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Catégorisé | Infos

La lente asphyxie d’Al Walaja

Bulletin 57, septembre 2013

Le Mur d’annexion a créé de nombreuses situations invivables pour la population palestinienne. Le sort d’Al Walaja est sans doute parmi les plus difficiles. De 1948 à 2013, le village perd ses terres les unes après les autres que ce soit des suites de l’occupation, de l’annexion, de la colonisation ou de la construction du Mur. Coincé dans la « seam zone [1]» et désormais encerclé par le Mur, Al Walaja est condamné à l’asphyxie.

 

Petit village situé à 4 km au nord-ouest de Bethléem et 9 km au sud-ouest de la vieille ville de Jérusalem, Al Walaja compte 2400 habitants dont la plupart sont des réfugiés. La population actuelle n’équivaut qu’à 5 à 10 % de ce qu’aurait été la population du village s’il n’y avait pas eu la Nakba[2].

En 1948, l’ancien village perd déjà 75% de ses terres. Les habitants d’Al Walaja qui sont restés sont allés s’installer quelques kilomètres plus loin, sur le site qui est actuellement celui d’Al Walaja. En 1967, le village subit l’occupation militaire. Des terres supplémentaires lui sont encore confisquées dans les années 70 avec la construction de deux colonies, Gilo et Har Gilo, ainsi que d’une route de contournement.

 

Un village, deux réalités

Avec l’occupation du village en 1967, la moitié de ses terres est annexée à la municipalité de Jérusalem. Par contre, les habitants ne sont, quant à eux, pas inclus dans l’annexion. Au lieu d’une carte de résident de Jérusalem, ils bénéficient de la carte orange des habitants de Cisjordanie. Ils se retrouvent donc en situation d’illégalité sur leurs propres terres. La municipalité de Jérusalem refuse d’entrer un plan de zonage pour Al Walaja et n’y accorde aucun permis de construction. Les habitants du côté Jérusalem commencent alors à construire sans autorisation,  contraints de devoir s’adapter aux évolutions démographiques du village. A partir de 1985, Israël commence à émettre des ordres de démolition de ces constructions « sauvages ». Entre 1985 et 2006, 43 maisons ont ainsi été détruites à Al Walaja, forçant au déplacement plus de 100 personnes. Quelque 70 ordres de destruction supplémentaires menacent encore les habitants du côté Jérusalem.

Désirant sortir d’une situation sans issue, les habitants d’Al Walaja demandent alors aux autorités israéliennes que la totalité des terres d’Al Walaja soit placée hors des frontières de Jérusalem. Leurs deux tentatives en ce sens, en 1989 et en 2003, essuient toutes les deux des refus. En 2004, ils demandent alors, à l’inverse, un statut de résident à Jérusalem pour 280 habitants du côté Jérusalem du village. Cette requête est elle aussi refusée en 2008.

Dans les années 90, avec les accords d’Oslo, la population d’Al Walaja vivant du côté Cisjordanie  se retrouve en zone C, c’est-à-dire sous administration israélienne complète. Le régime réservé à la population des deux côtés est donc finalement le même. Si les uns sont sous autorité de la municipalité de Jérusalem et les autres sous celle de l’Administration civile, c’est finalement Israël qui décide du sort d’Al Walaja.

Or selon les autorités israéliennes, les terres d’Al Walaja semblent devoir servir à tout sauf à leurs résidents palestiniens. Ainsi, en 2004, des investisseurs privés annoncent un plan de construction de 14 000 nouveaux logements sur les terres du village. Mais, en 2012, le plan de construction de logements se transforme soudainement en projet de parc national. Les plans du parc viennent d’être approuvés le 7 juillet dernier par la Commission de planification et de construction de Jérusalem. Environ 1 200 dunums de terres agricoles appartenant à Al Walaja y seraient englobés.

 

Le Mur

En 2003, sous l’impulsion d’Ariel Sharon, la construction du Mur commence. Le trajet originel du Mur coupait le village en deux parties. Heureusement, la plainte déposée auprès de la Cour suprême israélienne a porté ses fruits : le tracé du Mur a été revu.

Mais ce n’est que partie remise car en avril 2006, les autorités israéliennes confirment la poursuite de la construction. Le nouveau tracé du Mur ne coupe plus le village en deux parties, mais l’enclave totalement dans les terres du Gush Etzion, un rassemblement de colonies au sud de Jérusalem. Al Walaja, encerclé, se retrouve séparé de la plus grande part de ses terres agricoles par le Mur qui ne laisse subsister que quelques barrières agricoles pour le passage des agriculteurs. Or les autorisations de passages ne sont souvent données qu’à une seule personne par lopin de terre et à des horaires peu adaptés aux nécessités de la vie agricole. Pour le restant de la vie sociale, seul un tunnel reliera encore le village à Beitjala et Bethléem qui sont les centres de vie urbaine avec lesquels il est en relation !

