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Catégorisé | Infos

Le boycott de l’Etat d’Israël au regard du précédent sud-africain

Bulletin 54, novembre 2012

S’inscrivant dans le cadre d’actions de résistance non violente, la campagne « boycott, désinvestissement, sanctions » (ci-après BDS) appelle les sociétés civiles à travers le monde à se mobiliser davantage et autrement en vue de mettre un terme à la situation qui prévaut dans les territoires palestiniens. Elle ambitionne d’une part, de mettre un terme à l’impunité dont jouit Israël depuis des décennies et d’autre part, en s’inspirant du précédent sud-africain contre le régime d’apartheid, de contraindre celui-ci à se conformer à la légalité internationale.

Des similitudes

La société civile palestinienne a fait le parallèle entre la situation palestinienne et celle que connaissait l’Afrique du Sud. En effet, dans son appel au BDS, la plate-forme palestinienne qui réunit mouvements associatifs, syndicats, … souligne: « Nous, représentants de la société civile palestinienne, invitons les organisations des sociétés civiles internationales et les gens de conscience du monde entier à imposer de larges boycotts et à mettre en application des initiatives de retraits d’investissement contre Israël tels que ceux appliqués à l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid. (…) ». Si les situations sud-africaine et palestinienne ont chacune leurs spécificités propres, certaines caractéristiques du contexte palestinien peuvent aisément s’apparenter à celles du contexte sud-africain du temps du régime d’apartheid. Parmi les similitudes, citons pêle-mêle : répression institutionnalisée d’un groupe de population, régime de discrimination légalement organisé, domination établie d’un groupe sur un autre et fragmentation du territoire,… Dans les conclusions consécutives à sa troisième session (Cape Town/novembre  2011) qui s’interrogeait sur : « les pratiques d’Israël envers le peuple palestinien violent-elles l’interdiction internationale du crime d’apartheid ? », le Tribunal Russell sur la Palestine concluait : « Israël soumet le peuple palestinien à un régime institutionnalisé de domination considéré comme apartheid en vertu du droit international. »

Le boycott de l’Afrique du Sud

Né en 1959 à Londres à l’initiative de la diaspora sud-africaine, le « mouvement anti-apartheid » sud-africain appelait à un boycott économique du régime sud-africain. Le mouvement était soutenu par une large plate-forme comprenant entres autres des syndicats et des partis politiques d’obédiences diverses. Le mouvement s’étendra rapidement d’abord en Europe et ensuite au reste du monde. Deux évènements majeurs contribueront à en accélérer le processus : tout d’abord en mars 1961, la répression sanglante par la police sud-africaine d’une manifestation à Sharpeville qui entraînera la mort de plusieurs dizaines de Noirs sud-africains, et dans un second temps en 1976, la répression de la révolte de la municipalité noire de Soweto.

Ainsi, dès 1962, les premiers effets du mouvement anti-apartheid apparaissent avec l’exclusion de l’Afrique du Sud des Jeux olympiques et ce, jusqu’en 1992. Dans les années 80, les Etats-Unis connaissent peu à peu un mouvement de désinvestissement massif d’Afrique du Sud qui s’étendra à d’autres pays (Canada, Japon, pays européens, …). Des législations anti-apartheid sont adoptées, dont notamment le Comprehensive Anti-Apartheid Act en octobre 1986, destiné à freiner les investissements en Afrique du Sud et à supprimer le trafic aérien entre les deux Etats.

Le rôle des Nations Unies

Dans la lutte contre le régime d’apartheid sud-africain, les Nations Unies ont joué un rôle déterminant. En effet, à l’inverse des Palestiniens aujourd’hui, les Sud-Africains ont pu compter sur l’organisation internationale pour appuyer la campagne de boycott qui a conduit à l’élimination du régime d’apartheid. C’est ce résultat qui inspire Nelson Mandela lorsqu’il déclare à l’Assemblée générale des Nations Unies en 1994: « Nous saluons aujourd’hui, de cette tribune, l’Organisation des Nations Unies et ses Etats membres, individuellement et collectivement, qui ont uni leurs forces avec les masses de notre peuple dans une lutte commune qui a conduit à notre émancipation et a repoussé les frontières du racisme ».

