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Catégorisé | Infos

Après l’échec annoncé des pourparlers de paix

Bulletin 57, septembre 2013

Une génération de Palestiniens est arrivée à maturité, qui n’a aucune hâte de conclure un accord avec les Israéliens, parce que les Israéliens ne sont pas prêts à signer un accord équitable.

 

par Amira Hass

Source : Haaretz, dimanche 28 juillet 2013

Traduction : C. S.

 

N’ayez aucune crainte, dans cette série de pourparlers avec les Palestiniens, Israël va à nouveau rater l’occasion de changer et d’être changé – tout comme les gouvernements Rabin – Peres et celui de Barak ont raté les leurs. Les discussions sur un référendum passent à côté de l’essentiel : pour la communauté juive de cette partie du Moyen–Orient, tout avenir digne d’être vécu dépend de sa capacité et de sa volonté de se libérer de l’ethnocratie (« la démocratie pour les seuls Juifs») qu’elle a construite ici depuis près de sept décennies. Pour cela, nous avons désespérément besoin des Palestiniens.

Mais notre supériorité militaire et économique nous aveugle. Nous sommes certains qu’ils ont besoin de nous et que nous les avons réduits à une position de faiblesse telle que nous pouvons leur extorquer un oui sur tout ce à quoi ils ont dit non pendant 20 ans, c’est-à-dire bien moins que les frontières de 1967.

Les négociations prochaines, avec la participation, très loin d’être neutre, des Américains (si toutefois elles dépassent la phase de pré-négociation), ne donneront pas l’indépendance aux Palestiniens. Mais le Premier ministre Benjamin Netanyahou et ses problèmes de coalition ne doivent pas en être tenus pour responsables. Ce sont les Israéliens qui ne sont pas encore prêts à exiger de leurs dirigeants qu’ils travaillent à un accord de paix, parce qu’ils profitent encore trop de l’occupation.

Ce n’est pas pour rien qu’avec nos 6 800 exportateurs d’armes, nous avons été gratifiés du titre de sixième plus grand exportateur d’armes du monde et que nous occupons la première ou la deuxième place au sein des pays vendeurs d’avions sans pilote, perfectionnés par des tests sur les Libanais et surtout sur les Gazaouis. Même si seulement un petit nombre d’Israéliens sont impliqués dans la fabrication et l’exportation d’armes et plus généralement dans l’industrie de la défense, il s’agit d’une minorité qui dispose d’une grande influence et d’un important pouvoir économique et qui façonne la politique en rationalisant ses aspects messianiques et technocratiques.

Les directives de l’Union européenne sur la non-coopération avec les colonies et les entreprises  qui leur sont liées ont au moins 15 ans de retard. Dès les années 1990, il était clair pour l’Europe que la colonisation de la Cisjordanie et de Gaza était en contradiction avec son interprétation des accords d’Oslo, mais cela ne l’a pas empêchée de gâter Israël avec des accords commerciaux favorables. Ni ces accords, ni le soutien massif à l’Autorité palestinienne (c’est-à-dire la compensation des dommages causés par l’application des règles israéliennes et les restrictions à la circulation qui en découlent), n’ont permis à l’Europe d’avoir une réelle influence politique sur Israël et dans les couloirs des négociations. Et maintenant, avec la détermination mise à faire ce premier pas, l’Europe a rétabli sa position politique.

Les Palestiniens ont clairement indiqué que si les Européens revenaient en arrière sur ces directives (comme Israël le demande et comme les États-Unis l’exigent), ils arrêteraient les pourparlers (s’ils ont commencé, évidemment). Mais l’impact principalement psychologique de ces directives se dissipera vite si elles ne sont pas appliquées rapidement. Quand elles le seront (si ça se produit), les résultats ne seront pas immédiatement ressentis en Israël et de toute façon, ils ne se feront sentir que progressivement. Autrement dit, il faudra du temps avant que de plus en plus d’Israéliens ne se rendent compte que l’occupation n’en vaut pas la peine. Et nous aurons tout le temps qu’il nous faut pour continuer à nous sentir plus forts que les Palestiniens.

Mais tout mettre sur le compte de la faiblesse des Palestiniens est une illusion d’optique, une illusion d’arrogants. Certes, la direction de l’OLP est fossilisée et contrôlée par un seul homme, qui consulte rarement et ne prend que rarement en compte les opinions de son peuple. Mais même lui ne peut accepter ce que le gouvernement Netanyahou – Bennett – Lapid forme le projet de lui offrir. Il est vrai que la société palestinienne est plus fracturée géographiquement et politiquement aujourd’hui qu’il y a 20 ans, mais elle a  de l’endurance, ce dont les Israéliens manquent totalement.

L’Autorité palestinienne et le gouvernement Hamas gémissent sous le fardeau financier de leurs économies en état de siège. Les clivages sociaux et économiques se sont creusés et un climat de dépolitisation a pris le dessus. Mais sous la surface, il y a du nouveau. Des initiatives sont en cours pour que le peuple palestinien – de Cisjordanie, de la bande de Gaza et de la diaspora – se dote d’un organe de décision unique. Des discussions sérieuses sont engagées sur la prospection de méthodes de lutte en dehors des négociations. Une génération, arrivée à maturité, n’a aucune hâte de conclure un accord avec les Israéliens, parce que les Israéliens ne sont pas prêts à signer un accord équitable. Et quand nous, les Israéliens, nous nous réveillerons et que nous les supplierons d’arriver à un accord, il sera peut-être trop tard.

 

 

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