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Catégorisé | Infos

Les camps de réfugiés palestiniens à l’Est du Jourdain

Bulletin 54, novembre 2012

En Jordanie (6 millions d’habitants), bien que la nationalité palestinienne n’existe pas officiellement, on estime que plus de la moitié de la population est d’origine palestinienne. D’après l’ONU, en 2005, il y avait 2 881 604 réfugiés palestiniens dont un dixième environ enregistrés dans les camps. Toutefois, les chiffres varient notamment parce que  la question est sensible, mais aussi parce qu’en Jordanie les Palestiniens ont divers statuts. Ainsi l’ONU fait elle-même une distinction entre les « réfugiés » (de 48) et les « déplacés » (de 67) ; certains Palestiniens ont la citoyenneté jordanienne tandis que ceux de Gaza ne l’ont pas et sont quasiment considérés comme apatrides (la Bande de Gaza, contrairement à la Cisjordanie et Jérusalem-est n’ayant pas été annexée par la Jordanie après la guerre de 48). Quant aux camps, selon la classification adoptée par l’UNRWA, il y en a actuellement treize: dix officiels et trois non officiels .

 

Visite au camp officiel de Wihdat (New Amman Camp):      

Il date de 1955: contrairement aux autres camps où nous avons été accueillis il a été construit suite à l’expulsion de la Naqba. C’est un des plus vieux de Jordanie : les ribambelles d’enfants qui nous accompagnent doivent être la cinquième génération de réfugiés à y vivre. Comme tous les autres camps, il est très densément peuplé. Wihdat signifie d’ailleurs « unité », la surface maximale dont pouvait disposer une famille sur le terrain: 10 mètres carrés. Malgré cela, le camp a son propre club palestinien de football depuis 1956.

 

Visite au camp officiel de Baqa’a:

Ce camp a été construit en 1968, suite à la Naqsa . En 1969 comme beaucoup de camps, c’était encore un terrain vague boueux en hiver,  poussiéreux en été, avec parmi les tentes quelques petites cabanes … Aujourd’hui c’est le camp le plus peuplé de Jordanie et même du monde arabe après certains camps de la Bande de Gaza ou de Syrie. C’est un immense camp en dur avec, comme toujours, une densité de population très élevée  (70.000 à 90.000 réfugiés sur 50 hectares ). L’habitat laisse peu de place à l’intimité, aux déplacements des piétons, des autos et des ânes, aux jeux … Les eaux usées s’écoulent à ciel ouvert au milieu des ruelles étroites en terre battue… Toutefois, un splendide olivier s’échappe par la fenêtre d’une maison…

 

Le camp officiel  de Jerash (surnommé «  Gaza camp »)

 

Il a, lui aussi, été ouvert en 68 et actuellement environ 16.000 réfugiés  y résident. La plupart des familles palestiniennes arrivées à Jerash sont originaires des territoires de 48 ; elles s’étaient réfugiés dans la Bande de Gaza, notamment dans le camp de Shati, avant de devoir repartir en 67 avec des Gazaouis dont c’était le premier exode. Du fait qu’ils ne vivaient pas en Cisjordanie, ces Palestiniens sont considérés comme apatrides, ils n’ont donc pas les mêmes droits que les autres réfugiés, au niveau des soins de santé, de la scolarisation, du travail (le taux de chômage est encore plus élevé) et ils ont aussi beaucoup plus de problèmes pour aller à l’étranger.

 

Le camp non officiel de Soukna, à l’entrée du désert

 

Il date de 1967. C’était un camp d’urgence (constitué de tentes) pour accueillir les réfugiés venant de Tulkarem,  de la Bande de Gaza, du Naqab … C’est maintenant, un petit camp en dur, très densément peuplé, avec environ 7000 réfugiés et quelques centaines de « logements ».  Vu qu’il ne peut pas s’étendre (alors que le déni du droit au retour persiste génération après génération), certains habitent en périphérie. Nous visitons une des habitations: elle est plus que précaire, minuscule. La famille vit à même le sol, dans quelques pièces.  Le toit de tôles fuit lorsqu’il pleut ; en hiver, il fait froid, en été très chaud ; il y a des pénuries d’eau potable qu’il faut acheter. Dans ce « camp du bout du monde », il n’y a pas d’infrastructure pour évacuer les eaux usées et les fosses septiques posent problème. Comme dans le « Gaza camp », l’UNRWA reconnait un taux élevé de cancers  liés à l’amiante.

