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Catégorisé | Analyses

Le boycott des institutions académiques israéliennes

Bulletin 53, septembre 2012

La polémique autour de la reconnaissance du cercle BDS de l’ULB a relancé le débat sur le boycott académique. Il était donc opportun de refaire le point.

 

La première initiative de la société civile en faveur du boycott des institutions académiques israéliennes est apparue face à la violence de la répression lors de la deuxième Intifada. Lancé en Angleterre, l’appel fut publié dans le Guardian le 6 avril 2002 et signé par 120 membres de corps académiques européens et israéliens. Dans le but d’unifier et de renforcer les initiatives de boycott académique mais aussi culturel, des professeurs et intellectuels palestiniens lancent en 2004 la Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel (PACBI). Ses lignes directrices servent aujourd’hui encore de fil rouge aux campagnes de boycott académique d’Israël. Ainsi, l’appel au BDS, publié l’année suivante, prend pour modèle l’appel de la PACBI.

 

Quelles sont les requêtes de la PACBI?

Les universitaires et intellectuels palestiniens appellent leurs collègues de la communauté internationale à boycotter toutes les institutions universitaires et culturelles israéliennes en raison de leur complicité durable et de leur contribution directe au maintien, à la défense et à la justification de l’oppression coloniale exercée sur le peuple palestinien : déni d’Israël dans sa responsabilité dans la Nakba et refus de reconnaître le droit au retour des réfugiés, occupation militaire et colonisation du territoire palestinien depuis 1967, mise en place d’un système légal de discrimination raciale et de ségrégation à l’égard des Palestiniens d’Israël.

L’appel PACBI, tout comme l’appel BDS par la suite, définissent toujours clairement des limites dans le temps au boycott: les mesures de sanction non violente doivent être maintenues jusqu’à ce qu’Israël se conforme à son obligation de reconnaître le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination et respecte entièrement les prescrits du droit international et pas au-delà.

 

Pourquoi un boycott général ?

Parce qu’il n’est jamais arrivé qu’une institution académique israélienne dénonce ou s’oppose à l’occupation, la colonisation et l’apartheid israéliens. Toutes, sans exception, bien qu’à des degrés divers,

  • coopèrent avec l’appareil militaire et sécuritaire israélien et l’assistent dans le  développement des outils et technologies utilisés pour commettre des violations des droits de l’Homme et du droit international. Il n’est pas rare que des membres du corps académique occupent des postes à responsabilité au sein de l’armée ou d’entreprises d’armement.

Et/ou

  • discriminent les étudiants palestiniens en octroyant un traitement privilégié aux étudiants qui ont effectué ou qui effectuent leur service militaire. Il s’agit, par exemple, de bourses d’études, de rétributions pour avoir participé à une action militaire, d’aménagement d’horaire ou de programme et/ou d’accès au logement. La discrimination s’exerce également au travers de la répression des activités politiques des unions des étudiants palestiniens et des restrictions qui sont imposées à leur liberté d’association.

Et/ou

  • enseignent, sans aucun travail critique, l’histoire « officielle » israélienne, ignorant de ce fait sciemment la vérité historique et la mémoire des Palestiniens. En diffusant ainsi ce qui sert à justifier la politique israélienne d’occupation, de colonisation et de répression, ces institutions participent à la propagande gouvernementale. Il faut cependant rendre ici hommage aux très rares universitaires israéliens qui se sont opposés à la politique israélienne et qui ont remis en cause le discours narratif officiel.

 

Qui est visé par le boycott académique ?

Le boycott académique ne vise pas les individus du fait de leur nationalité mais les institutions israéliennes du fait de leur implication dans l’occupation. Comme le souligne PACBI, « une simple affiliation à une institution académique israélienne n’est pas une condition suffisante pour appliquer le boycott ».

 

Le boycott: une arme antisémite ?

Le boycott académique s’inscrit dans la campagne BDS et rejette donc fermement toute forme de racisme et donc l’antisémitisme. Il ne vise en aucun cas les Juifs en tant que Juifs, ni les Israéliens en tant que Juifs mais l’Etat d’Israël et les organismes/institutions complices de sa politique coloniale et répressive envers les Palestiniens.

