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Catégorisé | Infos

La question de la libération de prisonniers inquiète les Palestiniens

Bulletin 57, septembre 2013

Avec  la reprise des négociations, des Palestiniens craignent que les prisonniers y servent de monnaie d’échange contre des concessions sur le statut final.

 

par Nour Samaha

Source : Al Jazeera.com, 10 août 2013

Trad. : R. K.-B.

 

Il est habituel qu’Israël promette de libérer des prisonniers palestiniens afin d’inciter les négociateurs palestiniens à reprendre le dialogue. Aujourd’hui, alors qu’Israël présente fièrement la libération de 104 prisonniers comme un « geste de bonne volonté » de sa part à l’aube de la reprise des négociations à Washington, de nombreux Palestiniens s’inquiètent de ce qu’ils seraient contraints d’y perdre

Tôt cette semaine, Israël a officiellement déclaré que tous les prisonniers détenus depuis plus de vingt ans dans les prisons israéliennes seraient libérés en quatre phases, les 26 premiers ce mardi (13 août 2013, ndt). Les 78 autres seraient relâchés au cours des huit mois suivants, en fonction des progrès des négociations (qui ont repris après trois ans d’interruption).

Pourtant, depuis l’annonce en juillet de la libération des prisonniers, dont le but implicite est d’encourager les Palestiniens à reprendre les négociations, Israël n’a pas seulement approuvé le financement de dizaines de colonies illégales dans les Territoires Occupés mais aussi voté un plan de construction de plus de 800 logements dans les colonies, ce qui a déclenché la sonnette d’alarme.

Toute la classe politique palestinienne met en garde l’Autorité palestinienne, qui mène les négociations, pour qu’elle ne fasse pas, pour atteindre des objectifs à court terme, le moindre compromis sur d’autres points cruciaux du statut final comme les colonies illégales, les frontières de 1967 ou la sécurité.

 

« Combattants de la liberté »

Pour Shawan Jabarin, directeur d‘Al Haq, organisation palestinienne pour les droits de l’Homme établie à Ramallah, la prochaine libération de prisonniers n’est qu’un stratagème politique utilisé par les Israéliens pour manipuler les Palestiniens.

« Nous voulons voir les prisonniers libres parce qu’ils ont combattu pour la liberté et le droit à l’autodétermination de la Palestine, mais je pense que leur liberté est instrumentalisée à d’autres fins politiques », a-t-il déclaré à Al Jazeera.

Pour Jabarin, la situation est telle aujourd’hui que les leaders palestiniens en arrivent à considérer comme des succès ce que les Israéliens considèrent, eux, comme de petites concessions offertes dans le cadre d’une politique plus large de contrôle territorial.

« La question des prisonniers, dit-il, n’est pas très importante pour les Israéliens, c’est la plus facile. Mais c’est la seule chose que les leaders palestiniens peuvent obtenir car ils ont déjà perdu tout le reste par le passé. »

Durant les vingt dernières années, Israël a plusieurs fois accordé la libération de centaines de prisonniers palestiniens, soit comme « geste de bonne volonté » soit dans le cadre d’un échange de prisonniers.

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a déclaré que la dernière libération de prisonniers avait été une option laborieuse pour son gouvernement. « Il faut parfois prendre des décisions difficiles pour le bien du pays et celle-là en est une. », a-t-il dit récemment. L’opposition à cette décision a été grande, jusque dans les rangs du Likoud, le parti de Netanyahou. Danny Danon, vice-ministre de l’Intérieur, s’y est farouchement opposé, qualifiant de « folle » l’initiative de libérer « des dizaines de terroristes aux mains pleines du sang de centaines d’Israéliens».

Les libérations servent généralement à amener l’Autorité palestinienne, qui gouverne la Cisjordanie occupée, à la table des négociations. Le dernier « geste de bonne volonté » a été fait en 2008, quand Israël a libéré 224 Palestiniens dans le but de faciliter les relations avec Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne. Il y a deux ans, Israël et le Hamas ont convenu de la libération de 1027 Palestiniens en échange d’un soldat israélien détenu à Gaza.

En fait, la libération des 104 prisonniers est la concrétisation d’une promesse d’Israël faite en 1999 durant les pourparlers de Sharm el Sheikh, selon laquelle ces mêmes 104 détenus devaient être remis en liberté comme partie d’un accord de libération de prisonniers.

Pour Yousef Mounayyer, directeur du Centre Palestine, basé à Washington, cette prochaine libération illustre parfaitement le fait qu’Israël n’est jamais contraint de tenir ses engagements.

