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Catégorisé | Analyses

Vingt ans d’Oslo… et après ?

Bulletin 58, novembre 2013

Ils sont Palestiniens, Israéliens, internationaux ; ils ont été acteurs ou penseurs des accords d’Oslo ou en ont subi les conséquences ; ils ont commenté les vingt ans du processus « de paix » né en 1993. Des propos communs reviennent sur les maigres acquis et surtout les faux espoirs du processus. Certains aussi se souviennent de l’époque.

 

Des acteurs des négociations se souviennent

Certains occupaient des postes centraux et ont été les témoins privilégiés de la mise en place du processus d’Oslo. Après une réunion secrète à Tel Aviv avec Jan Egeland, le ministre adjoint aux Affaires étrangères norvégien et le négociateur israélien Yair Hirschfeld, Yossi Beilin rapporte comment il a été décidé que le partenaire pour la paix serait la représentation de l’OLP à Tunis. Des premiers contacts eurent lieu avec Ahmed Qurei à Oslo avant que Hirschfeld et Beilin en avertissent Shimon Peres, alors ministre des Affaires étrangères, de peur que ce dernier leur dise d’abandonner ce canal pour privilégier les négociations multilatérales initiées à Madrid. De son côté, Hanan Ashrawi faisait partie du leadership palestinien durant la Première Intifada et à ce titre, a participé aux négociations multilatérales à Madrid. Dans un entretien donné à l’université Brown en septembre dernier, elle dit néanmoins regretter que les accords d’Oslo aient été négociés en secret, sans consulter l’équipe qui négociait à Washington. Les conséquences ont été des accords d’Oslo fondés sur le principe de « terres contre paix », alors que les accords de Madrid se construisaient sur le droit international.

Hanan Ashrawi souligne aussi la difficulté d’une administration palestinienne gérée par des Palestiniens exilés depuis des décennies et cela, à plusieurs niveaux. Premièrement, leur connaissance des réalités du terrain était faible, ce qui les a empêchés d’anticiper correctement les conséquences des propositions mises sur la table par les négociateurs israéliens. Par ailleurs, l’OLP était auparavant la représentante de tous les Palestiniens, ceux de l’intérieur mais aussi les 5,5 millions de réfugiés de l’époque. L’installation de l’OLP sur la terre palestinienne a été perçue par les réfugiés comme un abandon de leur cause.

 

1993 : soutien sans enthousiasme

D’autres se souviennent de la période des accords d’Oslo, même s’ils n’en étaient pas directement parties prenantes. Ils semblent tous partager à peu près le même sentiment. Uri Avnery dit avoir pensé dès le départ qu’il y avait un déséquilibre flagrant dans l’accord, le déséquilibre entre un occupé et un occupant. Malgré cela, il se rappelle avoir soutenu les accords parce qu’il y voyait le lancement d’une dynamique de paix. Pour Michel Warschawski, il s’agissait de la moins mauvaises des solutions. Denis Sieffert relit son opinion dans la revue française Politis à cette occasion : « Il y est question de « bantoustans » et de territoires « sillonnés par des colonies de peuplement dont la protection justifiera l’omniprésence militaire », et d’un accord « lourd de toutes les crises futures ». Mais paradoxalement, il se souvient avoir approuvé ces accords. Le nouvel historien israélien Avi Shlaim se souvient aussi avoir soutenu ces accords, mais admet aujourd’hui qu’Edward Saïd avait raison en les qualifiant de « Versailles palestinien ». L’engouement n’était donc pas à son comble en 1993, mais beaucoup ont soutenu les accords, préférant cette solution au statu quo.

 

Les déterminants de l’accord

Pourquoi ces accords ont-ils été conclus à ce moment-là ? Pascal Boniface répond en précisant qu’aucun accord n’aurait vu le jour sans le réalisme des dirigeants palestiniens et israélien de l’époque. Yasser Arafat et Yithzak Rabin avaient tous deux la conviction qu’il était dans leur intérêt de faire des concessions réciproques. Du côté israélien, on sentait que l’aide des Américains n’était plus si inconditionnelle que par le passé. G.H. Bush avait en effet menacé le précédent Premier ministre Yithzak Shamir de ne plus garantir les prêts américains à Israël si la colonisation se poursuivait de la sorte. Michel Warschawski constate en outre que les accords étaient finalement avantageux pour les Israéliens puisqu’ils leur ont permis de déléguer à la fois le financement de l’occupation et la gestion d’une partie de l’appareil sécuritaire aux Palestiniens. Si les concessions ont été nombreuses pour parvenir à un accord en 1993, c’est donc surtout du côté palestinien.