 

Le boycott : une entrave aux libertés académiques ?

Certains rejettent le boycott académique en ce qu’il enfreindrait les libertés académiques. Ils semblent évacuer la question des libertés académiques des institutions académiques et des professeurs palestiniens. Si l’on part de la prémisse que la liberté académique des Israéliens et celle des Palestiniens se valent, n’est-il pas justifié de limiter momentanément les libertés des uns afin que ces mêmes libertés soient rétablies pour les autres ? Par ailleurs, les libertés académiques constituent un sous-ensemble dans l’ensemble des droits et des libertés fondamentales. N’est-il pas défendable de limiter momentanément ce sous-ensemble si cela doit contribuer au rétablissement de l’ensemble lui-même?

 

Exemples patents d’implication des universités

  • Une partie des campus universitaires de l’université hébraïque de Jérusalem est située à Jérusalem-Est et ce, en violation du droit international.
  • L’institut Technion et Elbit Systems (la plus importante entreprise israélienne privée d’armement) ont inauguré, en 2008, un centre de recherche conjoint. En janvier 2011, Technion a signé avec Israel Aerospace Industries (la plus grosse société publique d’armement) un accord sur 5 ans qui définit les modalités de participation de celle-ci dans un programme consacré au génie informatique lancé par Technion. Les ingénieurs de Technion ont également travaillé avec Rafael Advanced Defense System (qui complète le podium) sur le projet de « Dôme de fer », un système de défense aérienne qui intercepte les roquettes de courte portée.
  • L’université de Tel Aviv est à la fois impliquée dans le développement matériel de l’infrastructure technologique utilisée par l’armée israélienne et dans l’élaboration théorique de la doctrine que celle-ci met en œuvre. Son Institut d’études pour la sécurité nationale a notamment contribué à l’élaboration de la doctrine sur l’usage disproportionné de la force et le ciblage des infrastructures civiles appliquée à Gaza. MAFAT, le centre de recherche de l’armée, a financé, en 2008, 55 projets conjoints avec l’université.
  • L’université de Haïfa s’enorgueillit d’avoir  mis en place un partenariat privilégié avec l’armée israélienne par le biais du programme « Havatzalot » destiné à former le futur leadership de l’armée et du renseignement au travers d’un programme de 3 ans qui allie entraînement militaire intensif, bachelier en études sur le Moyen-Orient et cours sur le renseignement et le commandement militaires.
  • L’université Ben-Gourion octroie des avantages spéciaux non seulement aux étudiants réservistes mais aussi (sous certaines conditions) à leur conjoint: possibilité de reporter des examens ou des travaux, bourses, cours d’été, tutorats. Durant l’opération « Plomb durci », au cours de laquelle 1 400 Palestiniens, en majorité des civils, ont perdu la vie, les étudiants réservistes de l’université se sont vu octroyer une bourse journalière additionnelle.

 

 

Ces exemples ne sont pas exhaustifs. Ils illustrent néanmoins le fait que les institutions académiques israéliennes ne sont pas des acteurs neutres ou apolitiques. Bien au contraire, ils fonctionnent comme rouages indispensables d’un système complexe où les discriminations ethniques sont institutionnalisées, l’histoire est un instrument de propagande, la société est militarisée et les appareils militaire et sécuritaire dépendent étroitement des innovations technologiques des centres de recherche des institutions académiques et des entreprises. L’Etat, l’enseignement, l’armée, l’industrie militaire et sécuritaire sont autant de pièces d’un puzzle, profondément imbriquées et interconnectées. Il est indéniable que les universités israéliennes sont à la pointe de la recherche dans de nombreux secteurs qui relèvent aussi du domaine civil mais sommes-nous prêts à fermer les yeux sur le rôle crucial que jouent par ailleurs ces institutions dans l’oppression d’un peuple afin de bénéficier de la recherche qu’elles produisent ? Choisir c’est renoncer disait Gide… C’est le prix de l’engagement.

Katarzyna Lemanska

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