Israël prend les étudiants pour cible

Le 26 août, les forces israéliennes ont pris d’assaut un appartement d’étudiants de Birzeit. “Ils ont arrêté six étudiants ayant des liens politiques ou militants», a déclaré Annan Quzmar, coordinateur du Right 2 Education (R2E), une organisation des droits des étudiants basée à l’Université de Birzeit.

Right 2 education, une campagne pour le droit des Palestiniens à l'éducation supérieure

Ils sont venus dans le milieu de la nuit“, a déclaré Quzmar. “Ils ont arrêté une demi-douzaine d’étudiants et ont saccagé la maison.”

Les étudiants ont été emmenés dans des centres de détention et puis en prison. Quelques-uns ont été relâchés, mais la plupart sont restés derrière les barreaux, en attendant leur audience, de rencontrer leurs avocats, et de voir l’unique juge qui décidera de leur sort.

Ameel Abdel eu de la chance. Il avait été arrêté avec d’autres membres d’un groupe d’étudiants connectés au Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP), ou la deuxième plus grande organisation politique de la coalition au pouvoir en Palestine. Pendant qu’il était assis dans la prison d’Ofer avec les autres membres d’al-Kutob al-Tulab al-Democrati (les Etudiants Ecrivains démocratiques), son avocat, du groupe de défense des Palestiniens Addameer, élaborait une négociation de peine.

Depuis 2009, nous avons assisté à une criminalisation accrue du travail des Droits de l’homme», a déclaré Magda Mughrabi, agent de plaidoyer et de sensibilisation pour Addameer. Les leçons qu’Israël a appris du tollé international soulevé par l’Opération Plomb Durci et le fiasco de la flottille n’ont pas été retenues, mais bien la nécessité de réprimer la résistance intellectuelle à l’occupation. L’arrestation des étudiants fait partie des efforts visant à paralyser la gauche en Israël et dans les Territoires Palestiniens Occupés et, selon une base de données gérée par R2E, ils sont les derniers d’une campagne d’occupation systématique.

Les chiffres montrent de manière claire la façon dont les forces israéliennes empêchent l’enseignement supérieur palestinien. Depuis 2003, 411 étudiants ont été arrêtés dont un a été détenu pendant plus de trois ans, selon un rapport de 2009 publié par R2E. La moitié de ces étudiants représentés par des avocats R2E étaient des « prisonniers de conscience qui purgent leur peine uniquement pour leur appartenance à des groupes d’étudiants ou des partis politiques ».

Les pressions de l’occupation sont une menace constante pour les étudiants: près d’un tiers des étudiants de Birzeit ont été arrêtés pour « interview arbitraire ». Les étudiants savent que c’est une question de quand, et non pas si, ils seront ramassés par les forces israéliennes. Assis dans son dortoir, l’étudiant Rawad Darweesh été choqué, mais pas surpris, lorsque des bombes sonores ont éclaté autour de lui.

« Un sentiment d’horreur a rempli les environs – il y avait des cris provenant des résidences, et j’ai immédiatement compris qu’il y avait des jeeps israéliennes partout aux alentours», a écrit l’étudiant sur le site web de R2E en 2008. «Depuis que j’ai commencé à l’Université de Birzeit, j’ai vu d’autres étudiants subir cette situation, et j’ai attendu le jour où mes amis et moi serions les cibles de l’armée israélienne – arrêtés sans motif d’inculpation dans une tentative pour nous faire peur ».

Addameer travaille à libérer ces étudiants et d’autres prisonniers, à obtenir le droit de visite pour leurs familles, et à améliorer leur incarcération. Leur travail n’est pas facile: la privation des droits civiques est comprise dans la conception même du système de justice militaire israélienne. Le procureur peut soumettre des preuves “secrètes” que les avocats de la défense ne peuvent ni connaître ni interroger. Les avocats se sont vu refuser l’autorisation d’entrer en Israël depuis la Cisjordanie, afin de défendre leurs clients. De nombreux accusés sont contraints de signer des documents qu’ils ne comprennent pas, et, malgré des décisions de justice contraires, les avocats se voient également refuser les traductions demandées. De simplement trouver leurs clients dans un système pénal labyrinthique peut leur prendre des mois. Quand ils sont enfin autorisés à les rencontrer, c’est souvent à seulement quelques minutes avant de comparaître devant un tribunal, qui sera présidé par un soldat israélien siégeant en unique juge. Les prisonniers peuvent être détenus par Israël pendant 90 jours sans avocat, 188 jours sans être inculpés par un tribunal militaire, et 730 jours avant que le procès ne doive se terminer.

Cibler les étudiants fait partie d’une attaque systématique contre la société civile, déclare Mughrabi, ils essayent d’empêcher l’apparition de challengers politiques à l’intérieur de la Palestine. « Les universités sont un vivier de futurs dirigeants politiques et de vie sociale en devenir. Les étudiants qui sont impliqués en politique, qui sont affiliés à des partis ou des syndicats d’étudiants, sont de toute évidence susceptibles de demeurer actifs en politique après leur diplôme. »

En mars 2010, 6631 Palestiniens étaient retenus en détention par Israël. Actuellement, deux hommes palestiniens sur cinq ont d’ailleurs un dossier d’incarcération en Israël. Mais tous ne vont pas dans les prisons israéliennes – une vingtaine d’étudiants et de professeurs de l’Université An-Najah de Naplouse se trouvent dans les prisons de l’Autorité palestinienne à cause de leur appartenance à des partis rivaux comme le FPLP et le Hamas. Cela révèle une tendance inquiétante d’arrestation des étudiants.

Ceux qui ont des allégeances politiques hors Fatah sont ciblés de manière disproportionnée, ce qui conduit certains à croire que les forces israéliennes et l’AP coopèrent – officieusement et peut-être par inadvertance – afin de freiner la pluralisation politique qui pourrait perturber l’équilibre précaire de l’occupation.

Abdel a été libéré après 25 jours de prison – négociation de peine obtenue par Addameer. Il a avoué s’être joint aux Etudiants Ecrivains démocratiques d’influence marxiste lorsqu’il était à l’université, et avoir distribué des pamphlets politiques. Abdel est maintenant un homme libre, après avoir accepté de ne pas participer à tous partis politiques interdits comme le FPLP pendant huit ans et de payer 2.500 shekels.

Pour en savoir plus : Right 2 EducationAddameer

Source : Palestine Monitor (1 Novembre 2010)
Traduction : NJO

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