Histoire des juifs du Portugal et raids nocturnes à Nabi Saleh

Pour la deuxième fois cette semaine, les soldats ont attaqué le village de Nabi Saleh. De minuit à trois heures du matin la nuit dernière, des soldats ont attaqué dix-huit maisons dans le village de Nabi Saleh. Les soldats, en équipement de combat, ont attaqué les maisons afin de photographier les gens, surtout des jeunes hommes et de vérifier les cartes d’identité. Aucune arrestation n’a été faite. Toutefois, les intentions de l’armée sont claires.

Le modèle a été utilisé à plusieurs reprises dans le passé. L’armée attaque une maison au milieu de la nuit. Les soldats prennent une photo d’un enfant de 15 ou 16 ans et Le relient la photo avec les informations d’identité. Puis, quelques jours plus tard, au cours de la manifestation hebdomadaire non violente, les soldats vont de maison en maison avec un livre de photos de personnes et les arrêtent. Ce n’est pas important si le prévenu est au milieu de la manifestation ou à l’intérieur de la maison à regarder la télévision.

Un enfant qui tente d'échapper aux gaz lacrymogènes à Nabi Saleh. (@Joseph Dana)
Un enfant qui tente d'échapper aux gaz lacrymogènes à Nabi Saleh. (@Joseph Dana)

Une fois que les soldats ont appréhendé le suspect, ils créent une histoire selon laquelle la personne jetait des pierres ou participait à des «émeutes». Cette histoire n’est généralement basée sur aucune preuve et n’a pas à l’être pour être utilisée dans un tribunal militaire israélien. La seule chose nécessaire est qu’un soldat dise qu’il a vu la personne jetant des pierres. Aucun élément de preuve photographique ou vidéo n’est nécessaire. Pas même un autre témoin.

Le raid de la nuit dernière a été le second cette semaine pour Nabi Saleh. Bassam Tamimi, un des leaders du Comité populaire de Nabi Saleh, a déclaré que l’armée a attaqué cette semaine presque toutes les maisons dans le village. Tous les individus de sexe masculin âgés de 12 et 22 ont été photographiés par l’armée et leurs numéros d’identification ont été pris.

Nabi Saleh, un petit village de l’ouest de Ramallah, participe à des manifestations non armés contre la confiscation de ses terres par la colonie juive voisine de Halamish depuis un an. Il y a eu d’innombrables blessés, des arrestations et des punitions collectives contre le village au cours de la dernière année, alors que l’armée tentait d’écraser le mouvement de protestation. Ce vendredi après-midi, Nabi Saleh marchera de nouveau vers ses terres afin d’exiger la fin de l’occupation israélienne.

Ces raids nocturnes sont utilisés dans toute la Cisjordanie contre des villages qui sont engagés dans la résistance non armée à l’occupation israélienne et à la barrière de séparation. Quand les caméras des médias et des militants ne sont pas là, les soldats israéliens harcellent les villageois dans ce qui est une forme de punition collective. Les jeunes de ces villages sont des hommes recherchés (en fait, des enfants) aux yeux du gouvernement israélien et beaucoup finissent dans les prisons israéliennes.

Attaquer les enfants et les jeunes est l’une des formes les plus perverses de punition collective. Au XVe siècle, le roi Manuel du Portugal a ordonné que le premier-né de près de deux mille familles juives soit banni vers l’île éloignée de São Tomé dans le but de punir collectivement les Juifs, qui refusaient de se convertir au christianisme à leur arrivée au Portugal depuis l’Espagne. Finalement, le Portugal a converti de force sa population juive, mais plus de 2.000 enfants ont été bannis sur le l’île.

Attaquer les villages de Cisjordanie, prendre en photo les jeunes puis les arrêter quelques jours plus tard, est une forme perverse du contrôle israélien sur la population palestinienne. Ces enfants se retrouvent en prison pendant des mois sur de fausses accusations qui ne pourraient pas tenir debout devant un tribunal qui s’intéresse à la justice. Si l’on veut voir le coût réel de l’engagement dans la résistance non-violente et sans armes à l’occupation israélienne, il faut considérer les enfants qui se retrouvent dans les prisons israéliennes. Les Portugais on banni des enfants juifs sur une île lointaine, Israël bannit les enfants palestiniens dans de lointaines prisons de béton.

Joseph Dana,

13 janvier 2011

source : + 972

traduction : Julien Masri

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