La rencontre historique entre Yasser Arafat et Yithzak Rabin est sans conteste le fait qui reste dans tous les esprits. Les deux leaders étaient animés d’une même conviction qu’il fallait conclure la paix et étaient capables de convaincre une majorité dans leur camp de les suivre. La fameuse poignée de main à la Maison Blanche et la reconnaissance mutuelle qu’elle symbolise est sans doute l’acquis le plus important de ces accords, pour ne pas dire le seul.

 

Des lacunes

Les opinions parues à l’occasion des 20 ans d’Oslo ne sont pas enthousiastes, loin de là. Elles sont en effet beaucoup plus prolifiques sur les lacunes que comportaient les accords et sur les raisons de leur échec. On a déjà évoqué le fait que la nouvelle Autorité palestinienne était une autorité issue de l’exil et donc pas la mieux adaptée pour administrer les territoires nouvellement autonomes.

Mais le plus important est ce qu’Avi Shlaïm souligne : l’absence dans les accords de la mention d’un Etat palestinien indépendant. Hanan Ashrawi également fait remarquer que si les Palestiniens reconnaissaient l’existence d’Israël, les Israéliens ne faisaient que reconnaitre l’OLP comme représentant du peuple palestinien. Selon elle, lorsque Rabin se lance dans les négociations au départ, il assure les Israéliens qu’il n’y aura pas d’Etat palestinien pour les convaincre de lui faire confiance. Dans son opinion sur les 20 ans d’Oslo, l’anglais Ben White explique de la même manière que le plan était de « créer une entité palestinienne qui soit moins qu’un Etat » pour « gérer de manière indépendante les vies des Palestiniens sous son autorité », tandis qu’Israël garderait une « Jérusalem unie » et les plus grands blocs de colonies. La colonisation israélienne n’a en effet pas cessé durant toutes les négociations d’Oslo. De 260 000 en 1993, les colons israéliens sont passés aujourd’hui à 515 000 en Cisjordanie et Jérusalem-Est. Selon l’historien Avi Shlaïm, la colonisation est le principal facteur d’échec des accords d’Oslo puisqu’elle rend caduque la base-même du compromis « paix contre terres ».

Le militant palestinien Omar Barghouti revient sur l’absence dans les accords d’Oslo de référence à l’ensemble des droits inaliénables du peuple palestinien, en particulier le droit à l’autodétermination et le droit au retour des réfugiés. Uri Avnery souligne quant à lui l’erreur des Israéliens qui est de ne pas avoir mis en place un système pour qu’il y ait une continuité géographique entre la Cisjordanie et la bande de Gaza. Ce qui a contribué de fait à la division du leadership palestinien qu’on connait aujourd’hui.

Les accords d’Oslo étaient donc marqués par de nombreux manques qui, dès le départ, ont miné leurs chances de réussite.

 

Oslo est mort, qu’est-ce qui lui succède ?

Une chose est sûre pour tous : le processus d’Oslo est mort. Seul l’Israélien Yossi Beilin semble encore espérer quelque chose du cycle de négociations initié l’été dernier mais souligne qu’il s’agit de la dernière chance d’une solution à deux Etats. Les autres constatent la fin d’une période, la nécessité même d’y mettre fin. Mais qu’est-ce qui succèdera à ces vingt ans ponctués de négociations de plus en plus vaines ? La solution à deux Etats est-elle encore viable ? Quel avenir pour la lutte du peuple palestinien pour son autodétermination ?

Pour beaucoup, l’échec des accords d’Oslo signifie l’échec de la solution à deux Etats. Pour la juriste palestino-américaine Leila Farsakh comme pour beaucoup d’autres, la seule solution est celle d’« un Etat unique, incluant Juifs et Arabes, et basé sur les valeurs d’égalité et de justice pour tous ».

