Expulser la population arabe israélienne ?

Baqa al-Gharbiyya, Israel, ce village agricole à une heure au Nord-Est de Tel Aviv se sent aux antipodes de la capitale commerciale israélienne. Des poubelles garnissent nombre des ruelles étroites, défoncées, symptômes visibles du plus faible niveau de financement que consacre le gouvernement israélien à cette ville. Beaucoup d’hommes sont au chômage et accusent les politiques israéliennes d’avoir blessé l’économie locale.
Avigdor Lieberman, le très à droite ministre israélien des affaires étrangères, a déjà proposé d’annexer ce village ci et d’autres à un futur État palestinien. Leurs habitants perdraient leur citoyenneté israélienne à moins de vouloir quitter leur terre et de prêter un serment d’allégeance à l’État (israélien).

Son plan est fort impopulaire dans ce village et aux alentours. Malgré les discriminations auxquelles font face la plupart des Arabes en Israël, ils affirment que peu renonceront à leur citoyenneté israélienne afin de devenir Palestiniens.

« Je suis ici dans ce pays maintenant »,  affirme Jamil – le propriétaire d’une petite boulangerie proche de l’une des mosquées au dôme vert de la ville. « Ma famille s’est retrouvée ici depuis avant 1948. Je ne veux pas aller en Palestine. Je n’aime pas les guerres, j’ai des problèmes avec le gouvernement (israélien), mais un État palestinien ? Non. »

Les commentateurs israéliens progressistes dénoncent les projets de Lieberman comme étant racistes. Mais les hommes politiques du centre et de gauche sont plus timorés dans leurs critiques, ce qui amène beaucoup d’Arabes israéliens à croire que les leaders politiques israéliens supportent tacitement les plans de Lieberman.

« Il crie tout haut ce que tout le monde pense tout bas », explique Ihad Abu Mokh – un résident de Baqa al-Gharbiyya depuis toujours. « Ils en rêvent. Mais ils savent que nous sommes au 21e siècle. Nous ne sommes plus au Moyen-âge. »

« Divisé. Tout palestinien. Tout israélien. »

Mais les Papiers palestiniens (Palestine Papers) révèlent que Tzipi Livni, l’ancienne ministre israélienne des affaires étrangères, a tenu de pareils propos. En 2008, lors de plusieurs rencontres avec des négociateurs palestiniens, Livni a proposé de rattacher des villages arabes israéliens au futur État palestinien – forçant de la sorte des dizaines de milliers d’Arabes israéliens à choisir entre leur citoyenneté et leur terre.

Le 21 juin 2008, Livni tenait des propos très clairs à ce sujet en compagnie de négociateurs palestiniens expérimentés (Ahmed Qurei et Saeb Erekat) tandis que Dekel (un conseiller de l’ancien premier ministre israélien Ehud Olmert) avait listé des noms de villages arabes à annexer à la Palestine. Becker est un négociateur israélien.

Livni : Nous avons ce problème avec Raja (Ghajar) au Liban. Terja Larsen traça la ligne bleue afin de couper le village en deux. Nous avons décidé de ne pas couper le village. C’était une erreur car nous avons maintenant des citoyens israéliens vivant en territoire libanais.

Dekel : Barka, Barta il Sharqiya, Barta il Garbiya, Betil, Beit Safafa (noms de villages arabes israéliens).

Qurei : Ça sera difficile. Tous les Arabes israéliens seront contre nous.

Becker : Il faudra pourtant s’y attaquer d’une manière ou d’une autre. Divisé. Tout palestinien. Tout israélien.

Deux mois plus tôt, lors d’une autre rencontre avec Qurei et Erekat, Livni mentionnait déjà ces mêmes villages – les qualifiant de problèmes pour l’État d’Israël et ayant besoin d’une résolution.

Livni : Soyons bons joueur. Vous vous référez à la ligne de 1967. Nous n’avons pas encore parlé de Jérusalem. Il y a quelques villages palestiniens qui se trouvent de part et d’autre de la ligne de 1967 et qui ont besoin d’une réponse – tels que Beit Safafa, Barta’a, Baqa al-Sharqiyeh et Baqa al-Gharbiyyeh.

