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Catégorisé | Analyses

D’un boycott à l’autre : à quand le seuil critique pour le mouvement BDS?

Bulletin 59, mars 2014

Le décès de Nelson Mandela en décembre dernier a eu pour effet de remettre en avant la question du boycott. Le boycott ayant réussi à mettre fin à l’apartheid sud-africain, l’appliquer à Israël est encore décrié. Mais des changements sont déjà perceptibles et laissent espérer une évolution vers une acceptation plus large du principe des sanctions internationales contre Israël. 

 

L’exemple sud-africain

Depuis longtemps, les similitudes du système de discrimination israélien avec le régime de l’apartheid et les contacts qu’ils entretiennent avec les Sud-Africains ont inspiré les Palestiniens dans leur lutte contre l’occupation. En 2005, l’appel Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) mentionne explicitement la source d’inspiration sud-africaine. « Nous, représentants de la société civile palestinienne, invitons les organisations des sociétés civiles internationales et les gens de conscience du monde entier à imposer de larges boycotts et à mettre en application des initiatives de retrait d’investissement contre Israël tels que ceux appliqués à l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid. » Dans le cas de l’Afrique du Sud, le boycott et les désinvestissements internationaux ont en effet contribué à faire tomber le régime de l’apartheid.

Le succès du boycott international n’a atteint son objectif en Afrique du Sud que grâce à la convergence d’un certain nombre de facteurs : une résistance civile interne constante, des changements du contexte géopolitique, des événements qui ont heurté l’opinion publique internationale… Dans Haaretz, Chemi Shalev évoque les thèses des politologues américaines Martha Finnemore et Kathryn Sikking sur la genèse et l’évolution des normes internationales. Tout d’abord, des entrepreneurs sociaux comme les ONG contribuent à l’« émergence » d’une norme. Vient ensuite une « évolution en cascade » de la norme lorsque les Etats commencent à l’appliquer. Pour passer d’une étape à l’autre, il faut atteindre un « seuil critique », c’est-à-dire un moment de convergence d’une masse critique d’événements et d’opinions en faveur de la nouvelle norme.

La révolte de Soweto a été un premier élément de « seuil critique » dans la lutte contre l’apartheid. Après la révolte de Soweto en 1976, la société civile sud-africaine a commencé à mettre en place une résistance civile qui ne s’est pas relâchée jusqu’à la chute de l’apartheid. La violence de la répression de la révolte de Soweto par le régime a par ailleurs poussé les Nations unies à décréter en 1977 un embargo sur les ventes d’armes à destination de l’Afrique du Sud. Un deuxième élément de « seuil critique » a été la mise en place de la Constitution de 1983 et l’établissement de la loi d’urgence en 1984-1985 qui ont entrainé un revirement des derniers soutiens internationaux de l’Afrique du Sud. Le contexte géopolitique avait entre-temps changé ; les Etats-Unis, sortis victorieux de la longue période de la guerre froide, avaient alors moins besoin de leur allié sud-africain contre l’expansion du communisme.

Le boycott d’Israël de plus en plus visible

Aujourd’hui, plusieurs événements semblent indiquer une évolution de la perception du boycott vis-à-vis d’Israël. En ce début d’année 2014, le boycott s’est invité dans plusieurs médias israéliens. Une émission d’information très regardée sur la chaîne israélienne Channel 2 News a consacré 16 minutes en prime time à la question. Les opinions et articles sur le boycott se succèdent dans la presse quotidienne israélienne.

Le boycott inquiète à juste titre en Israël puisqu’il commence à produire ses effets au niveau économique. Le Washington Post rapporte ainsi la portée du boycott sur les 21 colonies de la Vallée du Jourdain. Leur revenu, essentiellement basé sur les exportations de produits agricoles, a baissé de 14% – soit 29 millions de dollars– du fait du refus de certaines chaines de supermarchés d’Europe de l’Ouest – essentiellement britanniques et scandinaves – de s’approvisionner auprès d’entreprises impliquées dans les colonies. Dans Haaretz, Chemi Shalev énumère d’autres succès récents de la campagne Boycott, Désinvestissement et Sanctions: une compagnie néerlandaise met fin à ses liens avec Mekorot, la compagnie israélienne des eaux ; la plus grande Eglise protestante canadienne rompt ses liens avec trois compagnies israéliennes ; le gouvernement roumain refuse d’envoyer de nouveaux travailleurs dans le secteur de la construction en Israël  et l’American Studies Association a voté une motion prônant la cessation de toute relation avec les universités israéliennes.