Mais, quelle que soit la solution, comment y parvenir ? Pascal Boniface rappelle l’urgence de la situation qui, aujourd’hui, ne fait que s’envenimer. Israël ne peut sans cesse ignorer le droit international et le droit des Palestiniens à disposer d’eux-mêmes sous peine de se retrouver aux prises avec une véritable « bombe à retardement ».

Dans le contexte actuel, les négociations ont montré toutes leurs limites. Le chroniqueur de Electronic Intifada Ali Abunimah revient sur les initiatives issues de Palestiniens oubliés par les accords d’Oslo comme les Palestiniens de la diaspora qui, aux Etats-Unis, ont créé un mouvement qui prend de l’ampleur. Certains Palestiniens d’Israël ont également décidé de réoccuper leurs villages sans attendre que le droit au retour leur soit accordé. Et enfin, le mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions initié en 2005 ne fait que grandir depuis. Ce sont autant de fenêtres d’espoirs dans un horizon qui, après vingt années de prétendues négociations, semble à première vue bien bouché.

Nathalie Janne d’Othée

Les opinions sur lesquelles se basent cet article sont référencées sur le site de l’Association belgo-palestinienne.

 

 

Sources :

 

–          Yossi Beilin, « Beware the extremists: Lessons from Oslo, twenty years on” in Haaretz, 9 Sept. 2013. http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.545808

–          “Uri Avnery on Oslo: not end of story” (Written by Interview with Uri Avnery by Lea Frehse for the AIC), on Alternativenews.org, 11 Sept. 2013. http://www.alternativenews.org/english/index.php/politics/opinions/7020-uri-avnery-on-oslo-not-end-of-story

–          Uri Avnery, “Oslo Revisited » on Gush Shalom, 7 Sept. 2013. http://zope.gush-shalom.org/home/en/channels/avnery/1378502039/

–          Michel Warschawski “20 years after Oslo: why did it fail?” on Alternativenews.org, 15 Sept. 2013. http://www.alternativenews.org/english/index.php/politics/opinions/7027-20-years-after-oslo-why-did-it-fail

–          Michel Warschawski, “After Oslo – what next?” on Alternativenews.org, 17 Sept. 2013. http://www.alternativenews.org/english/index.php/politics/opinions/7036-after-oslo-what-next

–          Avi Shlaïm, “It’s now clear: the Oslo peace accords were wrecked by Netanyahu’s bad faith” on TheGuardian.com, 12 Sept. 2013. http://www.theguardian.com/commentisfree/2013/sep/12/oslo-israel-reneged-colonial-palestine

–          Ben White, “Infographic: Twenty years of Oslo”, on Aljazeera.com, 13 Sept. 2013. http://www.aljazeera.com/indepth/opinion/2013/09/20139115584184137.html

–          « Leila Farsakh : Le Processus de paix d’Oslo, une révolution sans libération » sur Mediapart.fr, 2 Oct. 2013. http://blogs.mediapart.fr/edition/accords-doslo-20-ans-apres/article/021013/leila-farsakh-le-processus-de-paix-doslo-une-revolution-sans-liberation

–          “Vingt ans après Oslo (3). Denis Sieffert: vingt ans de colonisation” sur Mediapart.fr, 20 Sept. 2013. http://blogs.mediapart.fr/edition/accords-doslo-20-ans-apres/article/200913/vingt-ans-apres-oslo-3-denis-sieffert-vingt-ans-de-colonisation

–          « Omar Barghouti: Le succès ultime d’Israël pourrait bien signer la fin de son régime colonial » sur Mediapart.fr, 7 Oct. 2013. http://blogs.mediapart.fr/edition/accords-doslo-20-ans-apres/article/071013/omar-barghouti-le-succes-ultime-d-israel-pourrait-bien-signer-la-fin-de-s

–          Ali Abunimah, “Twenty years on, Palestinians refuse to be defeated by Oslo” on Electronic Intifada, 12 Sept. 2013. http://electronicintifada.net/blogs/ali-abunimah/twenty-years-palestinians-refuse-be-defeated-oslo

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