En effet, dès 1962, le régime d’apartheid sud-africain est mis sur la sellette par l’Assemblée générale des Nations Unies qui adopte la résolution 1761 dans laquelle elle appelle ses membres à rompre leurs relations diplomatiques avec l’Afrique du Sud et à adopter des mesures de boycott commercial à l’encontre de ce régime. Un pas de plus sera franchi en 1977 avec l’adoption par le Conseil de sécurité de la résolution 418 qui préconise un embargo total sur les armes à destination de l’Afrique du Sud. Néanmoins, en raison du contexte géopolitique mondial et de la division Est/Ouest, les résolutions des Nations Unies peinent à sortir leurs effets. Le régime sud-africain de l’apartheid se décrivait, par ailleurs, comme le chantre de la lutte anti-communiste dans la région notamment en raison des soutiens apportés par l’ex-URSS et Cuba aux mouvements révolutionnaires marxistes et nationalistes angolais et mozambicain. C’est ce qui explique la violation systématique de la résolution 418 par plusieurs Etats (Israël, Italie, France, …) et la poursuite de leur collaboration militaire avec le régime sud-africain.

Il faudra attendra l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir et la chute du Mur de Berlin pour voir les responsables politiques européens et américains lâcher tout doucement le régime de Pretoria et conditionner leurs relations économiques avec l’Etat sud-africain à l’ouverture de négociations politiques avec l’ANC et à la libération de Nelson Mandela.

 

Comparaison avec le BDS

La campagne BDS a été lancée en 2005 par la société civile palestinienne, pour sortir de l’impasse des négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens, de l’enlisement de la situation sur le terrain, de la poursuite de la colonisation et de l’absence de réactions politiques fermes des Etats occidentaux. Cette initiative a été lancée lors de la date anniversaire du jour où la Cour internationale de Justice a rendu son avis consultatif sur le Mur dans le territoire palestinien occupé, avis qui appelait les autorités israéliennes à en stopper la construction et à démanteler  les tronçons déjà construits. D’autres évènements vont favoriser l’accélération de la campagne et son développement, dont notamment  l’opération « Plomb durci » (décembre 2008/janvier 2009) et la publication du rapport Goldstone (2009).

L’appel au boycott sud-africain émanait d’une diaspora sud-africaine organisée et structurée, ce qui n’est pas le cas de la diaspora palestinienne, active mais peu encline à se structurer au sein d’organisations européennes soutenant l’appel au BDS palestinien.

Si les Nations Unies ont d’emblée soutenu la lutte contre le régime de l’apartheid en appelant à des mesures concrètes en faveur du boycott, un tel soutien de l’organisation internationale en faveur du peuple palestinien fait encore cruellement défaut. Cette différence de traitement s’explique par le soutien inconditionnel notoire des Etats occidentaux à Israël, en particulier des Etats-Unis et ce, quels que soient les agissements de l’Etat hébreu. Des voix discordantes au sein de l’organisation se font néanmoins entendre, telle celle de Richard Falk, Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’Homme dans les territoires palestiniens occupés qui exhorte l’Assemblée générale des Nations Unies et les sociétés civiles à boycotter les entreprises multinationales qui contribuent à l’effort de colonisation des territoires palestiniens.

Pour terminer sur une note d’espoir, précisons que la campagne BDS prend rapidement de l’ampleur. Les actions de boycott du régime sud-africain n’avaient commencé à sortir leurs effets qu’en 1980, soit près de 30 ans après les premiers appels au boycott. Or après sept ans seulement, la campagne BDS jouit déjà d’un soutien estimable et ce, y compris dans les pays occidentaux (voir « les nouvelles du BDS » dans ce même numéro).

Hocine Ouazraf

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