Israël empêche un résident âgé de Bethléem de récolter ses olives

Mariyyeh Elias
Mariyyeh Elias

Mariyyeh Elias, 80 ans : J’ai 80 ans. J’ai vu beaucoup de choses dans ma vie. La chose la plus importante pour moi, c’est ma terre, que je ne puis atteindre. Personne d’autre dans ma famille ne peut se rendre sur nos terres, que ce soit pour les labourer ou cueillir les fruits.
J’ai 27 dounams de terres [2,7 hectares] d’oliviers. Sept dunams sont à Tantur et treize à Khallet Mar Elias, derrière le Checkpoint 300. Sept autres dounams sont à Jaren al-Hams, en dessous de [la colonie de] Har Homa. Tous ces terrains sont situés derrière le mur au nord de Bethléem.

Chaque fois que le temps de la récolte des olives arrive, je ressens de la peine, parce que mes fils et moi-même ne pouvons pas nous rendre sur nos terres pour ramasser les olives, les manger, et faire de l’huile avec. J’ai des centaines d’oliviers, mais depuis le début de la deuxième Intifada, nous avons à peine pu nous rendre sur nos terres. Je n’arrive pas à tirer profit de leurs fruits.

Depuis que le mur a été construit, il a été impossible de nous rendre sur nos terres. Pendant les récoltes de 2005 et 2006, je suis allé, avec quelques agriculteurs qui possèdent des terres dans la même région, au bureau de liaison palestinien et nous avons demandé un permis pour accéder à nos terres. Les responsables israéliens à Etzion ont refusé, disant qu’il était interdit d’aller sur les terres de l’autre côté de la barrière de séparation. Nous avons perdu la récolte de ces deux années.

Une guerre de procédures contre les agriculteurs palestiniens

En 2007 et 2008, tous les agriculteurs ayant des terres de l’autre côté du mur, au nord de Bethléem, ont été invités à se rendre à la municipalité de Bethléem, afin de soumettre un formulaire avec des détails sur leurs terres. Nous y sommes allés et l’avons fait. La municipalité a préparé une liste des propriétaires des terres de l’autre côté du mur et de certains membres de leur famille. Cette liste a été remise aux agents de liaison palestiniens qui l’ont transmise aux responsables israéliens à Etzion. Nous avons été surpris quand les Israéliens ont délivré des permis d’entrer sur les terres, mais les permis ne concernaient que les propriétaires fonciers et non les membres de leur famille. Cela nous a causé un grand problème, parce que nous avons besoin de beaucoup de gens pour s’occuper de dizaines d’oliviers. Vous avez également besoin de matériel et d’outils spéciaux pour la récolte, que le propriétaire ne peut pas porter tout seul. Aussi, donner une autorisation uniquement pour le propriétaire était un problème, sans compter le fait que le permis n’était délivré que pour quelques heures pendant la récolte. Le permis exige également de passer par la porte de Beit Sahour, ce qui signifie que l’agriculteur doit marcher un long et difficile chemin avant d’arriver sur sa terre, ce qui prend environ une heure. Il est évident que l’agriculteur ne peut pas porter tous les outils dont il a besoin pour la récolte.

Ce fut une situation difficile pour tous les agriculteurs, en particulier pour les personnes âgées comme moi. J’ai 80 ans. Pour aller de ma maison à la route en face, un de mes fils doit m’aider. Alors, comment puis-je aller seul sur mes terres, et marcher le long chemin après la porte ? Donc, je ne me suis pas rendu sur mes terres pour la récolte 2007 et 2008. Malgré mon désir de voir mes terres, je ne pense pas que je pourrais le faire de mon propre chef. Je crains de mourir sans dire au revoir à ma terre, à laquelle j’ai été attaché depuis le jour de ma naissance.

Cette année 2009, nous sommes allés, au début octobre, à la municipalité de Bethléem et nous avons rencontré le maire. Il a dit qu’il allait déposer une liste avec les noms des propriétaires et un membre de la famille pour chacun, afin qu’ils puissent obtenir des permis pour entrer dans le territoire situé au nord de Bethléem.

Il y a trois jours, nous avons entendu de la municipalité de Bethléem que les responsables israéliens à Etzion n’ont délivré aucun permis. Il y a une nouvelle condition : les fermiers des terres de l’autre côté du mur doivent fournir des documents montrant qu’ils possèdent la terre. Il s’agit d’une nouvelle procédure. Bien sûr, cela prend du temps, et la récolte des olives a déjà commencé. Maintenant, les agriculteurs ont peur, ils perdront la récolte avant l’arrivée des permis. J’ai déjà perdu cette saison. Il s’agit de la sixième saison où je n’ai pas été en mesure de me rendre sur mes terres pour la récolte des olives.

Elias Juda Anton Mariyyeh, 80, marié et père de deux enfants, est un fermier qui vit à Bethléem. Il a donné son témoignage à Souha Zeid à son domicile le 7 octobre 2009. Diffusé par B’Tselem

traduction : Julien Masri

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