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Catégorisé | Infos

Sur un chantier de chemin de fer israélien illégal, les travailleurs palestiniens ne touchent que la moitié de leur paie

Une enquête menée par Electronic Intifada révèle que les travailleurs palestiniens du chantier du train à grande vitesse Jérusalem-Tel-Aviv, se voient retenir la moitié de leur salaire par les recruteurs.

Environ 200 palestiniens travaillent au creusement de tunnels en Cisjordanie sur la voie de chemin de fer A1, le plus grand projet d’infrastructure ferroviaire d’Israël.

A Beit Iksa, un village proche de Jérusalem où deux tunnels sont creusés, certains confirment, sous le couvert de l’anonymat, qu’ils travaillent dans des conditions de véritable exploitation.  Un travailleur des environs affirme avoir été recruté par un agent chargé de fournir de la main d’œuvre au chantier. Cet homme lui retient la moitié de son salaire.

« C’est très injuste » dit-il. « Pour le type de travail que je fais, un Israélien gagnerait deux fois plus. Et je n’ai ni visa, ni assurance.  Mais je n’ai pas le choix, travailler dans la construction du côté Israélien paie plus que tout ce que je pourrais trouver en Cisjordanie ».  Un autre ouvrier dit toucher 250 shekels (52 €) par jour sur les 600 (125 €) que perçoit son recruteur. « Malgré tout, je suis content de ce travail, dit-il.  Dans la boutique de mon oncle, je gagnais 1500 shekels (313 €) par mois.  Dans le tunnel j’en gagne 250 par jour. Je suis donc obligé de travailler dans le tunnel parce qu’en Palestine je ne gagnerais jamais autant. Mais, si je gagne plus, je n’ai, par contre, aucune assurance.  Si j’ai un accident de travail, je n’ai aucune preuve, aucun document, qui me permette de prouver que je travaillais sur le chantier. Je ne suis pas officiellement enregistré et j’ai n’ai même pas de permis de travail en Israël ».

Les ouvriers m’ont aussi parlé d’un de leurs collègues qui avait été électrocuté en travaillant dans le tunnel.  Il n’a reçu aucune compensation financière pour ses frais d’hospitalisation et n’a pas été payé pour les jours d’absence. Il revenu au travail après l’accident, mais a quitté peu après, peut-être en raison d’un conflit avec l’employeur.

 

Crimes de guerre et pillage

Ces révélations font suite à une enquête précédente qui montrait le caractère illégal du tracé, puisque 6,5 kilomètres traversent le territoire palestinien, réduisant encore les terres de trois communautés, Yalu, Beit Iksha et Beit Surik.

Selon le site A qui profite l’Occupation ? – un projet de recherche de la « Coalition des femmes pour la paix » – (Coalition of Women for Peace)[1], le tracé de la ligne de chemin de fer soulève trois problèmes juridiques.  La construction, sur les territoires occupés, d’une structure permanente qui n’est pas accessible aux populations locales. L’appropriation illégale de terres palestiniennes pour le site de construction et enfin la vente des matériaux excavés lors du creusement des tunnels sur le territoire palestinien.  Chacun de ces trois points viole le droit international (Crossing the Line octobre 2010 [PDF][2] ).

Pour la construction de la ligne, Israël a passé des contrats de sous-traitance avec un groupe de compagnies internationales.  La culpabilité d’Israël pour l’expropriation des sols ne fait aucun doute. Mais l’organisation palestienne de défense des droits humains Al-Haq a examiné le rôle des compagnies internationales qui en tirent profit. Al-Haq met en évidence le rôle de la firme italienne « Pizarotti », qui est en partenariat avec l’entreprise israélienne « Shapir Civil and Marine Engeneering » , pour la construction des tunnels. Juridiquement, il existe des « motifs substantiels » pour considérer que Pizarotti se rend coupable de violations du droit international, plus précisément de destruction de la propriété d’autrui et de pillage[3], deux infractions qualifiées de crimes de guerre par la Quatrième Convention de Genève et le « Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale »[4].

