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Catégorisé | Infos

Le « sociocide » des Palestiniens

Bulletin 54, novembre 2012

 Le terme « sociocide » avait déjà été évoqué lors de la précédente session du TRP à Cape Town. Il a été analysé par Johan Galtung, sociologue norvégien, fondateur de l’université de paix Transcend. Ce concept, né dans les années 80, appartient à la même famille conceptuelle que « génocide » (tuerie massive en vue de l’extermination d’un peuple) et « écocide » (destruction de la nature). Le « sociocide » empêche un système social de se reproduire lui-même. Le terme ne figure pas dans les lois internationales mais on peut voir son application dans la marginalisation de nombreuses sociétés indigènes. Johan Galtung démontre que ce concept s’applique bel et bien dans le cas de la Palestine.

Les quatre objectifs d’une société donnée sont en effet d’assurer la sécurité, la durabilité, l’identité et l’autonomie de sa population. Pour cela, il faut un territoire, une nation dont les conditions d’existence sont la communauté de langue, de vision du monde, d’histoire (y compris dans sa dimension de projection dans le futur), de géographie (espace et propriété) et un Etat qui en assure l’administration.

 

Israël est un Etat postcolonial qui vit sur une série de mythes (mythes du passé et mythes du judaïsme). Israël dénie totalement aux Palestiniens le droit d’organiser leur propre sécurité, il vole leur terre et leur eau et rend de ce fait impossible la durabilité de leur société, il les spolie de leur temps et de leur espace sacré en effaçant les traces de leur passé, celles des traumatismes et celles des gloires, ce qui tend à priver in fine les Palestiniens de leur identité. Ils sont perpétuellement harcelés, ce qui les empêche de vivre leur présent et de concevoir leur futur. Ainsi, Israël ne définit jamais ce que sont des « frontières sûres ». Si le futur n’est pas balisé, il est impossible de gérer une société ; la guerre est perpétuelle parce qu’Israël repousse indéfiniment tout accord sur les propositions de création d’un Etat palestinien.

 

Le concept de sociocide s’applique donc parfaitement dans ce cas mais il est impossible de couler cela en termes de loi car les compensations seraient impossibles à imaginer.

 

Une solution envisageable ? De la même façon que l’Europe s’est ouverte à l’Allemagne après la deuxième guerre mondiale, une communauté d’Etats arabes du Proche-Orient pourrait s’ouvrir à Israël malgré le passif historique. L’islam est une religion plus ouverte que le judaïsme qui ne reconnaît pas l’islam. Cependant, juifs et chrétiens peuvent se rencontrer sur les droits de l’Homme. Reste la crainte que les opprimés d’hier prennent le pouvoir et punissent l’oppresseur…

 

Professeur en droit international à Londres, William A. Schabas considère que le « sociocide » est une vision originale du génocide dans le cadre de crimes contre l’humanité. Tout comme la notion d’écocide, le sociocide offre un nouveau champ de recherche au droit international. Le problème est celui de penser la réparation, les compensations. Et d’évoquer alors un processus de mise sur pied d’une commission « Vérité et Réconciliation » tel que celui qui a existé en Afrique du Sud et en Sierra Leone.

 

Saleh Hamayel, professeur à l’université de Bir Zeit et promoteur du concept de « sociocide », insiste sur le contenu extensif de cette notion essentielle car celle-ci inclut la totalité du processus imposé aux Palestiniens, ce qui le différencie de ce qui s’est passé en Afrique du Sud. S’opère une ségrégation raciale entre juifs et non-juifs et donc une supériorité des premiers sur les seconds, consacrée par la religion, la création de bantoustans plus ségrégatifs encore qu’en Afrique du Sud car ils séparent aussi les Palestiniens entre eux. Les Noirs d’Afrique du Sud sont en majorité restés au pays et ont été considérés comme une force de travail, ce qui est à l’inverse pour les Palestiniens, exilés en grand nombre et en majorité privés de leurs terres et de travail.

 

Il n’y a aucun espoir à entretenir dans la perspective d’un Etat binational car jamais Israël ne voudra rendre les terres confisquées. On assiste donc bien à la destruction des Palestiniens en tant que groupe national et de leur société par l’expulsion et le déracinement de la population depuis 1948. Par son enfermement et sa division, aussi : le Mur crée des espaces fermés où les Palestiniens détournent leur révolte et leur rage contre eux-mêmes. On élimine physiquement les authentiques leaders palestiniens qui émergent. Enfin, Israël colonise aussi le temps et l’espace des populations en les obligeant à consacrer un temps considérable à des trajets aussi longs qu’aléatoires, ne serait-ce que pour aller travailler leur terre, aller à l’école, aller chercher de l’eau…

 

G.L.

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