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Catégorisé | Analyses

Tuer des arabes – ce n’est pas ce que vous croyiez

Opinion de Oudeh Basharat dans Haaretz, 12 août 2013

 

Un ministre se vante de tuer des arabes, un des leaders du parti au pouvoir veut les expulser et un maire projette d’en nettoyer sa ville.

Même Rafael Eitan, l’intraitable général avec lequel le premier ministre Menachem Begin effrayait le goy – « Assad, sois prudent, Yanush et Raful sont prêts ! » – avait un côté humain. Comme en a témoigné sa veuve, Offra Meirson : « Presque chaque nuit, il se réveillait (et me réveillait) en criant de douleur, de cette souffrance terrible qui le prenait à la gorge, il hoquetait, bégayait des bribes de phrases, des mots brisés, … puis il remontait d’un puits sans fond, d’une sorte d’enfer et d’un combat âpre qu’il avait mené, avec un terroriste arabe, ou durant la bataille de San Simon pendant la guerre d’indépendance. » (« Les Nuits Sans Sommeil de Raful » (Raful’s Sleepless Nights),  article de Roni Hadar paru dans Haaretz le 3 janvier 2006)

Ce n’est apparemment pas le cas du ministre de l’économie, Naftali Bennett, qui a déclaré : « J’ai tué de nombreux arabes dans ma vie et ça ne pose aucun problème. » En d’autres mots, tuer ne lui cause ni insomnies ni cauchemars. Ni le regard horrifié de la victime ni le visage déformé par la douleur et la stupeur ni le dernier sursaut suivi du calme absolu – rien de tout cela ne perturbe le sommeil du ministre.

Lorsqu’une personne qui a assisté à un meurtre ne pleure pas ou n’est pas perturbée, on la sait, malgré tout, très certainement en état de choc. Naftali Bennett est-il en état de choc ? Est-ce que sa comparaison des arabes avec un Shrapnel dans le derrière, sa description du boycott économique des colonies comme une attaque terroriste ou son appel à boycotter le monde sont autant de signes de l’état de choc dans lequel il se trouve ? Les symptômes du choc étaient évidents mercredi dernier, quand Bennett a fièrement posté sur sa page Facebook une photographie de l’édito du journal Haaretz qui titrait : « Une nuisance appelée Naftali Bennett. »

Si ce n’était pas tragique, ça prêterait à l’ironie.

Peut-être qu’un formateur de l’armée israélienne demandera à Bennett de venir transmettre aux nouvelles recrues l’esprit de la guerre et leur expliquer comme il est facile de tuer des arabes. Peut-être que ces rencontres s’intituleront : « Tuer un arabe – ce n’est pas ce que vous croyiez », avec la même aisance que pour inoculer contre la polio – « Seulement deux gouttes ». La première pour encourager la mort, la seconde pour encourager la vie.

La forfanterie de Bennett soulève plusieurs questions qu’il est nécessaire d’organiser mentalement : Tout d’abord, qu’est-ce qu’il veut dire par « de nombreux arabes? » Si beaucoup signifie deux ou trois, c’est de la poudre aux yeux – moins de dix n’est pas considéré comme beaucoup. Deuxièmement, Bennett a-t-il tué ces « nombreux arabes » en une fois ? Deux fois ? En de nombreuses occasions ? Troisièmement, ces hommes morts n’avaient-ils pas de noms ? Quatrièmement, laissons-le nous expliquer les circonstances dans lesquelles il a tué, ensuite nous pourrons nous demander, avec la prudence nécessaire, si le meurtre légitime a basculé dans le meurtre délibéré ?

De plus, Naftali Bennett, en tant que ministre du gouvernement, est au service d’une population comptant 20 pour-cent d’arabes. Celle-ci ne va-t-elle pas considérer ses déclarations comme une menace ? Ses mots clairs et tranchants font entendre qu’il a envie et est prêt à poursuivre la tuerie – ou sont au moins un appel à d’autres à l’imiter. Et voilà comment est créée une nouvelle définition d’un fonctionnaire du service public : il vous sert à la mort.

Ce n’est pas Bennett, c’est son environnement naturel.

Quand Raful a suggéré de remplir la Cisjordanie de colonies jusqu’à ce que les arabes s’enfuient “comme des cafards drogués dans une bouteille”, le ministère des transports a nommé un pont en son honneur – celui construit à l’entrée de Iksal et Nazareth, villes de cafards. Depuis, l’arbre du mal n’a fait que croitre sur ses racines plantées bien profond dans la terre: un ministre se vante de tuer des arabes, un des leaders du parti au pouvoir veut les expulser, un maire projette d’en nettoyer sa ville et une majorité parlementaire veut en éliminer les représentants.

Heureusement qu’il existe des arabes, sinon où s’accumulerait toute cette férocité que nous avons en nous?

Source : Killing Arabs – not what you thought dans Haaretz, 12 août 2013

Trad. : R. K.-B.

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