Avec un voyage de trois jours (du 15 au 17 mars) en Israël, dans le Territoire palestinien occupé puis en Jordanie, le président brésilien Lula souhaite aussi s’imposer et imposer le Brésil comme acteur déterminant sur la scène internationale, ceci dans la perspective d’obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.
Le président brésilien tente de s’imposer
Le programme pour la première visite d’un président brésilien en Israël était classique : rencontre avec le président Shimon Pérès, avec le Premier ministre Benyamin Netanyahu, discours à la Knesset, dîner officiel, visite de Yad Vashem et plantation d’un arbre dans le parc de Jérusalem.
Dans son discours au Parlement israélien, Lula a appelé les Israéliens et les Palestiniens à rêver comme lui de paix, à engager un dialogue. Il a pris l’exemple du Brésil qui vit depuis 135 ans en paix dans une région libre de toute arme de destruction massive.
Dans le Territoire palestinien occupé, Lula l’a dit à la tribune de la Knesset, il est venu pour écouter les Palestiniens.
Lula en médiateur de paix ?
Le président brésilien veut s’imposer comme homme de paix, comme médiateur, dans la région. S’il y parvenait le Brésil pourrait réclamer plus haut, plus fort et surtout avec peut-être un peu plus de chances d’aboutir, le siège permanent qu’il réclame au sein du Conseil de sécurité, pour le moment sans succès. La relation économique que le Brésil est en train de nouer avec les pays de la région en sortirait aussi renforcée.
L’objectif de cette tournée proche-orientale du président Lula semble d’abord d’imposer la diplomatie brésilienne comme partenaire incontournable de la résolution du conflit israélo-palestinien. Dans un entretien publié dans Haaretz, le président Lula livre son analyse et sa solution pour le Proche-Orient : « Les parties prenantes au conflit et les gens impliqués dans le processus sont depuis longtemps désabusés. Il est temps d’introduire dans le jeu de nouveaux acteurs qui seront capables d’avancer de nouvelles idées. Ces acteurs doivent avoir accès à tous les niveaux du conflit : en Israël, en Palestine, en Iran, en Syrie, en Jordanie et dans bien d’autres pays. » Mais la médaille a un revers : si le Brésil est un pays neuf dans la négociation, il n’en a pas l’expérience et au moment d’entrer dans la phase délicate, le manque de liens particuliers, d’interlocuteurs privilégiés pourrait se transformer en sérieux handicap.
Le style Lula
La position du Brésil sur la question palestinienne s’inscrit dans le strict respect des décisions de l’ONU. En 1947, il a voté la partition et la création d’un Etat israélien, en 1975, il a voté la résolution qui apparentait le sionisme à du racisme. Aujourd’hui le Brésil plaide donc pour deux Etats indépendants, le partage de Jérusalem et une compensation financière pour les réfugiés palestiniens. Pour le président Lula, « la construction des colonies doit être arrêtée car la stabilité de la région est importante pour tout le monde ».
En Israël, son style dérange. Avigdor Lieberman a même boycotté le discours de Lula au Parlement israélien et deux autres réunions lundi 15, pour protester contre son refus de visiter le tombeau de Théodore Herzl, le père du sionisme politique moderne, alors qu’il se rendait mercredi 17 sur la tombe de Yasser Arafat : « Quelqu’un qui n’est pas prêt à visiter la tombe de Herzl, mais qui se rend sur celle de Yasser Arafat, je n’accepte pas », a-t-il déclaré au site Internet d’information israélien YNet. Pourtant, d’autres dirigeants récemment en visite en Israël, comme Nicolas Sarkozy ou Silvio Berlusconi, ne s’étaient pas rendus sur la tombe de Herzl sans provoquer l’ire du ministre des Affaires étrangères.
Idem au sujet de l’Iran. En novembre, lors de la réunion de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le Brésil, comme la Turquie, s’était abstenu de voter une résolution condamnant Téhéran. Lors de la visite de la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, Lula avait réaffirmé son hostilité à de nouvelles sanctions contre l’Iran, parce que, avait-il expliqué, « il ne faut pas mettre l’Iran, dos au mur ». Dans Haaretz, il persiste : « Ma thèse est que nous ne devons pas permettre qu’il arrive à l’Iran ce qui s’est produit en Irak. Donc, avant toutes sanctions, il faut tout faire pour favoriser la paix au Proche-Orient”, insiste le président brésilien, qui a prévu de se rendre en Iran en mai. Le président Lula assure qu’il a exhorté son homologue iranien à cesser de demander la destruction d’Israël et de nier l’Holocauste, mais il ajoute : « Quiconque compare Ahmadinejad et l’Iran moderne à Hitler et aux nazis fait preuve du même radicalisme dont il accuse l’Iran. »
Lula : un Bill Clinton brésilien ?
Reste que cette tournée proche-orientale de Lula arrive bien tard. Son mandat s’achève à la fin de l’année. Mais d’une part, la diplomatie brésilienne est très stable. Quelque soit le vainqueur de la prochaine élection présidentielle, la position du Brésil ne changera pas du tout au tout. D’autre part, Lula se voit bien en médiateur au-delà de son mandat. Un Bill Clinton brésilien car tous les observateurs sont unanimes : son charisme, sa capacité à négocier, à dialoguer avec tout le monde, à trouver des compromis, en font un médiateur idéal.
sur le même sujet, vous pouvez aussi consulter l’article du Monde, du Figaro, une dépêche AP et cette vidéo sur le site de TV 5 Monde.




