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Catégorisé | Analyses

Comment la détention sans inculpation lie Israël et l’apartheid en Afrique du Sud

(Issam Rimawi / APA images)

(Issam Rimawi / APA images)

Les grèves de la faim entreprises par Hana Al-Shalabi et Khader Adnan ont attiré l’attention internationale sur l’utilisation par Israël de la détention administrative, une mesure qui permet d’emprisonner indéfiniment malgré l’absence d’accusation pour un crime ou d’éléments de preuve.

La détention administrative est un héritage des Britanniques, qui contrôlaient la Palestine mandataire dans la première partie du 20ème siècle. Quand Israël a déclaré un Etat en 1948, elle a adopté les lois « d’urgence » de la Grande-Bretagne, ce qui inclut la détention administrative et qui reste dans les lois à ce jour.

Le droit international permet l’utilisation de la détention administrative dans des circonstances extrêmement restreintes. L’utilisation par Israël de la détention administrative viole clairement la quatrième Convention de Genève et cela d’une manière épouvantable.

Parmi les plus de 700.000 Palestiniens qui ont été en prison depuis 1967, des dizaines de milliers de personnes ont été détenues en détention administrative, y compris des centaines d’enfants de moins de 16 ans. Ceci en plus des citoyens palestiniens d’Israël qui ont enduré la détention administrative de 1948 à 1966 pendant la dictature militaire en Israël.

La législation d’Israël sur la détention administrative s’applique dans la Cisjordanie occupée et à l’intérieur d’Israël, et a été maintenue par la Haute Cour israélienne.

La détention administrative ne permet pas aux détenus de se défendre ni même de voir l’un des soit-disant éléments de preuve secrets, elle évite au « procureur » militaire (un simple officier de l’armée) la charge de la preuve, et évite au «juge» militaire (un autre simple officier de l’armée avec une certaine formation militaire) d’écrire une décision motivée.

Comme indiqué dans le livre Threat: Political Prisoners in Israel, le « juge » militaire ne fait la plupart du temps que confirmer les recommandations du « procureur », en déclarant que «  la sécurité de la région et du public nécessite la détention ».

Mêmes excuses utilisées en Afrique du Sud

Le régime de l’apartheid en Afrique du Sud a similairement adopté plusieurs lois qui imposaient la détention illimitée sans procès, d’une manière clairement contraire au droit international. Sous le prétexte de sécurité préventive, le régime de l’apartheid a détenu administrativement des dizaines de milliers de non-Blancs, y compris 2.000 enfants de moins de 16 ans, dans ses efforts pour écraser la résistance à ses politiques répressives.

Mise à part la torture physique qui a prévalu pendant la détention dans les prisons du régime d’apartheid, il y avait une forme de torture intrinsèque à la détention administrative. Les prisonniers s’attendent à être relâchés à la date de sortie prévue, mais se voient à cette date imposés une durée de six mois de détention supplémentaire conduisant à un cycle d’espoir, d’anxiété et de désespoir.

Tamar Pelleg-Sryck, un avocat qui représente les détenus administratifs en Israël depuis 1988, a déclaré: « Je n’ai jamais rencontré un seul détenu qui était guéri de cette espérance cyclique. Je ne connais pas une seule femme qui ait abandonné ses espoirs de voir son mari détenu libéré à la fin du terme ».

Il ya de nombreux témoignages à propos de cette même pratique dans l’apartheid en Afrique du Sud et en Israël. Un exemple inquiétant peut être consulté dans cet extrait du film documentaire qui sera bientôt publié « Roadmap to apartheid », dirigé par moi-même et Ana Nogueira, où Ziad Abbas, un activiste palestinien, raconte l’histoire de cette pratique en Israël, et puis Ralph Nzamo, un activiste africain, raconte presque textuellement la même histoire dans une interview il ya 25 ans.

L’utilisation de la détention administrative est l’une des nombreuses similitudes entre l’apartheid en Afrique du Sud et l’apartheid en Israël.  L’analogie avec l’apartheid offre d’importantes leçons d’histoire qui peuvent être utilisées pour aider à apporter la justice aux Palestiniens, en particulier dans le contexte de la résistance à ces politiques.

Il faut se rappeler cependant, que l’apartheid n’est pas seulement une analogie, c’est un crime. Le crime d’apartheid a été codifié dans le droit international et défini par l’ONU avec la Convention internationale de 1973 sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid, qui s’applique à tous les pays.

La détention administrative, telle qu’elle est pratiquée par Israël, est l’un des nombreux actes définis dans le crime d’apartheid.

Stratégies de résistance

Les grèves de la faim jusqu’à l’agonie et la mise en danger de la vie de Hana Al-Shalabi et de Khader Adnan incarnent la seule forme de résistance non-violente disponible pour les prisonniers politiques. Il s’agit d’une forme de résistance qui a une histoire profondément ancrée en Palestine ainsi qu’en Afrique du Sud.