« Le fait que ces prisonniers auraient déjà dû être libérés il y a quatorze ans démontre bien que les Israéliens prennent des engagements qu’ils ne sont jamais tenus d’honorer, a-t-il déclaré à Al Jazeera. Les prisonniers sont une des monnaies d’échange que les Israéliens peuvent produire, ne jamais céder et garder en réserve. »

Mounayyer souligne que la mise en liberté des prisonniers est un grand soulagement puisque « chaque Palestinien, chaque famille palestinienne a connu, d’une façon ou d’une autre, la prison israélienne. C’est donc une problématique qui touche tout le monde. Cependant, précise-t-il, la question est de savoir ce que cette transaction implique»

 

« Les négociations en otage »

Sahar Francis, de l’association d’aide aux prisonniers  Addameer , a exprimé son inquiétude devant la détermination des Israéliens à ne libérer les prisonniers qu’en plusieurs phases.

« Ce qu’il font, au fond, c’est prendre les négociations en otage, a-t-elle déclaré à Al Jazeera.

Les Israéliens se servent de la question des prisonniers politiques comme d’un moyen de pression, comme ils l’ont fait lors des précédentes négociations, et ils l’utilisent de nouveau parce qu’ils savent que c’est une question sensible pour l’Autorité palestinienne. »dit-elle.« Nous sommes en train de voir se reproduire les erreurs faites à Oslo il y a vingt ans. »

L’histoire a montré qu’après chaque libération ou échange de prisonniers, Israël ré-arrêtait délibérément un grand nombre d’entre eux. Et que le taux d’emprisonnement de Palestiniens par Israël augmente clairement juste après chaque libération massive. » « Le nombre de Palestiniens dans les prisons israéliennes ne diminue donc pas », conclut-elle.

Amjad Salfiti, avocat et responsable de la branche anglaise de l’Organisation arabe pour les droits de l’Homme, est lui aussi circonspect devant la mesure israélienne. Pour lui, une telle libération devrait être supervisée et encadrée par des organismes indépendants comme les Nations Unies ou La Croix-Rouge internationale afin d’en garantir la réalisation.

« Nous voudrions que les négociateurs palestiniens insistent là-dessus », a-t-il dit à Al Jazeera. » Avant d’ajouter que sans garantie signée, il n’y a rien qui contraigne les Israéliens à les libérer tous et à ne pas les arrêter de nouveau dès qu’ils seront en liberté.

Aujourd’hui, cela apparaît comme un effet d’annonce destiné au grand public

En les libérant en plusieurs phases, Israël rappelle clairement qu’il garde la haute main là-dessus.

« C’est humiliant et présenté comme un signe de bonté. En fait ils disent ‘nous allons les relâcher par fournées et voir si vous êtes sages ‘, poursuit Salfiti. Et si ça ne plaît pas, rien n’empêche les Israéliens de garder le reste des prisonniers en détention. »

 

Implications politiques

Cependant, le Fatah nie que la libération des prisonniers soit d’une manière ou d’une autre liée au processus ou progrès des négociations.

Mohammad Shtayyeh, membre du comité central du Fatah, proche du président Abbas, a déclaré à Al Jazeera : « Les Israéliens peuvent dire ce qu’ils veulent sur le lien entre les prisonniers et les négociations, mais nous, nous voyons les choses autrement. La libération des prisonniers n’est en rien liée au progrès des négociations », a-t-il affirmé avant d’ajouter que cette libération « est la concrétisation de l’accord de Sharm el Sheikh de1999. Israël est obligé [de les libérer] et il le fait maintenant, à la reprise des pourparlers. Les Américains sont les garants de cette libération, conclut-il, mais nous connaissons très bien le jeu et nous connaissons très bien les Israéliens. »

Le Hamas a également fait part de son inquiétude quant à ce qui pouvait être en jeu dans ces négociations après cette libération de prisonniers, déclarant que ce n’était qu’une manœuvre pour attirer l’Autorité palestinienne.

« Américains et Israéliens essaient de séduire l’Autorité palestinienne afin d’atteindre leur propres objectifs. Et ainsi, ils lui offrent le démantèlement de checkpoints, le développement économique, la remise en liberté de prisonniers, etc. », a déclaré Ghazi Hamad, vice-ministre des Affaires étrangères du gouvernement Hamas à Gaza.

« Nous ne sommes évidemment pas contre la remise en liberté de prisonniers, mais nous aimerions que cela se fasse sans conditions politiques et sans que les Israéliens en tirent davantage de bénéfices. »

Pour Hamad, le Hamas était en meilleure position pour négocier l’échange de ses prisonniers il y a deux ans que ne l’est aujourd’hui l’Autorité palestinienne.

« Lorsque nous détenions Gilad Shalit, nous pouvions faire pression sur Israël sur la question des prisonniers ; et avec nos missiles, nous pouvions faire pression pour un cessez-le-feu. Parfois, les Israéliens traitent Abbas en homme faible. »

Et tant que les Palestiniens ne seront pas en mesure de travailler ensemble et de se présenter en coalition homogène, Israël gardera la haute main sur les négociations.

« Nous, Palestiniens, devons faire un pas en arrière et nous rasseoir ensemble pour créer une nouvelle stratégie, conclut Hamad. Aujourd’hui, il y a deux voies, politique et résistance, qui vont dans des directions opposées. Abbas avance sans aucun soutien des différentes factions palestiniennes. »

 

 

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