Depuis avril 2010, la construction du Mur a repris et n’a plus cessé. Anne Paq, une photographe française qui suit régulièrement la situation d’Al Walaja, fait part de ses impressions : « Je continue de faire la chronique avec mes photos de la lente agonie d’Al Walaja, un village qui sera bientôt totalement entouré par le Mur et coupé de la grande majorité de ses terres. Mes visites y sont plutôt irrégulières mais ce qui  avance inexorablement, régulièrement, c’est la construction du Mur. Il y a toujours plus de barbelés, plus d’asphalte sur le tracé de la route du Mur et davantage de terres non accessibles ». 

Al Walaja est un de ces villages coincés dans la « Seam zone ». La « Seam zone » (littéralement la « zone de ligne de couture ») est la zone située à l’est de la Ligne verte et à l’ouest du Mur d’annexion. Les Nations Unies estiment que si le « Mur d’annexion/barrière de sécurité » est mené à son terme, cette zone enclaverait quelque 274 000 Palestiniens et 400 000 Palestiniens seraient en outre séparés de leurs champs, de leurs emplois, de leurs écoles, de leurs hôpitaux.

 

2013 : la situation empire

La population d’Al Walaja est asphyxiée. La situation de la famille d’Omar Hajajah est particulièrement difficile. Située du mauvais côté du Mur, leur maison n’est plus accessible que par un tunnel passant en dessous du Mur et contrôlé par l’armée israélienne. Omar a dû signer un accord avec les autorités israéliennes lui interdisant d’agrandir sa maison, qui sera d’ailleurs entourée d’une clôture spéciale, ou de l’utiliser à des fins commerciales.

« Cette fois-ci », explique Anne Paq en mai 2013, « ce qui était plus choquant, ç’a été un nouveau portail militaire mis à quelques mètres de la maison d’Omar Hajajah. La maison d’Omar se retrouve de «l’autre côté» du Mur de séparation, sera reliée au village par un tunnel et sera complètement entourée par une clôture spéciale. Le portail militaire, qui a été posé hier, coupe l’accès à la route directe reliant Al Walaja à Cremisan. C’était une issue majeure pour le village et c’était également la route empruntée par le bus pris par les enfants, y compris ceux d’Omar, pour l’école de Cremisan. C’est juste une autre étape dans la transformation d’Al Walaja en  prison ou  plutôt en prison minuscule dans une plus grande prison (la Cisjordanie) ».

La situation du village a beau être de plus en plus difficile, la résistance continue et le village ne baisse pas les bras. De nombreuses initiatives de résistance populaire tentent d’attirer l’attention sur les violations des droits des habitants d’Al Walaja : manifestations régulières, actions en justice, interposition devant les bulldozers, représentations artistiques, visites guidées, conférences à l’étranger pour sensibiliser à la situation d’Al Walaja… Shireen al Araj, figure de proue du Comité populaire d’Al Walaja, était ainsi de passage en Belgique en juin 2012 pour participer à une conférence sur les réfugiés organisée par le bureau bruxellois des Nations Unies et intitulée « RE-réfugiés ? Les réfugiés palestiniens vivant sous la menace quotidienne de la dépossession et du déplacement ».

En juillet 2013, l’Autorité palestinienne a inauguré une clinique mobile à Al Walaja, en collaboration entre autres avec la Coopération Technique Belge. Mais alors qu’elle développe ce genre de projet en zone C, elle accepte d’entamer des négociations avec Israël sans conditions sous la pression des Etats-Unis. Or malgré tous les efforts entrepris par la population du village, le Mur continue d’être construit, les colonies de s’étendre. Tandis que les uns prétendent négocier la paix à des milliers de kilomètres de là, sur le terrain, le travail de purification ethnique d’Israël se poursuit inexorablement.

 

Nathalie Janne d’Othée

 



[1] Suivant un arrêté militaire, les terres situées entre la « barrière de sécurité ou Mur » et la Ligne verte sont des zones militaires fermées et les fermiers qui désirent y accéder doivent demander un « permis de résidence officielle de longue durée »

[2] Les chiffres et dates de cet article sont pour la plupart puisés dans le document : West Bank UNRWA mini-profile : al Walaja, juillet 2013.

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