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Catégorisé | Analyses

Le géant des boissons gazeuses frappé par les directives européennes sur les colonies

Douze heures par jour, cinq jours par semaine, Faiz Abedy se tient devant un convoyeur à bande où il attrape des bouteilles de SodaStream qu’il emballe dans des cartons qui seront expédiées de par le monde.

Bien que ce soit un travail pénible et exténuant, il en est content.  Son salaire est le triple du salaire moyen d’un travailleur palestinien et a sauvé sa famille de la misère.  Aujourd’hui, il craint que la politique internationale ne vienne assombrir son avenir.

À moins de deux kilomètres de son domicile en Cisjordanie, l’usine SodaStream est implantée dans une colonie juive tentaculaire que les nouvelles mesures européennes ciblent afin de faire pression sur Israël pour qu’il cesse de construire sur des terrains palestiniens confisqués.

Ces mesures, publiées la semaine passée, interdisent l’affectation de fonds européens à des entités israéliennes installées dans les territoires occupés. Elles passent pour avoir poussé le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou à reprendre les pourparlers de paix que Washington souhaite convoquer la semaine prochaine.[1]

Bruxelles prépare aussi de nouvelles propositions visant à ce que les produits fabriqués dans les colonies soient étiquetés comme tels conformément à la position de l’UE qui ne reconnaît pas les colonies comme partie intégrante du territoire israélien. Les autorités européennes pensent que cette mesure permettra aux consommateurs de choisir en toute connaissance de cause la destination de leur argent.  Actuellement les biens produits dans les colonies des territoires occupés sont étiquetés comme ceux produits à l’intérieur des frontières internationalement reconnues d’Israël.

Mr Naftali Bennett, Ministre de l’Economie d’Israël a qualifié cette mesure « d’attaque économique terroriste » tandis que Mr Netanyahou y voyait une menace pour le processus de paix.

L’Autorité Palestinienne a salué la mesure, mais a appelé Bruxelles à aller plus loin et à instaurer un boycott des biens produits dans les colonies, analogue aux sanctions qui avaient contribué à mettre fin au régime d’apartheid en Afrique du Sud. « Nous souhaitons voir le jour où plus aucun bien produit dans les colonies ne sera en vente où que ce soit dans le monde » a déclaré Mr Abd AlHafeez, Ministre-adjoint de l’Économie.  Une telle perspective représenterait un véritable désastre pour SodaStream qui fabrique ses boissons cultes dans le zoning industriel de Ma’ale Adumim, la plus grande colonie juive de Cisjordanie. Plus de 70 pourcents de ses 30 millions de dollars de revenus annuels (22,5 millions d’euros) proviennent d’Europe où SodaStream a dépoussiéré son image vieillotte des années septante pour se reprofiler comme une marque écologique haut de gamme. La plupart des consommateurs européens ignorent complètement que leurs produits favoris, qui portent l’étiquette « Made in Israel », proviennent en fait des colonies.

Les activistes pro-Palestiniens d’Europe, du Canada et des États-Unis, ont toutefois vivement recommandé aux consommateurs de boycotter SodaStream ainsi que d’autres entreprises installées dans les colonies telles que l’entreprise de cosmétiques Ahava, basée à Jéricho, et Keter, exportateur de meubles de jardins en plastique.

En octobre dernier, une coalition d’institutions sans but lucratif, incluant « Christian Aid » et l’Église méthodiste, ont publié un rapport accablant accusant les pays de l’Union européenne de soutenir les colonies illégales en important quinze fois plus de marchandises fabriquées dans les colonies que de biens fabriqués dans les villes palestiniennes de Cisjordanie.

À Eizarya, la ville palestinienne qui fournit à SodaStream la moitié de sa main d’œuvre, les sentiments de la population sont très tranchés. L’économie locale est en chute libre depuis l’érection par Israël du « Mur de Sécurité » qui la prive de voies de communication vitales avec Jérusalem.

L’atelier de menuiserie que possédait la famille de Mr Abedy ne s’en est jamais remis et ils se sont trouvés sans aucune ressource jusqu’à ce qu’un ami de Faiz lui parle de l’usine SodaStream à côté de Ma’ale Adumim.  Son père, Omar, fut horrifié à l’idée que son fils aille travailler dans une entreprise basée précisément dans la colonie dont l’expansion menaçait non seulement la survie de leur ville mais aussi la possibilité de créer un jour un État palestinien. « S’il y avait eu la moindre alternative, dit-il, jamais je ne l’aurait autorisé à aller travailler là-bas ». Faiz admet que l’emploi qu’il occupe est ce qu’il aurait pu trouver de mieux dans la région, mais se fait peu d’illusions sur les motivations de SodaStream.  Les entreprises qui choisissent de s’installer en Cisjordanie bénéficient des mêmes incitants économiques et fiscaux que les colons individuels, ce qui fait qu’une installation dans les colonies répond à une logique financière. Si SodaStream paie un salaire supérieur au salaire moyen palestinien, il reste que la main-d’œuvre lui revient beaucoup moins cher qu’avec des travailleurs Israéliens. « Nous prenons tout ce qu’ils nous donnent », dit Faiz, « avec une pointe de honte dans la voix ».

Daniel Birnbaum, le PDG de SodaStream, dit que sa société rejette l’idée « que nos installations puissent être un obstacle à la paix au Moyen-Orient ».  Il ajoute « nous ne condamnerons pas nos employés et leurs familles au chômage et à la pauvreté, ce que l’UE fait en réalité ».

Pendant ce temps, les Palestiniens luttent pour se créer leurs propres opportunités économiques malgré l’occupation. Les barrières et l’oppression sécuritaire se combinent avec les maux habituels de la corruption et du manque de capitaux pour empêcher l’épanouissement d’une économie palestinienne.  Le prix des matières premières atteint des records puisque tout ce qui pénètre en Cisjordanie doit passer par Israël.  Aujourd’hui des tas d’ordures s’alignent le long des rues d’Eizariya au sommet de la colline.  Ces ordures provenant des décharges de la colonie, sont ramenées par les chineurs palestiniens qui les fouillent à la recherche d’objet encore utilisables ou revendables. Ahmad, le grand-père de Faiz, dit « Quoique tu fasses ici pour gagner de l’argent, tu es un domestique des Israéliens. Ça, c’est la réalité ».

 

•        SodaStram

Implantation : Usine à Ma’ale Adumim

Recettes : 117,6 millions de dollars au cours du premier trimestre 2013

•        Keter Plastic

Implantation : Usine à Barkan

Recettes : 1milliard de dollars de ventes annuelles

•        Ahava Cosmetics

          Implantation : fabrique à Mitzpe Shalem

Recettes : 150 millions de dollars annuels

 

Source : The Times of London, 25 juillet 2013

Trad. : B.J.



[1] Les pourparlers ont repris le mardi 30 juillet. Cet article a été publié le 25 juillet 2013 (Note du traducteur).

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