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Catégorisé | Analyses

Les femmes de Gaza endurent toutes les souffrances de la Palestine

Bulletin 60, avril 2014

Par Eva Bartlett

“A Gaza, nous n’avons pas une vie normale, nous survivons seulement en nous adaptant aux conditions anormales du siège et de l’occupation,” dit la doctoresse Mona El Farra qui milite depuis longtemps pour les droits humains et les droits des femmes dans la bande de Gaza.

Pendant la Journée internationale des femmes, la plupart des femmes dans le monde réclament l’égalité au travail et la fin des violences domestiques, mais Mona El Farra et la majorité des femmes de Gaza luttent, elles, pour leurs droits humains les plus élémentaires.

“C’est difficile de vivre sur cette petite bande de terre où les besoins les plus basiques tels que l’eau potable, la fourniture régulière d’électricité, des sanitaires corrects et des possibilités de détente pour les habitants ne sont pas rencontrés. Les femmes de Gaza sont particulièrement traumatisées par les attaques continuelles de l’armée israélienne,” a dit la docteure El Farra.

Un rapport de 2009 du Centre palestinien pour les droits humains (PCHR) dénonce les souffrances des Palestiniennes sous le siège israélien illégal imposé à la bande de Gaza depuis sept ans et durant les 23 jours de l’agression israélienne de 2008-2009 qui a provoqué la mort de 1400 Palestiniens, dont 112 femmes.

Le rapport qui s’intitule « Par les yeux des femmes” parle de la lutte permanente des femmes de Gaza pour “tenter d’accepter leur douleur et leurs blessures, la perte de leurs enfants, de leurs maris, de membres de leurs familles, de leurs maisons et de leur moyens de subsistance.” […]

Tagreed Jummah, qui dirige le comité de l’Union des femmes palestiniennes de la ville de Gaza convient, elle aussi, que le siège est leur principal oppresseur.

“Le siège nous affecte tous mais il affecte spécialement les femmes” dit Jummah. “Ces dernières années, de plus en plus de femmes ont été contraintes de devenir chefs de famille parce que leurs maris ont été tués ou emprisonnés en Israël ou sont au chômage à cause du siège. Mais la majorité de ces femmes ne disposent d’aucun moyen de gagner de l’argent.”

Un rapport de l’ONU d’août 2012 intitulé “Gaza en 2020, un endroit vivable ?” affirme que le chômage “est plus élevé que dans la fin des années 1990”. Le rapport en illustre l’impact sur les femmes dont le taux de chômage était, dès le début de 2012, de 47%.

Malaka Mohammed, une diplômée en littérature anglaise de 22 ans de l’université islamique de Gaza, qui est maintenant employée à l’université, aimerait poursuivre ses études mais elle ne le peut pas.

“A Gaza, que vous soyez un homme ou une femme, le problème est le même sous le siège et l’occupation. J’aimerais obtenir un doctorat en anglais mais à Gaza aucune université n’y prépare.”

Cela fait dix ans qu’Israël interdit aux Palestiniens de Gaza d’aller étudier dans les universités des territoires occupés de Cisjordanie.

“Aller étudier à l’étranger coûte très cher alors je cherche à décrocher une bourse, tout  comme des milliers d’autres étudiants.”

L’Égypte de Moubarak s’est rendue complice d’Israël en empêchant des centaines d’étudiants palestiniens auxquels des universités étrangères avaient octroyé des bourses de quitter la bande de Gaza.(…)

Rana Baker, qui étudie la gestion d’entreprise à l’université islamique tout en faisant du journalisme en freelance, milite sur quantité de questions politiques qui touchent les Palestiniens.

“Pour être honnête, en ce qui concerne l’impact du siège israélien et de la colonisation sur le peuple de Gaza et de toute la Palestine, je ne pense pas que l’expérience des femmes soit très différente de celle des hommes,” dit Baker.

“Quand Israël bombarde délibérément des écoles, hommes et femmes en sont également affectés. Quant aux limites qu’Israël impose à nos aspirations, elles affectent autant les uns que les autres. Le gouvernement israélien ne se soucie pas de la population palestinienne. Les mêmes politiques cruelles sont appliquées indistinctement aux hommes, aux femmes et aux enfants.”

Mais les femmes ont des problèmes spécifiques. La pauvreté induite par le siège a contraint 80% des 1,7 million de Palestiniens à devenir dépendants de l’aide internationale et a aggravé les problèmes de malnutrition et d’anémie des femmes.

Un rapport conjoint de juin 2012 de l’Aide médicale pour les Palestiniens et de Save the Children montre que l’anémie affecte 36,8% des femmes enceintes de Gaza et que l’anémie peut fragiliser les bébés, jouer un rôle dans 20% des cas de décès maternels et réduire la capacité de travail des adultes.”

Haddad a écrit, en commentaire du livre de cuisine intitulé ’La cuisine de Gaza : un voyage culinaire en Palestine’ qu’elle a coécrit : “Même à Gaza, la petite bande de terre la plus tourmentée de la terre, des centaines de milliers de femmes trouvent le moyen, jour après jour, de nourrir physiquement autant que moralement leurs familles et leurs amis. Elles font de la cuisine une forteresse contre le désespoir et commuent la nécessité en plaisir et dignité.”

Selon Haddad, le livre de cuisine est comme un rayon de soleil au cœur des épreuves que vivent les foyers palestiniens. Pour elle, la cuisine gazaouie est le meilleur endroit pour voir “comment on réussit à faire la cuisine malgré le manque de gaz et d’électricité, comment les familles se réorganisent pour faire face à la destruction des maisons et au chômage quasi général.”

Elle note que pour comprendre la réalité de la vie d’une Palestinienne de Gaza, il faut avoir conscience de “la force et de l’endurance dont font preuve ces femmes qui sont confrontées chaque jour à des situations désespérées et qui parviennent à créer dans leurs intérieurs de petits espaces de grâce, de beauté et de générosité.”

Pour Tagreed Jummah, du comité de l’Union des femmes palestiniennes de la ville de Gaza, les femmes palestiniennes “sont le symbole de la résilience palestinienne, de la résistance ; leur force est le miroir de la lutte et de la ténacité palestiniennes. Nous avons perdu nos familles, nos enfants et nous continuons à subir les agressions et les bouclages de l’armée israélienne. Nous portons toute la souffrance de notre peuple mais nous continuons à vivre et à résister.”

Dans son rapport sur les souffrances des femmes de Gaza, le PCHR souligne que la situation n’a aucune chance de s’améliorer tant que le siège de Gaza n’est pas levé et que Gaza ne peut pas avoir des activités économiques normales.

“Les terribles conditions économiques ont pour conséquence que de plus en plus de femmes et de familles s’enfoncent dans une grande misère. Elles ont subi l’horreur d’une guerre illégale et maintenant, elles luttent juste pour survivre.”

Eva Bartlett est une bénévole de ISM qui est entrée à Gaza sur un bateau qui a brisé le blocus en novembre 2008 — un mois seulement avant qu’Israël ne lance son ignominieuse invasion de 22 jours. Elle y est toujours. Voilà l’adresse de son blog : http://ingaza.wordpress.com

8 mars 2013 – CounterCurrents – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.countercurrents.org/bart…

Traduction : Info-Palestine.eu – Dominique Musselet

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