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Catégorisé | Analyses

L’armée, les agents de sécurité privés et les milices des colons : l’union sacrée contre les Palestiniens (1e partie)

Bulletin 59, mars 2014

D’après les règles internationales, une armée d’occupation doit assurer la sécurité des populations occupées. Suivant les Accords d’Oslo, Israël est responsable de la sécurité dans les zones B et C  (60% de la Cisjordanie); sa mission théorique est de protéger les colons mais aussi les Palestiniens. Un récent rapport de l’ONU (2013) constate que les attaques de colons ont quadruplé en 8 ans.

 

Une vidéo, publiée récemment par B’Tselem (Settler Attack in Urif), montre clairement des colons, accompagnés de soldats et d’un garde armé, attaquant un village et son école. Des vidéos de ce genre pullulent sur le Net. Quelle est l’implication des firmes de sécurité et quels sont leurs liens avec l’armée ?

 

L’Etat et le gardiennage privé des colonies

 

Non content de protéger les colons avec l’armée, le gouvernement israélien alloue des subsides pour des gardes privés au travers du ministère du Logement et ce, depuis les années 70 (initiative de Sharon). Leur nombre exact n’est pas connu (discrétion oblige) ; à elle seule, la compagnie Hashmira (appartenant à 91% à G4S) affirme, en 2002, en compter des centaines dans les Territoires occupés. D’autres compagnies sont aussi présentes sur le terrain. Dont Modi’in Ezrachi qui, en 2013, employait, rien qu’à Jérusalem-Est, 350 agents de sécurité répartis sur 56 colonies (soit 1 agent de sécurité pour 5 colons) et qui était, en 2003, le plus gros employeur en Israël. A Jérusalem-Est précisément, l’Etat fournit aux colons des gardes 24h/24h, dans chaque maison, en plus d’escortes et même de transport. Le budget annuel affecté est d’ailleurs en croissance constante (54 millions de NIS en 2009-2010 contre 70 millions pour l’année 2011-2012). (Settlements in Palestinian Neighborhoods in East Jerusalem, Peace Now, septembre 2011) Pour les colonies en Cisjordanie, les chiffres exacts sont inconnus mais on sait que toutes les colonies en emploient.

 

Hashmira/G4S s’est retiré des colonies en Cisjordanie ?

 

Suite aux vives critiques dont G4S a été l’objet, son PDG avait déclaré s’être retiré de Cisjordanie. Tout en précisant, il est vrai, qu’il continuait à protéger à l’intérieur des colonies les supermarchés et les banques…

Or, d’après le Guardian (P. LAGERQUIST et J. STEELE, Group 4 Security firm pulls guards out of West Bank, 09/09/2002), Hashmira (G4S) est toujours présente dans la colonie de Kedumim (près de Naplouse)[1] et la collaboration entre les agents de sécurité et l’armée est avérée. Une barrière coupe la seule route pavée menant au village de Kfar Kaddum et c’est un employé d’Hashmira qui la garde: il stoppe les véhicules palestiniens et déclare au journaliste : « Personne ne peut passer en voiture. Nous permettons aux enseignants et à ceux que nous reconnaissons de passer à pied. Les autres doivent prendre des routes alternatives. » Auparavant, les habitants mettaient 20 minutes pour aller à Naplouse ; depuis, cela leur prend environ 5 heures, par des routes de campagne. Même les ambulances sont stoppées et le garde n’hésite pas à tirer. Les colons expliquent qu’ils secondent ainsi l’armée dans sa mission dans les « territoires ».

De leur côté, les enquêteurs de Who profits témoignent de la présence de cette même firme dans les colonies de Qiryat Sefer, Ma’aleh Adumim et Har Adar.

