Gaza, vue d’ Israël 

Bulletin n°76

On pourrait croire que la bande de Gaza est un problème pour Israël depuis l’avènement du Hamas à la tête de l’enclave. C’est ce que prétend la propagande israélienne. En réalité, Gaza a toujours été considérée par Israël comme un cas particulier.

 « Gaza n’est jamais perçue comme elle est vraiment, un lieu habité par des êtres humains, une énorme et terrible prison, un immense site d’expérimentation humaine. La plupart des Israéliens, qui ― comme leur Premier ministre ― n’ont jamais parlé à un seul Gazaoui, savent seulement que la bande de Gaza est un nid de terroristes. C’est pourquoi c’est convenable de les fusiller. Choquant ? Oui, mais vrai. » Gideon Levy (It’s not Netanyahu. It’s the nation, Haaretz, 05/04/2018)

Par Marianne Blume

 1955 

« Je connais (les gens de Gaza). Ils fuiront vers Hébron »
Ben Gourion, 1eprésident d’Israël

Mot-clef : ANNEXION

Après avoir proposé, en 1949, à la Commission de conciliation des Nations Unies pour la Palestine que l’Egypte cède la bande de Gaza à Israël- ce que l’Egypte a refusé-, Ben Gourion, ministre de la Défense en 1955, propose d’occuper Gaza et de laisser aux « Arabes » un couloir pour faciliter leur fuite vers la Cisjordanie. Le cabinet a voté contre cette proposition mais, en 1956, Israël a occupé temporairement la bande de Gaza, y commettant des massacres, dont ceux de Khan Younis et de Rafah que relate superbement Joe Sacco dans sa BD « Gaza 1956 ». Au même moment également, Ben Gourion pensait que la bande de Gaza devait être annexée mais par la suite, il a dû accepter le retrait de ces territoires occupés (Sinaï et bande de Gaza).

1967 :

« Ce qui nous intéresse, c’est de vider Gaza (de sa population) d’abord »
Levi Eshkol, Premier ministred’Israël.

Mots-clefs : ANNEXION, NETTOYAGE ETHNIQUE

Après la victoire israélienne en 1967, Levi Eshkol déclare à ses ministres qu’il faut encourager  les « Arabes » à émigrer vers d’autres pays arabes et pas seulement en Jordanie. Il précise que « précisément à cause de l’étouffement et de l’emprisonnement là-bas (Gaza), peut-être que les Arabes quitteront la bande de Gaza. » Et, lui qui a fondé la compagnie des eaux « Mekorot », propose tout simplement : « Sans doute, si nous ne leur donnons pas assez d’eau, ils n’auront pas le choix, parce que les vergers vont jaunir et dépérir. » Et apparemment, d’après les archives, il n’y eut pas de désaccord parmi ses ministres. Signalons que Dayan était un peu plus « généreux » qu’Eshkol, suggérant que parmi les 400 000 Gazaouis, les 100 000 qui, selon lui, n’étaient pas des réfugiés, pourraient rester.

Ce projet d’annexer un territoire vidé de ses habitants hante encore aujourd’hui certains politiciens tel Moshe Feiglin, vice-président de la Knesset, qui proposait, en 2014, un plan pour la bande de Gaza : une fois la bande de Gaza entièrement conquise, on permettrait à la partie de la population « innocente » et qui se serait distanciée des terroristes armés de partir et « à la suite de l’élimination de la terreur, Gaza deviendra(it) une partie de l’Israël souverain et sera(it) peuplée de Juifs. »

1992 :

« J’espère me réveiller un jour et constater que Gaza a sombré dans la mer »
Yitzhak Rabin, président du parti travailliste et membre du comité des Affaires étrangères et de la Défense.

Mots-clefs : ISOLER, ENFERMER

En 1992, Yitzhak Rabin mène une campagne pour « mettre Gaza à l’écart de Tel Aviv » c’est-à-dire isoler complètement Gaza. Peu après, il rêve de la voir disparaître… mais il ajoute que, comme cela a peu de chances de se produire, il faudra trouver une autre solution. Comme il le dira, une guerre serait une chance mais ce n’est pas réaliste. Alors, il pense déjà à cette époque, contre Shamir, à donner une « autonomie » à la bande de Gaza car, dira-t-il, « Alors on verra moins de Gazaouis dans nos villes. Je veux que les Gazaouis restent dans la bande de Gaza. »

Le même Rabin qui, d’après un site israélien extrémiste, aurait insisté plus tard pour qu’Israël boucle la bande de Gaza afin que les Arabes “s’entretuent comme des araignées dans une boîte.”

En octobre 1994, après un attentat-suicide à Tel-Aviv, Rabin déclare: «Nous devons décider de la séparation comme d’une philosophie: il doit y avoir une frontière claire, sans ligne de démarcation délimitant les frontières ; qui veut avaler 1,8 million d’Arabes n’apportera que plus de soutien au Hamas. ” Ainsi, au début de 1995, Rabin a créé la commission Shahal, un comité interministériel pour discuter de la construction d’une barrière de sécurité séparant les Israéliens et les Palestiniens. Et une clôture a été érigée autour de Gaza pour la couper du monde.