Les mots que choisit Livni sont frappants.  Beit Safafa, Barta’a, et Baqa al-Gharbiyya se situent tous au moins en partie du côté israélien de la ligne verte ; leurs habitants possèdent un passeport israélien, paient leurs impôts au gouvernement israélien, et s’identifient majoritairement comme étant Israéliens.

Mais Livni les décrit en tant que Palestiniens et suggère qu’ils n’ont rien à faire à l’intérieur de l’État d’Israël.

« Je suis né en Israël. Je ne partirai pas. »

Les Arabes israéliens subissent des discriminations au jour le jour en ce qui concerne les emplois et le financement public des villages par le gouvernement qui leur en attribue souvent moins qu’aux communautés juives.

Dans son rapport de 2009, l’Association pour les Droits Civiques en Israël (ACRI en anglais) décrit ces discriminations subies par les Arabes comme « ouvertes et explicites » et dénonçait l’attitude du gouvernement qui menace « leurs droits les plus élémentaires – à l’égalité, à l’éducation, et à l’emploi – ainsi que leur citoyenneté même. »

« Regardez tout autour de ce village, regardez à quoi ressemblent les rues, les voitures, les immeubles », commence Mustafa Fayoum – un habitant du village de Jaljulia. « Comparez les maintenant avec Tel Aviv. Vous verrez la différence ».

Cependant, Qurei avait raison lorsqu’il affirma que les Arabes israéliens s’opposeraient à un transfert en Palestine. Parmi les douzaines de rencontre lors d’une visite récent, seulement un habitant de Baqa al-Gharbiyya affirma préférer vivre dans un État palestinien.

À la question « pourquoi », beaucoup citent des raisons économiques pour expliquer ce refus. Même les sans-emplois pensent que leurs  perspectives futures sont meilleures en Israël.

« Nos conditions sont meilleures ici que là-bas, même si ici nous ne nous sentons pas dans la communauté, ou dans la société du peuple juif », explique Bashar al-Alimi – un chômeur de 38 ans.

« C’est une question difficile », affirme quant à lui Mounir Abu Hussain, un mécanicien de 34 ans. « Mais mon emploi est ici, le travail est bon, et cela pourrait être difficile d’être annexer à un État palestinien ».

« Israël est un pays occidental, c’est plus développé, il y a plus d’options et moins de corruption », pour Ismail Athmani, 34 ans. « Et je suis né en Israël. Je ne partirai pas ».

Mais l’économie n’est pas la seule raison qui poussent Baqa al-Gharbiyya à dire préférer vivre en Israël qu’en Palestine. Plusieurs d’entre eux voient et décrivent la Cisjordanie comme un état policier, et disent préférer – et ce malgré les discriminations subies – le niveau de liberté politique observé en Israël.

Une vue généralisée

Les sondages d’opinion effectués auprès des Arabes israéliens au cours de la dernière décennie arrivent invariablement au même résultat : la majorité préférerait rester en Israël que de vivre sous juridiction palestinienne.

Une enquête de décembre 2010 par la Brookings Institution indiquait que 58 pourcents des Arabes israéliens s’opposaient aux échanges proposés par Lieberman et Livni. D’autres publications et études conduites par l’Université d’Haïfa confirment cette tendance.

De nombreuses familles habitent ces villages israéliens depuis avant 1948 – avant qu’il n’y ait un État d’Israël en d’autres mots. Un homme se décrivait et déclarait « plus Israélien que Lieberman », faisant référence au ministre israélien des affaires étrangères né en ex-URSS et qui émigra seulement à l’âge de 20 ans en Israël.

« Netanyahu ne peut pas me prendre et me dire “tu habiteras ici” », affirme Fayoum. « Je suis Israélien, et seulement Israélien ».

Gregg Carlstrom. Lundi 24 janvier 2010. AJE : Expelling Israel’s Arab population?

Traduction : NVC

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