 

A travers les récits des réfugiés c’est toute l’histoire collective du peuple palestinien démembré qui se reconstitue étape par étape. Ainsi, Oum Khaled, 84 ans, nous explique pourquoi elle habite depuis quarante-quatre ans dans le camp de Soukna : à vingt ans, elle a du quitter sa maison et son village situés dans la région de Haïfa, pour chercher refuge avec son mari blessé, d’abord à Jénine, ensuite à Karameh à l’Est du Jourdain,  puis est arrivée dans ce camp à l’entrée du désert. « Vous savez, je n’ai pas toujours vécu ici ! Je n’ai pas toujours été réfugiée ! »

Comment face à ces enfants, hommes, femmes de tous âges vivant depuis des générations dans des camps, rester indifférents face à l’ampleur de l’injustice provoquée par la spoliation de leur terre de plus en plus judaïsée et le déni de leur droit au retour (Al Awda),  énoncé il y a plus de 60 ans, mais progressivement vidé de sa substance? D’autant plus que la vie dans pareilles conditions est extrêmement précaire (revenus insignifiants, chômage élevé, marginalisation, débrouille dans les ateliers des camps, en ville, budgets de l’UNRWA insuffisants et de plus en plus réduits depuis dix ans…).

 

Deuxième caractéristique de ces camps de Palestiniens au sein du monde arabe: la surveillance particulière dont ils font l’objet. Car s’ils rappellent par beaucoup de points de vue les camps de Palestine – armée d’occupation et colons en moins – il n’est pas correct de dire qu’en Jordanie, les camps sont « intégrés » au milieu urbain ni que les réfugiés sont relativement « assimilés » ou qu’ils sont « chez eux » (conformément au souhait d’Ariel Sharon et autres sbires !). Car il faut une autorisation officielle pour aller dans les camps et si nous y sommes entrés c’était accompagnés par des hommes de la Sûreté en uniforme ou en costume civil : pas question de s’écarter du groupe, d’aller acheter un cahier ou un fruit sur le marché, de laisser un petit drapeau palestinien déplié par terre à l’intérieur du camp de Widhat, pas question non plus pour les familles de Baqa’a de nous héberger sans avoir un policier devant leur porte, pas facile d’ailleurs d’y entrer la nuit! Pourquoi cette stigmatisation, cette chape de plomb donnant par moments aux camps jordaniens une allure de ghettos? Septembre Noir, c’était il y a plus de 40 ans, quand le père du roi actuel a envoyé des centaines de chars et des milliers de soldats contre les camps de Widhat ou de Jerash pour chasser la résistance populaire ; aujourd’hui, la majeure partie de la population des camps est née après 1970! Alors, « classe pauvre, classe dangereuse  ou …  en danger » ? Quelles sont les perspectives d’avenir pour tous ces enfants et adolescents si même les écoles de l’UNRWA ne parviennent plus qu’avec peine à les scolariser ?!! Sans parler des orphelins, des handicapés …

La situation n’est pas non plus la même qu’au Liban. De nouveaux réfugiés des pays voisins arrivent chaque jour dans le Royaume Hachémite et si la population de Jordanie est en général très accueillante, les réfugiés des camps palestiniens représentent une population doublement marginalisée : ils sont minoritaires au sein de la population globale et minoritaires au sein même de la population palestinienne dont la majorité appartient désormais à la classe moyenne, suite à la politique d’assimilation mise en place par la Jordanie.

Dominique Waroquiez

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