 

 

Superposition des rôles de l’armée et des firmes de sécurité privées

En fait, le président d’Hashmira est très clair sur le rôle de ses agents depuis la 2e Intifada: « En temps normal, la division de la Sécurité traite principalement de la surveillance des biens et des personnes. Soudain, sans avertissement préalable[2], ils étaient tenus d’effectuer des missions semblabes à celles généralement effectuée par la police et la police des frontières. Nous avons dû recruter du personnel de haute qualité et, en très peu de temps, les entraîner à utiliser des armes de longue portée pour faire face à une population ennemie équipée d’armes à feu. Le travail aujourd’hui comprend des patrouilles dans les colonies, le long des clôtures de périmètre, à l’entrée des colonies ainsi que le fonctionnement des unités de garde. » (Peter LAGERQUIST, Very active defence, London review of books, 19/09/2002). Il ressort clairement de cette déclaration que les agents de sécurité jouent le même rôle que l’armée ou la police. On peut aller plus loin : chaque colonie possède sa propre patrouille de sécurité et celle-ci est en liaison avec les commandants militaires. C’est ainsi que ces milices opèrent sur les routes et vont jusqu’à pénétrer dans les villages palestiniens. C’est ainsi aussi que, à la veille du vote de l’ONU sur l’admission de l’Etat de Palestine comme membre observateur, l’armée a entraîné des agents civils au maniement des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes…

 

Les incidents impliquant des gardes privés sont trop nombreux pour être tous relatés[3]. Mais en voici un exemple : une manifestation pacifique contre une carrière israélienne illégale située sur les terres de Nil’in et Budrus. Les manifestants approchent et aussitôt, un garde privé hurle et se met à tirer sur eux à balles réelles. Quand l’armée arrive, non seulement elle n’arrête pas le garde mais de plus, elle décrète illico la zone zone militaire et tire des grenades lacrymogènes. Un Palestinien est blessé. (J. DANA, Private security guard attacks Palestinan protesters with live fire, Magazine 972) A Bil’in, ce sont l’armée, les gardes frontière et les firmes de sécurité privées qui attaquent conjointement les manifestants. (G. ALGAZY, Settlers on Israel’s eastern frontier, Le Monde diplomatique, 04/08/2006)

Dans leur ouvrage « Le livre noir de l’occupation israélienne », Breaking the silence rapporte le témoignage d’un soldat de garde dans une colonie près d’Hébron : « C’est le responsable de sécurité de la colonie qui décide ce qui est permis et ce qui est interdit. C’est une situation assez amusante, quand on y pense, dans laquelle un civil dit à l’armée ce que sont ses limites et quelles sont les lois. » A vrai dire, le responsable de la sécurité n’est pas nécessairement un employé d’une firme de sécurité. Souvent, en effet, la confusion règne. Un observateur israélien des DH note que des jeeps avec l’inscription « sécurité » ont participé à des attaques contre le village de Hares où il était posté et qu’il est très difficile de faire la différence entre l’armée et les colons, les gardes privés et les volontaires: de nombreux colons portent des uniformes militaires tandis que les gardes privés n’ont rien qui les distingue des civils.

Dans un rapport de Priv-War (Israel: The use and regulation of private military and security companies in situations of armed conflict Israel, 2010), l’accent est mis sur cette confusion opérée dans les médias et rapports. En réalité, la collusion entre l’armée et les colons –organisés en milices ou se payant des agents de sécurité- n’en est que plus flagrante.

 

L’histoire n’est pas finie

 

Là ne s’arrête pas le rôle des agents de sécurité et leur implication dans l’oppression et la répression des Palestiniens en Cisjordanie. Il faudra encore aborder la privatisation des checkpoints. Là ne s’arrête pas non plus le rôle des colons et de leurs groupes paramilitaires. Il faudra aussi expliquer pourquoi Israël délègue l’occupation à des privés. Ce sera l’objet d’un autre article.

En attendant, on peut conclure sans se tromper que l’Etat d’Israël protège les colons et que les tirades de certains politiques contre les colons extrémistes sont plus qu’hypocrites : l’Etat les a armés, il leur accorde des subsides pour leur protection et il fait garder leurs colonies par l’armée. Si la Cisjordanie devient le « Far West » notamment avec les « jeunes des collines », c’est bien là le résultat d’une politique qui vise avant tout à consolider l’occupation et à enfermer les Palestiniens dans des ghettos pour s’emparer du plus de terres possible. (à suivre)

Marianne Blume



[1] Enquête du Guardian.

[2] Il fait allusion à la 2e Intifada.

[3] Voir par exemple, Private security companies in the Occupied Palestinian Territories (OPT) : an international humanitarian law, Harvard University, mars 2008.

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