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George Mitchell à Jerusalem et Ramallah : déminage diplomatique

21 janvier 2010

L’émissaire américain pour le Proche-Orient, George Mitchell a commencé ce matin à Tel Aviv ses deux journées de discussions avec les dirigeants Israéliens et Palestiniens par un entretien avec le ministre israélien de la Défense Ehoud Barak. « Les deux responsables ont discuté les mesures nécessaires pour faire avancer le processus politique avec les Palestiniens », indique un communiqué laconique publié par le ministère de la Défense après les deux heures d’entretien entre Barak et Mitchell.

C’est sur un terrain très difficile que s’engage l’émissaire américain, qui, après avoir rencontré Benyamin Netanyahou doit se rendre demain à Ramallah pour s’entretenir avec Mahmoud Abbas.

Quelques heures seulement avant l’arrivée de George Mitchell, Ehoud Barak et Benyamin Netanyahou avaient en effet pris des initiatives qui ne démontraient pas une réelle disposition aux concessions attendues par Washington des deux camps.

Une université à Ariel

Déclenchant une vive polémique à la Knesset avec les députés arabes israéliens et l’opposition de gauche, le ministre de la Défense avait annoncé qu’il venait de donner son feu vert à la transformation de l’Institut universitaire d’Ariel en une université à part entière.

Filiale à l’origine de l’Université Bar Ilan, près de Tel Aviv, cet institut, qui accueille actuellement plus de 10 000 étudiants israéliens - mais aucun Palestinien - a été construit par la municipalité d’Ariel, l’une des plus importantes colonies israéliennes de Cisjordanie. Ariel est aujourd’hui au cœur d’un bloc de colonies où vivent près de 40 000 Israéliens, que le mur et la barrière de séparation annexent de fait à Israël.

Pour les Palestiniens, l’enclave d’Ariel dont l’extrémité orientale s’enfonce dans le territoire de la Cisjordanie jusqu’à 27 kilomètres de la Ligne verte, qui marque la « frontière » avec Israël, est l’un des principaux obstacles à la création d’un Etat palestinien viable : il coupe pratiquement en deux le territoire du futur Etat.

Conférer le statut d’université à cet institut, qui deviendrait ainsi la huitième université d’Israël, signifie clairement, pour les partisans d’une paix fondée sur la création d’un Etat palestinien, qu’Israël a l’intention de conserver cette enclave, quelle que soit l’issue des pourparlers. Et qu’il n’a aucune intention d’attendre une éventuelle négociation sur des échanges de territoires avec les Palestiniens pour procéder de fait à cette annexion unilatérale et l’annoncer. Pour démontrer une sincère disposition au dialogue, on aurait pu trouver un symbole plus éloquent.

« Allez sous la tente… »

Benyamin Netanyahou ne s’est pas montré plus accommodant. Au cours d’une conférence de presse, mercredi soir, le Premier ministre israélien a affirmé que « dans le cadre d’un futur règlement avec les Palestiniens, il faudra une présence israélienne sur la frontière orientale de l’Etat palestinien », c’est-à-dire dans la vallée du Jourdain… qui devrait alors, pourtant, relever de la souveraineté palestinienne.

« L’expérience que nous avons des attaques de roquettes depuis le Liban et Gaza nous enseigne qu’Israël doit pouvoir empêcher de telles armes d’entrer dans quelque future entité palestinienne que ce soit, en Cisjordanie. Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir une telle menace face au cœur de notre pays ».

« Les Palestiniens ont grimpé au sommet d’un arbre, a ajouté Benyamin Netanyahou. Des gens apportent des échelles, nous apportons des échelles et plus haute est l’échelle, plus haut les Palestiniens grimpent dans l’arbre. Ils accumulent demandes après demandes. On devrait leur dire carrément : allez sous la tente et commencez des négociations de paix ».

« Netanyahou veut poursuivre l’occupation »

Cette déclaration a provoqué une réplique énergique du principal négociateur palestinien, Saeb Erekat. « Benyamin Netanyahu a dit non à un gel des colonies, non au partage de Jerusalem, non aux frontières de 1967 non aux droits des réfugiés palestiniens. Maintenant, il veut conserver la vallée du Jourdain. Comment ne pas voir ces exigences comme des conditions qui sapent toute possibilité de négociations fondées sur l’espoir d’une solution à deux Etats ».

« Au fond, ce que Benyamin Netanyahou veut affirmer par ses propos, estime Saeb Erekat, c’est qu’il ne tient aucun compte de ce qui pourrait sortir de la négociation. Sans tenir le moindre compte de leurs résultats, l’occupation israélienne se poursuivra sur le terrain. Israël va continuer à confisquer des terres palestiniennes occupées et à maintenir une présence militaire dans le territoire palestinien. En faisant cette déclaration au moment où George Mitchell arrive dans la région, il réaffirme l’intention d’Israël de maintenir indéfiniment son occupation illégale du territoire palestinien ».

Sure ce terrain miné, l’émissaire américain, qui n’est pas venu dans la région depuis début novembre 2009, avance à pas comptés. En échange d’un engagement des Palestiniens à revenir à la table des négociations, il pourrait suggérer aux Israéliens, selon des sources diplomatiques européennes, plusieurs possibilités de concessions mineures : étendre la superficie de la Zone A de Cisjordanie (actuellement 17,2% du territoire) où l’Autorité palestinienne exerce son contrôle civil et sécuritaire, retirer de nouveaux obstacles et check-points sur les routes de Cisjordanie, libérer des prisonniers politiques, ouvrir les points d’entrée dans la bande de Gaza pour laisser entrer d’avantage de nourriture et de marchandises, ou rouvrir la Maison d’Orient, siège symbolique de l’OLP et de l’Autorité palestinienne à Jerusalem.

René Backmann

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