Depuis 1967, des dizaines de grèves de la faim majeures ont touché la plupart des prisons en Israël, au cours desquelles quelques prisonniers ont jeûné jusqu’à la mort. Certaines grèves se sont répandues dans de multiples prisons et ont concerné des milliers de prisonniers jeunant à l’unisson, comme la grève de la prison de Junaid en 1987 qui est considérée comme l’un des facteurs ayant contribué à l’éruption de la première Intifada.

Cette forme de résistance des détenus en Afrique du Sud a commencé comme de courtes et sporadiques grèves de la faim jusqu’à la grande vague de grèves de la faim de 1989 qui a commencé avec 20 détenus, et qui a finalement entrainé 53 grèves de la faim impliquant 1500 détenus qui protestaient contre la détention sans procès et sans fin. Le gouvernement sud-africain a été contraint de libérer 500 de ces détenus.

Les médecins avaient diagnostiqués les mêmes risques pour les grévistes de la faim en Afrique du Sud que pour les grévistes à long terme tels que Hana Al-Shalabi et Khader Adnan, à savoir le risque critique de dommages permanents aux organes, le coma et la mort.

La décennie entière des années 1980 en Afrique du Sud a vu la résistance et les troubles massifs se répandre comme une trainée de poudre – une intifada sud-africaine en quelque sorte. La vague incroyable de grèves de la faim n’a pas seulement réussi à obtenir la libération d’un nombre important de personnes détenues sans procès, mais elle a aussi participé à la tempête de protestations de solidarité autour d’eux, contribuant ainsi à la vague finale de résistance populaire organisée, connue comme la campagne de Désobéissance Civile de 1989.

L’activité politique a intensifié, et des lois interdisant les campagnes politiques, les manifestations, les grèves et des boycotts ont été largement ignorées. La résistance interne est parvenue à un point d’ébullition à travers tout le pays. Pendant le début de la grève de la faim, la réponse du gouvernement était de rejeter la demande et de refuser «de céder au chantage ». Un an plus tard, le gouvernement a annoncé la levée de l’interdiction du Congrès national africain, et quatre ans après les premières élections démocratiques ont eu lieu en Afrique du Sud – ainsi que la fin officielle de l’apartheid.

Actions pour mettre fin à l’apartheid

Il est crucial de comprendre que cette incroyable vague de résistance interne large et organisée – qui représentait le point culminant de plusieurs décennies de résistance – n’était pas en soi suffisant pour amener le gouvernement blanc au point de concéder des changements. Le calendrier de cette dernière campagne de défiance a coïncidé avec les succès incroyables du mouvement international de boycott, désinvestissement et sanctions par laquelle l’Afrique du Sud s’est retrouvée avec une économie en faillite, une population blanche mécontente, furieuse ou incapable de comprendre pourquoi leurs équipes sportives ne pouvaient pas participer aux Jeux Olympiques, et un isolement quasiment complet dans l’arène internationale, en particulier après la fin de la guerre froide.

Il est également crucial de comprendre que l’appel sud-africain pour le mouvement international BDS – et une campagne de plusieurs décennies de long – et ses étonnants succès, ne pouvait pas lettre fin à l’apartheid par lui-même. C’est cette combinaison d’un pays à peu près ingouvernable en raison de la résistance interne, et la pression internationale simultanée, qui a forcé le gouvernement de l’apartheid à céder le pouvoir.

La croissance rapide du mouvement international BDS lancé par les Palestiniens il ya à peine sept ans a gagné beaucoup de terrain et a franchi des étapes que le mouvement BDS d’Afrique du Sud a mis des décennies à atteindre. Il offre beaucoup d’espoir. Mais, comme dans le cas en Afrique du Sud, le BDS seul ne sera sûrement pas suffisant pour apporter la justice aux Palestiniens.

Actuellement en Palestine, les grévistes de la faim sont rares, et une vague massive de populaire, la résistance généralisée à la manière de la première Intifada ou de la campagne de Désobéissance Civile est apparemment loin pour l’instant. Mais un coup d’oeil au rôle historique des grèves de la faim qui ont commencé avec une vingtaine de détenus qui protestaient contre leur détention sans procès et sans fin en Afrique du Sud éclaire l’importance de soutenir les détenus comme Hana Al-Shalabi et Khader Adnan.

Par Eron Davidson

Eron Davidson est un militant israélien d’origine et le directeur, avec Ana Nogueira, de la Feuille de route qui sera bientôt publié documentaire à l’apartheid.

Source : The Electronic Intifada, 6 avril 2012

Trad. : NJO

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