In extremis entre extrémistes !

Bulletin 64, Juin 2015.

Le 7 mai dernier, Benjamin Netanyahou a conclu un accord de coalition rassemblant une courte majorité (des sièges) à la Knesset. Cet accord est intervenu in extremis  comme l’ont souligné de nombreux organes de presse. S’il a été effectivement annoncé juste à temps pour que le Likoud garde la main sur les négociations gouvernementales, il jette les bases d’une coalition menée par l’extrême droite. Le Likoud de Netanyahou s’allie en effet avec le Foyer Juif de Naftali Bennett, ainsi qu’avec Kulanu de Moshe Khalon et deux partis ultra-orthodoxes, le Shass et le Judaïsme unifié de la Torah. Il obtient ainsi une courte majorité de 61 sièges sur 120 à la Knesset.

La concession du ministère de la Justice au parti ultra-nationaliste Foyer Juif (Habayit Hayehudi) manifeste la position de force que ce parti acquiert dans la future coalition. Ce poste ira à la seule femme et la seule non-orthodoxe siégeant pour la formation à la Knesset, Ayelet Shaked. Sous ses dehors de jolie brune et de bonne mère de famille, Shaked s’est distinguée l’été dernier en relayant les propos du leader colon Uri Elitzur : «  Ils sont tous des combattants ennemis, et leur sang devrait être sur toutes leurs têtes. Et cela inclut aussi les mères des martyrs, qui les envoient en enfer avec des fleurs et des baisers. Elles devraient suivre leurs fils, rien ne pourrait être plus juste. Elles devraient s’en aller, tout comme les maisons dans lesquelles elles ont élevé les serpents. Autrement, d’autres petits serpents y seront élevés » (« What does Israel’s new justice minister really think about Arabs? », Haaretz, 11 mai 2015). En tant que ministre de la Justice, Shaked obtient aussi le contrôle du Comité ministériel pour la législation qui détermine quels sont les projets de loi que la coalition fera avancer et ceux qui seront bloqués. Le Foyer Juif obtient aussi la présidence de la Commission législative et constitutionnelle à la Knesset, lui concédant donc un contrôle inédit sur le système législatif israélien. Hayelet Shaked était une des plus ferventes défenseuses du projet de loi sur le renforcement du caractère juif de l’Etat d’Israël. Celui-ci sera donc sans doute parmi les premiers à être soumis au vote à la Knesset. La coalition gouvernementale s’est aussi engagée à présenter un projet de loi qui obligera toutes les ONG bénéficiant de contributions de l’étranger à requérir une approbation ministérielle et celle de la Knesset. Bref, sale temps pour les ONG de défense des droits de l’Homme et des Palestiniens qui n’obtiennent de soutien que de l’extérieur.

En analysant la répartition des portefeuilles, on peut donc prédire des années difficiles aux Palestiniens, qu’ils soient d’un côté ou de l’autre de la Ligne verte. Uri Ariel du Foyer Juif sera le prochain ministre de l’Agriculture, en charge entre autres de la question des Bédouins. Le Plan Prawer-Begin de déplacement forcé des Bédouins dans le Néguev ne pouvait tomber en de pires mains. Le Foyer Juif obtient aussi un vice-ministre de la Défense qui sera en charge de l’Administration civile, qui porte mal son nom puisqu’il s’agit de l’administration (militaire) des territoires occupés et de leurs habitants israéliens (colons) et palestiniens. Cette charge sera confiée à Rabbi Ben-Dahan, raciste notoire, ayant déjà déclaré que les Palestiniens n’étaient pas des humains, mais plutôt des animaux. (“Next head of ‘Civil Administration’ said Palestinians are sub-human”, +972Mag, 8 mai 2015). Naftali Bennett – Monsieur «  J’ai tué beaucoup d’Arabes dans ma vie. Et il n’y a aucun problème avec ça » – sera quant à lui en charge des Affaires de la Diaspora et de l’Education. Pour ce dernier portefeuille, il entend se focaliser sur « la promotion de l’amour de la terre et du peuple juif ». Tout un programme…

Moshe Kahlon a quant à lui négocié les ministère des Finances, de la Construction et de la Protection environnementale pour son parti Kulanu dont le programme est centré sur la situation économique et sociale du pays. Le parti orthodoxe-séfarade Shass obtient de son côté le ministère des Cultes ainsi que l’Economie et le Développement de la Galilée et du Néguev. Le parti Judaïsme unifié de la Torah obtient enfin le ministère de la Santé.

Le Likoud garde pour lui les autres portefeuilles, dont l’Intérieur, la Défense et les Affaires étrangères. Netanyahou espère encore persuader l’Union sioniste d‘Isaac Herzog et Tzipi LIvni de rejoindre la coalition gouvernementale. Certains portefeuilles clés pourraient alors leur revenir, dont sans doute les Affaires étrangères. En en donnant une image plus favorable à l’étranger, ce renfort parachèverait le tableau de ce gouvernement de tous les dangers.

Par Nathalie Janne d’Othée