 

Un dossier politiquement sensible

La pression exercée par les activistes et les organisations de défense des droits humains ont déjà poussé certaines entreprises internationales à se retirer du projet.  En mars 2011, la société nationale des chemins de fers allemands « Deutsche Bahn International» a renoncé au projet sous la pression de activistes berlinois. Un porte-parole de la Compagnie, a expliqué ce qui suit,  par  courriel :

 « Comme DB (Deutsche Bahn) International considère que le tracé de la ligne, que vous mentionnez, est discutable aux yeux de la loi internationale, nous avons expliqué à « Israel Railways » que nous ne pouvions participer à un projet aussi politiquement sensible.  Notre partenaire israélien a accepté notre point de vue sur ce point. Cette décision n’a aucun impact sur d’autres projets techniques ou d’ingénierie où notre coopération a une base saine ».

Une coalition d’ONG italiennes, regroupées sous le nom Stop That Train [5], a pris la tête d’une campagne contre Pizarotti.  Certaines municipalités, dont Naples, troisième ville d’Italie, ont adopté des résolutions condamnant la conduite de Pizarotti, qui n’a jamais répondu aux demandes d’explications.

 

Complicité

La complicité s’étend aussi à d’autres sociétés internationales qui ont des contrats de coopération dans le projet A1.  Tel est le cas de Moscow Metrostoy, appartenant à la Fédération de Russie, qui a signé un tel contrat en 2010.

Les ouvriers, qu’Electronic Intifada a pu interroger, ont révélé que les machines, servant à creuser les tunnels, sont exclusivement conduites par des Russes ou des Italiens. Des Australiens ont aussi été impliqués dans la formation de techniciens pour le projet.

Un grand échafaudage permettant de cimenter le toit du tunnel de Beit Iksa, porte la marque Peri-Up.  Cette marque appartient au groupe Peri GmbH, un géant allemand de des technologies de la construction[6].  Son site web ne fait toutefois aucune mention de sa participation au chantier de la ligne Jérusalem-Tel-Aviv.

Les villages de Beit Surik et Beit Iksa sont les plus affectés par le tracé de la ligne.  Tous deux avaient déjà perdu une grande partie de leurs terres. Beit Surik s’était vu amputer de 30% de ses terres en raison de la construction du mur de séparation.  Beit Iksa a perdu quelques 60 % de ses terres en raison du mur de séparation et des colonies israéliennes avoisinantes. Seuls 600 dunums restent disponibles pour le développement. Environ 5000 dunums se trouvent dans le « no mans land » séparant le village des colonies (un dunum représente 1000 mètres carrés).

 

Quel avenir ?

En juin 2010, l’entrée principale du village a été fermée. Le village n’est plus accessible que via un check-point de l’armée israélienne.

Mohammad Gaith, membre du conseil municipal de Beit Iksa, nous déclare : « Nous avons beaucoup perdu. Nous ne pouvons plus cultiver. Nous ne pouvons même plus aller dans nos oliveraies. A l’avenir ils pourront prendre tout ce qu’ils voudront dans le village.  Quel avenir nous reste-t-il ? »

Gaith n’a été averti du projet A1 qu’un mois avant le début des travaux.  Plus récemment, il a appris que 800 dunums de plus (pour la plupart des terres agricoles) allaient être confisqués par les autorités Israéliennes.  Un villageois a appris la nouvelle par hasard en surfant sur internet. Le communiqué mentionnait que les personnes concernées auraient 60 jours pour faire appel de cette décision.  Au moment où l’information a été connue, le délai d’appel était déjà écoulé. Selon Gaith, aucune notification officielle de la confiscation n’a jamais été donnée.  Un autre villageois résume le sentiment général. « Nous nous sentons comme en prison. »

 

Jessica Purkiss

 

Source : Workers on Israel’s illegal railway robbed of half their pay, Electronic Intifada, 25 juillet 2013.

Trad. : B.J.



[1] « Who Profits the Occupation ? » est une base de données dénonçant l’implication commerciale et industrielle de sociétés internationales ou israéliennes qui tirent profit de l’occupation des territoires de Cisjordanie et de Syrie. Elle peut être consultée en ligne à l’adresse http://whoprofits.org.

[2] http://www.whoprofits.org/sites/default/files/Train%20A1.pdf

[5] « Stop that train » est une campagne de BDS Italie.

[6]PERI GmbH est un leader mondial dans le domaine de la fabrication et de la distribution de coffrages, d’échafaudages et d’étaiements. (note du traducteur, source Wikipédia).

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