2004 :

« La pression à la frontière (avec Gaza) sera horrible. Ce sera une guerre terrible. Alors, si nous voulons rester vivants, il nous faudra tuer, tuer et tuer»

Arnon Soffer, vice-ministre.

Mots-clefs : ENFERMER, TUER

A la veille du « désengagement » de la bande de Gaza, Arnon Soffer, vice-ministre de Ehud Olmert, soutient le plan de Sharon car il assurera une majorité juive écrasante à l’Etat juif.  Il prévoit que les Palestiniens les bombarderont et qu’Israël exercera des représailles mais au moins, dit-il, ce sera à la frontière et pas à Tel Aviv ou Haïfa. On préviendra les Palestiniens de Gaza que des femmes et des enfants seront tués et des maisons détruites ; que, pour un missile envoyé, Israël en enverra dix.

« Quand 2,5 millions de gens vivront enfermés à Gaza, ce sera une catastrophe humaine. Ces gens deviendront des animaux, plus encore qu’ils ne le sont aujourd’hui, avec l’aide d’un islam fondamentaliste dément. La pression à la frontière sera horrible. Ce sera une guerre terrible. Alors, si nous voulons rester vivants, il nous faudra TUER, TUER et TUER. Tous les jours, chaque jour. »

 

2006 :

« L’idée est de mettre les Palestiniens au régime, mais pas de les faire mourir de faim. » Dov Weissglass, conseiller de Sharon.

Mot-clef : AFFAMER

Le plan de « désengagement » de la bande de Gaza est réalisé, le Hamas a gagné les élections mais la bande de Gaza reste occupée puisqu’elle ne contrôle ni son espace maritime, ni son espace aérien, ni ses frontières et qu’elle dépend économiquement du bon vouloir d’Israël, qui laisse- ou non- passer les marchandises. Le conseiller de Sharon dévoile alors que le désengagement est un moyen de faire capoter le processus de paix  (Feuille de route du Quartette), d’avoir les mains libres en Cisjordanie et de soumettre la population de Gaza à des pressions mortelles.

2007 :

«Le mouvement islamiste Hamas est une organisation terroriste qui a pris le contrôle de la bande de Gaza et en a fait une entité hostile. »
Communiqué du gouvernement israélien.

Mots-clefs : GAZA=HAMAS, ENTITE HOSTILE, DESHUMANISATION

Suite aux élections gagnées par le Hamas et à sa prise de pouvoir à Gaza, Israël décide de traiter la bande de Gaza comme il traite des nations ennemies. Commence alors le long BLOCUS de Gaza avec de nouvelles limitations de la circulation des marchandises et des personnes, les restrictions de fourniture d’électricité ou de carburant, etc.

En parlant de la bande de Gaza comme d’une entité, Israël efface la population palestinienne et la réduit au seul Hamas, considéré comme terroriste par Israël, les USA, l’UE et bien d’autres. La bande de Gaza n’a plus qu’un visage : celui du terrorisme.  La déshumanisation est totale.

2012 :

« Le but de l’opération (Pilier de défense) est de renvoyer Gaza au Moyen-Âge. »
Eli Yishaï, vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur.

Mots-clefs : HAMAS, MISSILES QASSAM, DESTRUCTION, MASSACRE

Toutes les attaques militaires contre la bande de Gaza ont eu leur lot de déclarations révélatrices des intentions de la classe politique ou religieuse. Ainsi, en 2008, Matan Vilnaï, vice-ministre de la Défense, déclarait sans sourciller que, si des missiles Qassam continuaient à tomber sur Israël, les Palestiniens s’attireraient une « shoah plus importante ». Un génocide donc. Propos dont il s’est défendu par la suite bien sûr : il aurait employé ce terme sacré en Israël pour dire simplement « désastre ». Ainsi, en 2007, Mordechaï Eliyahu, ex-Grand rabbin sépharade, a jugé qu’il n’y avait absolument aucune interdiction morale au massacre aveugle de civils lors d’une éventuelle offensive militaire massive sur Gaza visant à arrêter les lancements de roquettes. Ainsi, en 2014, Lieberman déclare qu’il n’y a pas d’innocents  dans la bande de Gaza et que tout le monde est lié au Hamas. Ainsi…

Renvoyer la bande de Gaza au Moyen-Âge signifie clairement dé-construire Gaza, détruire l’économie, l’éducation, les infrastructures, le fonctionnement des institutions, etc. Faute de voir Gaza sombrer dans la mer, on la renvoie dans le temps vers une période jugée (à tort) noire, inculte, misérable.

Conclusion

De l’annexion au nettoyage ethnique, de l’enfermement au blocus, de l’affamement à la destruction, de la déshumanisation aux massacres, Israël a réservé et réserve toujours un sort particulier à la bande de Gaza. Puisque l’annexion n’est plus envisageable, puisque le nettoyage ethnique manière de 48 n’est plus possible, alors Israël met la bande de Gaza en prison, en fait une entité ennemie, la détruit, tue sans restrictions sa population dans l’espoir toujours présent qu’elle disparaisse.

Photo ©Reuters / Soldat israélien, de l’autre côté de la frontière de Gaza

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