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Catégorisé | Analyses

Jcall, un appel à la raison ?

Bulletin 51, mars 2012

Lundi 24 janvier 2012, JCall se réunissait pour la deuxième fois dans l’enceinte du Parlement européen. Lancé le 3 mai 2010 à Bruxelles à l’initiative de personnalités européennes se réclamant toutes du judaïsme et militant pour la paix, « JCall/un appel à la raison » se veut avant tout un projet qui vise à protéger Israël de ses propres démons.

En effet, le deuxième paragraphe de cet « appel à la raison » stipule : « (…). Loin de sous-estimer la menace de ses ennemis extérieurs, nous savons que ce danger se trouve aussi dans l’occupation et la poursuite ininterrompue des implantations en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem-Est, qui sont une erreur politique et une faute morale. Et qui alimentent, en outre, un processus de délégitimation inacceptable d’Israël en tant qu’Etat ». Si l’on peut se réjouir de l’avancée politique que constituent certaines propositions de l’appel qui ont été réitérées lors de la rencontre de janvier 2012, en particulier la création d’un Etat palestinien souverain et viable ou bien encore la dénonciation de la dérive droitière de la société israélienne et si d’aucuns -notamment les médias- considèrent cette initiative comme avant-gardiste, d’autres en soulignent, en revanche, les faiblesses. Ainsi, même si JCall se présente comme un mouvement pluriel, on ne peut que s’étonner de la présence incongrue de certains signataires de l’appel. En effet, si l’on y trouve des personnalités telles que Daniel Cohn-Bendit ou Zeev Sternhell, qui ont un certain crédit dans l’opinion publique,  on note à leur côté la présence de soutiens inconditionnels à la politique israélienne tel Bernard-Henri Levy qui n’a pas hésité à appuyer l’agression militaire menée par Israël dans la bande de Gaza lors de l’opération « Plomb durci » en décembre 2008/janvier 2009 ou bien encore Eli Barnavi qui fut l’un des ambassadeurs d’Ariel Sharon. Au-delà de cet aspect, ce qui frappe le plus le lecteur de cet appel,,ce sont les silences ou les non-dits de ce texte.

L’insécurité des Palestiniens

Si les porteurs de cette déclaration soulignent que « l’avenir d’Israël passe par l’établissement d’une paix avec le peuple palestinien selon le principe «deux peuples, deux Etats», à leurs yeux, c’est la sécurité de l’Etat d’Israël qui prime avant tout. Il est en effet fait peu de cas de l’insécurité permanente dans laquelle les Palestiniens vivent depuis des décennies et des revendications légitimes du peuple palestinien. L’isolement des Palestiniens de Gaza n’est même pas mentionné et le texte n’aborde aucune des questions qui fâchent, dont l’épineux dossier des réfugiés.

Sauver, non les Palestiniens, mais l’Etat d’Israël

Les partisans de JCall ont à cœur de lutter contre la délégitimation qui menace l’Etat d’Israël. Comme si seule, cette conséquence de la politique israélienne sur l’Etat d’ Israël importait et non le sort fait aux Palestiniens. Particulièrement critique de ce texte, Rudolf Bkouche, membre de l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix) et de IJAN (International Jewish AntiZionist Network) note : « Aujourd’hui, l’Etat d’Israël apparaît comme un pays guerrier, celui de l’agression contre Gaza, agression qui comprend à la fois les bombardements contre les civils de l’hiver 2008-2009 et le blocus qui empêche la population de Gaza de vivre normalement, celui aussi de l’occupation de la Cisjordanie dont on prend conscience de la brutalité, celui enfin de la discrimination à l’encontre de la population non juive de l’Etat d’Israël. C’est cela qui fait la trame de JCall : sauver Israël ». Par ailleurs, plusieurs intervenants à la conférence JCall du 24 janvier 2012 au Parlement européen ont souligné le rôle négatif joué par l’actuel gouvernement israélien dans la détérioration de l’image d’Israël, notamment en raison de ses attaques répétées contre les ONG israéliennes qui militent en faveur des droits des Palestiniens.

L’équidistance ou la mise à égalité de la chèvre et du chou

Le texte renvoie dos à dos et met sur pied d’égalité l’occupant surarmé et l’occupé désarmé. Les signataires de l’appel soulignent qu’il importe que l’Union européenne, comme les Etats-Unis, fassent pression sur les deux parties, l’occupant surarmé et l’occupé désarmé, et les aident à parvenir à un règlement raisonnable et rapide du conflit israélo-palestinien. Ils feignent d’ignorer que l’une comme les autres n’ont cessé de faire pression sur la partie palestinienne et ne sont quasi jamais parvenus à engager la moindre pression sur Israël.

Le mantra de l’ Etat juif ET démocratique

Le texte reprend à son compte et avalise la vieille antienne de l’Etat d’Israël sur sa nature « juive ET démocratique ». Les signataires de la pétition entendent : « créer un mouvement européen capable de faire entendre la voix de la raison à tous. Ce mouvement se veut au-dessus des clivages partisans. Il a pour ambition d’œuvrer à la survie d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique, laquelle est conditionnée par la création d’un Etat palestinien et souverain ». Or, comme le note, à juste titre, un représentant de l’Union juive française pour la paix (UJFP) : « (…) Le point essentiel de l’appel est le renvoi à l’Etat juif et démocratique, leitmotiv du discours sioniste de gauche. Quand bien même la solution : « deux peuples, deux Etats » serait encore possible, on ne peut que rappeler que 20% de la population de l’Etat d’Israël dans ses frontières de 1949 définies par ce que l’on appelle la Ligne verte est palestinienne et n’a aucune raison de devenir juive si on donne à ce terme la définition nationale de la doctrine sioniste. Dans ces conditions, demander que l’Etat d’Israël soit un Etat juif et démocratique revient à refuser la citoyenneté à une partie de sa population, conduisant à une politique de discrimination, sauf à réaliser l’expulsion de la partie non juive de la population, ce que certains appellent pudiquement le transfert. En soutenant le principe d’un Etat juif et démocratique, l’appel se situe dans un sionisme intransigeant, oubliant que l’Etat d’Israël s’est construit au détriment des habitants de la terre sur laquelle il s’est constitué.»

Comme on le voit, J Call s’apparente davantage à un effet d’annonce fracassant  sans véritable contenu concret. Dans un contexte international où l’image d’Israël semble de plus en plus mise à mal, notamment en raison de la brutalité de ses interventions militaires sur terre, sur mer et dans les airs, l’initiative JCall apparaît clairement pour ce qu’elle est réellement, c’est-à-dire une « opération cosmétique » destinée à redorer le blason terni d’Israël.

Hocine Ouazraf

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