W3vina.COM Free Wordpress Themes Joomla Templates Best Wordpress Themes Premium Wordpress Themes Top Best Wordpress Themes 2012

Catégorisé | Analyses

Syrie. Le conflit entame sa quatrième année.

Irina Prentice est chargée de communication sur la crise syrienne pour l’UNRWA. Elle s’est rendue en Syrie peu de temps avant le troisième anniversaire du conflit (13 mars 2014). Elle a rencontré des réfugiés palestiniens enfermés dans le camp assiégé de Yarmouk et dans 2 des 34 abris collectifs où vivent désormais 14 000 déplacés internes. Elle rend compte de ce qu’elle a vu et entendu.
« Seigneur, aie pitié. Des gens sont morts. Quel est ce monde dans lequel nous vivons ? », dit un vieil homme en sanglotant.  » N’y a-t-il personne qui s’en soucie ? Où est passée l’humanité des gens?  »
Dans le soleil, au milieu de flaques d’eau stagnante, debout dans la rue Rama dans le camp de Yarmouk, je regarde avec consternation la façade d’un bâtiment brûlé, son troisième étage détruit par des charges explosives. Des murs entiers de béton pendent à des supports en acier tordus vers le bas, la structure de l’édifice a été déformée par les explosions répétées. Dans une rue, autrefois animée, du camp de Yarmouk à Damas, les bâtiments ravagés restent silencieux. Leurs cicatrices témoignent de l’intensité des affrontements qui ont frappé la région.
Des hommes, des femmes et des enfants anxieux approchent prudemment à travers les décombres, espérant recevoir une aide alimentaire de l’UNRWA dont ils ont désespérément besoin. Ils ont vécu sous le siège durant les neuf derniers mois. A Yarmouk, qui autrefois abritait 160 000 réfugiés palestiniens, 18.000 restent désormais pris au piège. Ils ont un besoin urgent d’aide humanitaire continue et sans entrave. Ils partagent avec moi les histoires poignantes de leur lutte quotidienne pour la survie, pour la recherche de nourriture et d’un abri sûr.
Aaliya*, une femme mince vêtue de noir, fait la file pour recevoir l’aide humanitaire de l’UNRWA. Elle me dit qu’elle pense avoir perdu environ 20 kg depuis le Ramadan 2013, lorsque le siège du camp de Yarmouk a commencé. En racontant les difficultés auxquelles elle a dû faire face durant le siège, elle a du mal à maitriser son émotion. « Pendant huit mois, les enfants n’ont pas eu de pain et il n’y a pas de nourriture à acheter », dit-elle.

En essuyant ses larmes, Aaliya me montre sa main. La saleté a rempli les crevasses de ses paumes, qui sont rugueuses et tannées. Je lui demande comment elle s’est nourrie. « Avec un groupe de femmes, nous allons dans les champs pour chercher quelque chose à manger. S’il n’y avait pas de mauvaises herbes, nous serions mortes. Nous mangeons, une fois la nuit tombée, des mauvaises herbes et de la soupe « , dit-elle. Je lui pose des questions sur sa maison. « Ma maison a été bombardée donc je vis dans un appartement vide qui appartient à quelqu’un d’autre. Il n’y a pas d’électricité, il n’y a pas de lumière. Nous cuisinons avec le bois des meubles. Est-ce acceptable? », me demande-t-elle, « Est-ce acceptable? »

 

La force et la vulnérabilité d’Aaliya sont frappantes, mais tout dans son comportement traduit son épuisement. Simplement, je demande comment elle va et comment elle se débrouille.
« Je suis morte de peur ». Elle recommence à pleurer, en se prenant la tête dans les mains. « Je jure devant Dieu, que tout ce que je veux, c’est que les gens reviennent au camp et retrouvent une vie normale. »

Aujourd’hui, la plupart des réfugiés palestiniens ont perdu leurs moyens de subsistance ; beaucoup ont perdu leurs maisons ; leurs familles sont dispersées. Plus de 50 pour cent des 540 000 Palestiniens de Syrie ont été déplacés à l’intérieur de la Syrie. Des dizaines de milliers d’autres ont fui vers les pays voisins. Parmi les réfugiés palestiniens qui ont fui les zones de combat, beaucoup vivent dans des abris collectifs dans Damas. Ils décrivent des histoires navrantes de proches perdus et de chagrins permanents. Beaucoup me demandent si je peux aider à rechercher leurs proches disparus.
Dans l’abri collectif de Jaramana, Hanna*, accompagnée de deux de ses jeunes enfants, s’approche de moi. D’une voix épuisée, elle me demande si je peux aider à localiser son mari qui a disparu un matin après avoir quitté la maison pour aller travailler. « J’ai quatre enfants, dont deux en bas âge. Je n’ai pas de travail et je ne sais tout simplement pas comment nous allons faire pour nous en sortir », dit-elle. « Savez-vous comment je peux trouver mon mari ? », me demande-t-elle les yeux gonflés de larmes.

Avant le conflit, 27 pour cent des réfugiés palestiniens vivaient avec moins de 2 dollars par jour, ce qui signifie que beaucoup ont déjà épuisé leurs maigres ressources. Les jeunes hommes sont particulièrement vulnérables. Leurs études interrompues, ils luttent contre le non chômage. La situation désespérée de la plupart des familles que j’ai rencontrées est aggravée par l’impossibilité de trouver du travail.

Dans l’école Haïfa de l’UNRWA, qui a été transformée en centre collectif, je rencontre Ahmed*. Il me dit qu’il était entrepreneur. « Je me suis spécialisé dans la peinture et la décoration d’intérieur, mais il est vraiment difficile de trouver du travail », dit-il. «Au cours de la dernière année, je n’ai eu que quatre travaux de peinture à faire, et le reste du temps je reste dans notre chambre dans cet abri « , poursuit-il. « Ne pas travailler est un cauchemar, et le pire, c’est que je me sens mal de ne pas pouvoir subvenir aux besoins de ma famille « , dit-il.
Je lui demande s’il espère revenir un jour ; Ahmed me répond: « Inch’Allah », si Dieu le veut.

Après quatre années de conflit, la situation humanitaire des refugiés palestiniens en Syrie est désespérée. L’usage continu de la force armée a perturbé les efforts de l’Agence pour soulager les souffrances de nombreux civils. A Yarmouk, l’UNRWA continue d’exiger avec fermeté que les parties au conflit cessent les hostilités et permettent immédiatement la reprise de la distribution de vivres aux civils piégés à l’intérieur. Globalement, l’UNRWA doit fournir une assistance humanitaire continue à plus de 440.000 réfugiés palestiniens affectés par le conflit en Syrie. Chaque contribution individuelle est un symbole d’humanité. S’il vous plaît soutenez, aujourd’hui, les réfugiés palestiniens de Syrie.

 
Source: UNRWA, Surviving a conflict entering fourth year, how much longer to go?, 27 mars 2014.
* Les noms ont été modifiés

 

Print Friendly
Share

Comments are closed.