ces eaux usées subissent un traitement préliminaire, après quoi l’eau est utilisée pour l’irrigation des dattiers dans les colonies de peuplement de la vallée du Jourdain et les déchets restants continuent à s’écouler librement, ils s’infiltrent dans la nappe phréatique de montagne, dans une région qui est considérée comme sensible à la pollution. Les eaux usées sont la cause d’une puanteur épouvantable et des nuisances sanitaires et environnementales graves, y compris la pollution des eaux souterraines et de la Mer Morte.

Eaux usées qui s'écoulent de Jérusalem dans le bassin du Cédron. Photo:Hareuveni Eyal, 2/7/2007.
Eaux usées qui s'écoulent de Jérusalem dans le bassin du Cédron. Photo:Hareuveni Eyal, 2/7/2007.

Au fil des ans, la municipalité de Jérusalem a proposé plusieurs solutions pour le traitement de ces eaux usées, mais aucune n’a été mise en œuvre. Depuis que l’Autorité palestinienne a été établie, ces plans ont exigé sa coopération. Toutefois, l’Autorité palestinienne a refusé, affirmant que cela serait légitimer l’annexion de Jérusalem-Est par Israël. Malgré les avertissements du ministère de la protection de l’environnement aux fonctionnaires compétents, aucune mesure n’a été prise pour avancer vers une solution concernant le traitement de ces eaux usées.

Les eaux usées restantes, 7,3 mmc, sont dirigés vers le réservoir de Og, qui se trouve au nord de la mer Morte, près de Nabi Musa. Le réservoir Og a été construit pour être une installation temporaire et ne peut traiter qu’un tiers de la quantité d’eaux usées qu’elle reçoit actuellement. Pour cette raison, les eaux usées ne sont que partiellement traitées. En 2008, le district de la planification et de la construction à Jérusalem a approuvé un plan visant à construire une meilleure installation près de l’actuel réservoir Og, mais la construction n’a pas commencé.

L’absence de solutions appropriées pour le traitement des eaux usées s’écoulant vers l’est de Jérusalem n’a pas empêché l’occupation de nouveaux quartiers, dont les habitants ajoutent à la quantité d’eaux usées non traitées. Parmi eux ceux des colonies de Pisgat Ze’ev et de Neve Yaacov.

Les eaux usées provenant des communautés palestiniennes

Selon les estimations, les communautés palestiniennes produisent quelque 56 millions de mmc d’eaux usées par an, soit 62 % de toutes les eaux usées en Cisjordanie. De 90 à 95 % des eaux usées palestiniens ne sont pas traitées du tout, et une seule usine de traitement des eaux usées palestinienne est actuellement en fonctionnement.

Quelques raisons ont conduit à un retard dans le développement des infrastructures pour le traitement des eaux usées palestinienne :
*les retards prolongés et abusifs de l’Administration civile en ce qui concerne l’approbation des plans pour la construction des installations de traitement, dans certains cas depuis plus d’une décennie;
* Dans quelques cas, Israël a tenté de forcer les Palestiniens à relier les colonies à des projets d’installations de traitement ;
* Israël cherche à forcer les Palestiniens à construire des installations de pointe qui ne sont pas encore utilisées en Israël, ce qui augmente le coût de la construction de l’usine et de coûts d’exploitation et d’entretien, et ne sont pas exigés selon les normes de l’Organisation mondiale de la santé;
* En partie à cause des nombreux retards dans la construction des installations de traitement des eaux usées, les États-Unis et l’Allemagne ont réduit leurs crédits prévus pour ces projets.
* Israël exploite des eaux usées  palestiniennes qui traversent la ligne verte et les traite dans l’une des quatre usines d’Israël. L’eau traitée est utilisée pour l’irrigation dans l’agriculture et pour réhabiliter les cours d’eau en Israël. Toutefois, Israël fait payer l’Autorité palestinienne pour la construction des usines et pour le traitement des eaux usées par elles.

Conséquences de la négligence du traitement des eaux usées en Cisjordanie

Comme les colons en Cisjordanie utilisent le système israélien d’approvisionnement en eau, la négligence du traitement des eaux usées dans la région n’a presque aucun effet sur eux. Les Palestiniens, cependant, et en particulier les habitants des petites villes et des villages, dépendent de l’eau provenant de sources naturelles. En conséquence, la pollution de ces sources aggrave la pénurie chronique d’eau potable en Cisjordanie. En outre, l’utilisation des eaux usées non traitées pour l’agriculture contamine les cultures et cause du tort à un secteur majeur de l’économie palestinienne. À long terme, le flux d’eaux usées non traitées réduira également la fertilité des terres.

En outre, puisque la plupart des colonies ont été créées sur des crêtes et des sommets, leurs eaux usées non traitées se déversent à proximité des agglomérations palestiniennes, qui sont généralement situés plus bas sur la pente. Le rapport présente trois cas qui illustrent comment les colonies polluent les sources d’eau et les terres agricoles des agglomérations palestiniennes proches :

B’Tselem réitère sa position selon laquelle l’établissement des colonies de peuplement et leur persistance constituent des violations du droit international humanitaire et entraînent des violations prolongées et aggraver des droits de l’homme des Palestiniens. Par conséquent, le gouvernement d’Israël doit évacuer toutes les colonies et effectuer le retour des colons en territoire israélien.

Toutefois, compte tenu de la gravité de la pollution, et tenant compte de ses effets immédiats sur les sources d’eau desservant les Palestiniens et de l’implication à long terme pour les sources en eau partagées par les Israéliens et les Palestiniens, tant que les colonies subsistent, toutes leurs eaux usées doivent être traitées en conformité avec les normes de traitement applicables à l’intérieur d’Israël et la loi doit être exécutée contre les colonies pollueuses. En outre, le gouvernement d’Israël et l’Autorité palestinienne doivent agir de concert pour avancer immédiatement la mise en chantier des projets palestiniens de traitement des eaux usées. Ces projets doivent être exécutés même si ils concernent le traitement des eaux usées des Palestiniens et des colons, étant entendu que ces projets continueront à servir les Palestiniens après que les colonies seront évacuées

juin 2009, B’Tselem

traduction : Julien Masri

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