Le décès de Nelson Mandela en décembre et l’absence remarquée des dirigeants israéliens à la cérémonie d’hommage organisée en Afrique du Sud n’ont fait que mettre davantage en lumière ces acquis de plus en plus nombreux du boycott international d’Israël. Ainsi, tout récemment, les critiques contre l’actrice Scarlett Johansson et son contrat signé avec la marque Sodastream ont bénéficié d’une couverture médiatique sans précédent, tant dans les médias israéliens qu’internationaux.

Le boycott provoque le débat en Israël

En soi, le sujet du boycott a déjà fait couler beaucoup d’encre en Israël mais la nouveauté aujourd’hui est le débat qu’il suscite. Il ne s’agit plus, en effet, de dénoncer l’antisémitisme à l’égard d’Israël, mais bien de se poser la question de la multiplication des conséquences du boycott. Ce résultat est déjà en soi un succès de poids puisque nombreux sont ceux qui s’opposent au boycott par crainte d’une crispation de l’opinion publique israélienne, ses partisans soutenant quant à eux qu’il est susceptible de provoquer le débat au sein de la société israélienne.

Au cœur du débat, se trouve la politique du gouvernement Netanyahou : un investissement minimal dans le processus de paix et une politique de colonisation accélérée en dépit de toutes les critiques internes et internationales. John Kerry avait demandé un délai de 9 mois pour parvenir à une relance du processus de paix. Cette période prendra fin en avril et les espoirs de le voir  engranger un quelconque résultat s’amenuisent de plus en plus. Les négociations sont en effet bloquées par les annonces régulières de construction de nouveaux logements dans les colonies et ce, en dépit de toutes les critiques et mises en garde internationales.

La récente visibilité du boycott s’est également immiscée dans le débat politique. Tzipi Livni, l’ex-ministre des Affaires étrangères et aujourd’hui négociatrice pour le parti d’opposition Kadima, a récemment déclaré : « Le boycott se déplace et progresse de façon uniforme et exponentielle. Ceux qui refusent de le voir vont finir un jour ou l’autre par le ressentir. » Dans la droite ligne de l’attitude générale du gouvernement, Naftali Bennett, le ministre de l’Economie, du parti nationaliste « Maison juive », a repoussé cette mise en garde d’un revers de la main en déclarant que la création d’un Etat palestinien représentait un danger mortel pour Israël. Selon lui, la lutte contre la montée internationale du boycott passe par une propagande (hasbara) accrue. La question divise donc le gouvernement israélien qui a tenu une réunion spéciale sur la question le 29 janvier dernier.

De telles divergences d’opinion sont courantes au sein de la classe politique israélienne. Mais la crainte de plus en plus grande d’une mise au ban internationale de leur pays a par ailleurs poussé les chefs d’entreprise israéliens présents en janvier à Davos à inciter les négociateurs à parvenir rapidement à une solution à deux Etats. Le gouvernement Netanyahou fait fi de nombreuses critiques, mais il pourra difficilement ignorer celle-là.

L’Union européenne donne le ton

Devant la sourde oreille du gouvernement Netanyahou en matière de colonisation, l’Union européenne a, quant à elle, adopté en juillet 2013 des Lignes directrices excluant les entreprises et les projets israéliens situés en territoire palestinien occupé de tout financement européen. Certains Etats membres sont même allés plus loin en prodiguant des conseils à leurs entreprises en matière de rapports avec les colonies israéliennes. C’est le cas par exemple des Pays-Bas qui ont déconseillé à une de leurs entreprises de poursuivre un projet avec la société israélienne Mekorot dans la Jérusalem-Est occupée.

Depuis de nombreuses années, l’Union européenne se déclare contre la colonisation et en faveur de la paix, sans résultat probant. Aujourd’hui, elle se décide enfin à accorder ses actes à ses paroles et ça fonctionne. On ne peut donc qu’encourager l’UE et ses membres à l’adoption de résolutions claires et fortes contre la colonisation des territoires palestiniens, comme l’interdiction de la commercialisation des produits issus des colonies ou la mise en place de lignes directrices claires aux entreprises qui souhaitent investir en Israël.

Sans doute est-il encore un peu tôt pour prédire la fin de l’occupation israélienne, le retour des réfugiés et l’octroi de droits égaux aux Palestiniens d’Israël. Néanmoins, la conjugaison actuelle de nombreux faits et opinions semble tendre à rapprocher le boycott d’Israël d’un certain « seuil critique ». C’est donc le moment de redoubler d’efforts en vue d’élargir et généraliser le boycott, les désinvestissements et les sanctions contre la politique israélienne !

Nathalie Janne d’Othée

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