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Catégorisé | Analyses

« La chasse aux nègres est ouverte ». Racisme ordinaire et idéologie sioniste

Bulletin 53, septembre 2012

 

Le racisme, la xénophobie ou le traitement inhumain des réfugiés ne sont pas des phénomènes propres à Israël. Loin de là. Cependant, en Israël, le racisme a ses justifications idéologiques propres.

 

Pogrom à Tel Aviv

 

Le 23 mai, organisée par le Likoud dans un quartier défavorisé du sud de Tel Aviv, une manifestation anti-demandeurs d’asile africains dégénère en pogrom (ce sont notamment les mots de Yair Lapid, ancien journaliste vedette et fondateur d’un nouveau parti centriste). Aux cris de «Nous voulons l’expulsion des Soudanais» ou «Infiltrés, sortez de notre pays », la foule s’en est prise violemment à tout Africain qui passait par-là ; elle a attaqué des conducteurs et a vandalisé des magasins appartenant à des Africains. Ces démonstrations de racisme ne sont pas nouvelles : jets de cocktails Molotov, incendies volontaires, insultes et attaques physiques, refus de louer sont et restent le quotidien des quelque 60 000 demandeurs d’asile que compte Israël (34 000 viennent d’Erythrée, 16 000 du Soudan et 2 000 du Sud-Soudan).

 

Les responsables politiques alimentent le feu

 

Les demandeurs d’asile trouvent surtout refuge dans les quartiers pauvres de Tel Aviv ou d’Eilat. Dans ces quartiers, vivent une majorité de juifs issus des pays arabes, eux-mêmes soumis au « racisme inter-juif » (Askhenazes/Sépharades). Aussi ceux-ci sont-ils la proie facile de la droite et de l’extrême droite, comme partout ailleurs.

Le discours des responsables politiques est édifiant. Pour Miri Regev, Likoud, ex-porte-parole de l’armée, les Soudanais sont « un cancer dans notre corps ». Ronit Tirosh, membre de Kadima, affirme, quant à lui, que tous les « infiltrés africains » doivent être déportés. Danny Danon (Likoud), lui, parle ouvertement d’expulsion des « infiltrés » car « Ils ont établi un Etat ennemi avec Tel Aviv pour capitale ». Mofaz n’est pas en reste ; pour lui, les migrants ne sont pas des réfugiés : « Ils viennent illégalement pour travailler et font du tort à Israël. »

At least but not last, le ministre de l’Intérieur en charge de l’immigration, Eli Yishaï (président du Shass) demande l’expulsion de tous les « infiltrés » et proclame qu’Israël, qui est un Etat juif, ne peut se suicider au nom de la démocratie ou des résolutions de l’ONU. Ce n’est pas la première fois que Yishai exprime en public des sentiments racistes à l’encontre des Africains. D’après lui, ceux-ci devraient s’abstenir d’avoir des enfants et sinon devraient être renvoyés dans leur pays. Il joue aussi sur les peurs : la plupart des réfugiés africains en Israël se livreraient à des actes criminels dont des viols, insinuant que beaucoup de femmes violées n’osent pas porter plainte parce qu’elles auraient contracté le Sida…

Et pour la bonne ( ?) bouche, le Premier ministre Benyamin Netanyahou lui-même a déclaré qu’il devait choisir « entre humanitarisme et sionisme« . Et dès lors, il se prononce pour l’expulsion mais « de façon humaine et juive ». Bien sûr.

 

 

Les « infiltrés » : retour aux vieux démons d’Israël

 

Le terme « infiltré » remonte à la guerre de 47-49. Interdisant le retour de tous les Palestiniens chassés de leur terre, Israël a désigné ainsi principalement ceux d’entre eux qui tentaient de revenir chez eux. La Loi pour la prévention de l’infiltration (1954) permet ainsi l’emprisonnement et l’expulsion des « infiltrés » qui, dans le meilleur des cas, sont déférés devant un tribunal militaire ( !). Appliquer aujourd’hui ce terme aux réfugiés, aux clandestins arrivés en Israël met en évidence le lien entre le racisme anti-africain et l’idéologie de l’Etat d’Israël. Ce que les déclarations de Netanyahou et Eli Yishaï confirment pleinement. Avant même la manifestation, Netanyahou avait déclaré : «Le phénomène de l’infiltration illégale à partir de l’Afrique est extrêmement grave et menace les fondements de la société israélienne, la sécurité nationale et l’identité nationale».

Et que sont les fondements de la société israélienne et de l’identité nationale  si ce n’est la prétention à être un Etat juif pour les seuls Juifs? Le rejet du non-juif est une composante essentielle d’Israël : il n’y a qu’à observer le sort réservé aux Palestiniens citoyens israéliens, dont les Bédouins. Ou encore celui réservé à la main-d’œuvre étrangère appelée par Israël. Quant à Elie Yishaï, il explique que les opérations de ratissages pour attraper les illégaux ne sont pas à proprement parler menées contre les « infiltrés » mais destinées à « préserver la nature juive et sioniste de l’Etat d’Israël ».

 

Conclusion 

 

Qu’on le veuille ou non, l’Etat d’Israël est un Etat raciste. Non parce qu’il y a des racistes notoires en son sein, non parce que des partis racistes y participent au gouvernement mais parce que le racisme est le corollaire de sa définition sioniste d’Etat juif pour les seuls Juifs.

 

Marianne Blume

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