Israël prêt à expulser de force des bédouins de Cisjordanie

L’Administration civile [l’administration militaire israélienne des affaires civiles palestiniennes] devrait commencer le déplacement forcé des Bédouins en Cisjordanie vers un emplacement permanent dans le cadre d’un plan pour supprimer tous les Bédouins de la zone C (sous les auspices civils et militaires d’Israël) des terres sur lesquelles ils ont vécu pendant des décennies.

Le plan va probablement déplacer des Bédouins vivant dans d’autres régions de la Cisjordanie. Selon divers calculs, environ 27 000 bédouins vivent en Cisjordanie, principalement dans la zone C.

Les premiers à être relocalisés seront environ 2 400 Bédouins d’une zone à l’est de Jérusalem, ce qui rendra plus facile pour Israël la mise en œuvre de son plan visant à étendre la colonie de Maale Adumim et d’autres colonies afin de créer une contiguïté de construction pour les Juifs jusqu’à Jérusalem.

une structure détruite à Khirbet Tana, près de Naplouse, le 9 février 2011 (@B'Tselem)
une structure détruite à Khirbet Tana, près de Naplouse, le 9 février 2011 (@B'Tselem)

Le plan de déplacement des Bédouins vers des zones permanentes que Haaretz a appris de sources bédouines de la région, de diplomates et de groupes d’aide internationale, a été élaboré sans les consulter.

Il ya deux semaines, les responsables de l’administration civile étaient à l’emplacement permanent des bédouins Jahalin à l’Est d’Al-Azariya, qui se sont déplacés à la fin des années 1990 près d’un dépotoir régional à l’Est de Jérusalem. Lorsque les habitants ont demandé aux fonctionnaires ce qu’ils faisaient là, les fonctionnaires ont répondu, selon les gens du pays : « Nous vérifions la zone où nous allons déplacer les Bédouins en janvier 2012. »

Au cours des derniers mois, les habitants des campements ont entendu parler à plusieurs reprises des représentants de l’Administration civile. Ils ont dit que s’ils refusent de se déplacer, ils seront évacués par la force.

Au cours des derniers mois, l’Administration Civile et [l’armée] d’Israël ont augmenté les démolitions des appentis et des cabanes d’étain dans les campements et ont encore limité l’accès des habitants aux terres de pâturage.

Les bédouins et les ONG internationales qui les aident disent qu’il y a eu une augmentation du harcèlement des colons.

A la fin de juillet, la communauté d’Al Baqa’a, à l’est de Ramallah, ont démantelé leurs quatre campements et cherché refuge sur les terres du village voisin après que des colons ont attaqué l’un des campements et que la police a arrêté quatre résidents d’Al Baqa’a.

De conversations avec des responsables israéliens, des représentants internationaux ont conclu que le plan visant à relocaliser de force les Bédouins est basé sur l’hypothèse de l’Administration civile selon laquelle la zone C des Accords d’Oslo est destinée aux colonies israéliennes et aux zones militaires et quedonc les Bédouins ne devraient pas être là.

La zone C, qui constitue aujourd’hui environ 60 % des terres de Cisjordanie, est une région géographique créée par les négociations entre Israël et l’Autorité palestinienne en 1995. Elle devait cesser d’exister comme catégorie administrative après 1998.

Selon les Nations Unies et la Croix-Rouge internationale, en tout cas, la zone est un territoire occupé, l’occupant n’a pas le droit d’y installer ses citoyens et doit également subvenir au bien-être de la population locale, les consulter sur toutes les modifications.

Les premiers 2400 bédouins à être relocalisés vivent dans quelque 20 camps à l’est de Jérusalem. La majorité sont des réfugiés expulsés du Néguev en 1948. Certains vivent sur des terres qu’Israël a déclaré terres d’Etat dans les années 1980. D’autres vivent sur des terres privées louées à des villages palestiniens. Le secteur entier a été annexé à la juridiction de Maale Adumim. Dans les années 1980, quand Israël a élargi Maalé Adoumim, les Bédouins Jahalin ont dû quitter la région où ils avaient vécu depuis les années 1950. Des dizaines ont été violemment déplacés sur le site près d’Al-Azariya, où ils ont reçu d’anciens conteneurs dans lesquels vivre.

Après une bataille juridique, deux autres groupes de la tribu Jahalin a conclu un accord avec les autorités pour qu’un plan directeur soit préparé à leur intention, leur allouant des terrains pour la location, et que les familles devant être déplacées seraient indemnisées.

La relocalisation du reste des bédouins de la région sera réalisée en trois étapes, selon les informations des Bédouins et des organisations internationales. L’Administration civile va d’abord passer un nombre inconnu de familles vers des terrains dans le village de Jahalin, où les gens à qui les ont loués en vertu d’un arrangement en 1998 ne vivent pas actuellement.

Le plan directeur pour le village permanent de Jahalin va ensuite être complété, d’ici la fin de l’année 2011 avec la préparation de 50 autres terrains.

Lors de la troisième étape, un plan directeur sera préparé pour 150 à 250 autres mesurant environ 600 mètres carrés chacun.

Le nombre de lots à attribuer à chaque famille dépendra de la taille de la famille et chaque famille recevra entre 22 000 et 60.000 NIS, selon sa taille.

L’administration civile étudie apparemment la possibilité d’établir deux autres emplacements permanents dans la région.

En ce qui peut être compris à partir de conversations avec des représentants de l’Administration civile, la réinstallation forcée des Bédouins devrait prendre de trois à six ans.

Les bédouins avec lesquels Haaretz a parlé au cours des dernières semaines sont divisés sur la réinstallation, mais tous protestent parce que l’Administration civile ne les a pas impliqués dans la planification.

Les résidents Jahalin ont également parlé des problèmes de santé dus à la vie si près d’un dépotoir. L’expansion du village le rapprochera encore plus de la décharge.

L’Administration civile n’a pas répondu à une demande de Haaretz pour discuter directement les détails du plan, affirmant qu’il était « trop ​​tôt ». Haaretz a envoyé à l’Administration civile des détails du plan de sa réponse, qui n’était toujours pas arrivé au moment de mettre l’article sous presse.

Par Amira Hass

source : Haaretz

traduction : Julien Masri

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.