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Catégorisé | Infos

La faim des prisonniers palestiniens pour la liberté

Par Daoud Kuttab

Depuis le 24 avril, 120 sur les 189 Palestiniens détenus sans inculpation ni jugement ont refusé d’ingérer toute nourriture. Des centaines, et sur quelques jours, des milliers de codétenus les ont aussi rejoints.

L’utilité de la manifestation a été illustrée par l’appel adressé à Israël par le Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon pour qu’il inculpe ou libère les détenus palestiniens. Parmi les Palestiniens détenus sans inculpation ni jugement se retrouvent des médecins, des législateurs, des professeurs d’université et des adolescents. Israël a adopté le règlement d’urgence britannique de 1945 et en a étendu l’application à toute personne qu’il souhaite emprisonner sans pouvoir prouver quoi que ce soit contre elle.

L’injustice pure d’être détenu sans inculpation et pour une durée indéterminée prend une dimension encore plus grande quand on sait qu’elle est pratiquée par, soi-disant, la seule démocratie au Moyen-Orient, qui tient non seulement une population entière sous occupation militaire depuis 48 ans mais soutient et protège également une campagne de colonisation par et pour les seuls Juifs.

Le nombre des grévistes de la faim hospitalisés s’accroît chaque jour. La semaine dernière a vu un transfert sans précédent de 13 prisonniers palestiniens en grève de la faim vers divers hôpitaux israéliens, portant le total de Palestiniens hospitalisés à 80. Ceux-là sont ceux qui sont considérés en danger de mort le Service pénitentiaire israélien (IPS – Israeli Prison Service). Beaucoup d’autres sont maintenus en prison malgré la détérioration de leur état de santé.

Les responsables israéliens parlent de pratiquer une alimentation forcée des prisonniers en grève, ce qui est considéré comme un « acte cruel », un châtiment inhumain et dégradant. L’Association Médicale Mondiale estime qu’il est contraire à l’éthique pour un médecin de participer à une alimentation forcée. L’association médicale d’Israël semble s’opposer à prendre en charge la réalisation de ce gavage.

Le service de renseignement israélien, le Shin Bet, dit être contre tout compromis avec les prisonniers en grève, précisant qu’il a perdu tout avantage quand il a libéré Adnan Khader après sa grève de la faim en 2012. Le quotidien israélien Haaretz cite des sources proches du directeur du Shin Bet Yoram Cohen disant que le service considère que les négociations avec les grévistes de la faim palestiniens en 2012 étaient une erreur, et que ces négociations ne devraient pas être répétées.

Une organisation palestinienne de droits de l’homme précise que ces détentions sont une forme de punition. L’Association Addameer déclare dans un rapport que la fréquence d’utilisation de la détention administrative a fluctué au long de l’occupation israélienne, mais que celle-ci a surtout été utilisée comme un moyen de «punition collective» contre les Palestiniens qui s’opposent à l’occupation qui dure depuis 48 ans. Détenir des Palestiniens sans inculpation ni jugement ne se justifie aucunement pour des raisons de sécurité.

Les prisonniers en grève de la faim mènent une rude bataille. L’absence d’un processus de paix, la controverse sur la réconciliation palestinienne, la visite du pape, les élections en Irak, en Egypte et en Syrie, ainsi que la crise en Ukraine ont attiré l’attention des médias et des décideurs politiques internationaux loin des Palestiniens. L’absence d’une volonté internationale concertée visant à faire pression sur Israël pour arrêter ses actes antidémocratiques ne devrait pas altérer la perception de sa gravité. L’action sur cette demande claire basée sur les droits de l’homme est aujourd’hui plus nécessaire que jamais précisément parce que le processus de paix est au point mort.

Sans espoir et en l’absence d’horizon politique, la mort potentielle de tout prisonnier est susceptible d’enflammer une population palestinienne déjà en colère et sans espoir. Libérer des détenus retenus sans inculpation ni procès n’affaiblira pas l’emprise d’Israël sur les territoires occupés, et n’affectera ni sa tranquillité et ni sa sécurité. Ce serait même plutôt le contraire. Si les dirigeants israéliens pensent qu’ils seront en mesure de garder les territoires palestiniens occupés calmes, ils jouent avec le feu.

 

Daoud Kuttab est un journaliste palestinien et ancien professeur de journalisme à l’Université de Princeton.

 

Source : Palestinian prisoners hunger for freedom in Maan news, 13 June 2014

Trad. NJO.

 

Voir aussi à ce sujet-là, le document de position de l’organisation Addameer (traduit par l’Agence Media Palestine) datant du 9 juin 2014 : Après 43 jours de grève de la faim, Addameer exige une intervention immédiate pour sauver la vie des grévistes et imposer leurs revendications

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