Entre le mur … et l’enclume

Au cours des dix dernières années, l’armée israélienne a progressivement étendu les restrictions sur l’accès aux terres agricoles du côté gazaoui de le « Ligne verte » de 1949, et aux zones de pêche le long de la côte la bande de Gaza, avec l’intention déclarée d’empêcher les attaques contre Israël de la part des factions armées palestiniennes, y compris les tirs de projectiles.

Cette étude vise à évaluer la portée de ces restrictions, ainsi que leur impact sur la santé physique, la sécurité, la subsistance et l’accès aux services. L’information et l’analyse présentée est basée sur plus de 100 entrevues et discussions de groupe réalisées au cours de mars-avril 2010, et complétées par l’analyse de données quantitatives disponibles à partir d’autres sources.

agriculteurs de Gaza, avril 2010 (@DYCT)
agriculteurs de Gaza, avril 2010 (@DYCT)

Depuis fin 2008, les Palestiniens ont été totalement ou partiellement empêchés d’accéder aux terres situées jusqu’à 1000-1500 mètres de la ligne verte (selon la zone), et aux zones maritimes au delà de 3 miles nautiques de la côte. Dans l’ensemble, la superficie interdite est estimée à 17 % de la superficie totale de la bande de Gaza et 35 % de ses terres agricoles. En mer, les pêcheurs sont totalement empêchés d’accéder à quelque 85 % des zones maritimes, auxquelles ils ont un droit d’accès selon les accords d’Oslo.

Environ 178.000 personnes – 12 % de la population de la bande Gaza – sont directement touchées par le régime d’accès mis en œuvre par les autorités militaires israéliennes. Cela représente environ 113.000 personnes touchées par de telles mesures dans des zones terrestres, et 65.000 personnes touchées par les restrictions dans l’espace maritime.

Les restrictions d’accès sont principalement appliquées en ouvrant le feu directement sur les personnes entrant dans les zones en question. Alors que dans la plupart des cas il s’agit de « coups de semonce », qui forcent les gens à quitter la zone, depuis la fin de l’offensive «  plomb durci » de janvier 2009, l’armée israélienne a également tué un total de 22 civils et blessé 146 personnes dans ces circonstances. Malgré le risque de faire des victimes civiles, les autorités israéliennes n’ont pas a informé la population affectée avec précision des limites des zones restreintes et des conditions dont dépendent la permission ou le refus d’accéder à ces zones.

D’autres risques pour la population touchée sont liés aux activités militaires des factions armées palestiniennes dans les zones réglementées et à leurs confrontations avec l’armée israélienne. Depuis la fin de l’offensive « Plomb durci » 41 militants palestiniens et 4 soldats israéliens ont été tués dans la zone réglementée ou ses environs, dans ces circonstances et 26 autres militants palestiniens et 10 soldats israéliens ont été blessés.

Une méthode complémentaire utilisée par les autorités israéliennes militaire pour décourager l’accès est le nivellement systématique des terres agricoles et la destruction d’autres propriétés privées situées dans des zones d’accès restreint. Compte tenu que les opérations de terrassement visent généralement des arbres fruitiers et des serres, certains agriculteurs ont replanté les zones précédemment nivelées de cultures maraîchères, qui demandent moins de soins et ont de meilleures chances de survie. Toutefois, la capacité des agriculteurs à récolter ces cultures est limitée et le revenu n’est qu’une fraction du revenu des cultures d’origine.

La valeur des biens agricoles et autres détruits au cours des cinq dernières années dans la région restreinte est estimée au bas mot à 308 millions $ (coût de remplacement). Les actifs liés notamment à l’agriculture, les arbres fruitiers, les serres, les fermes d’élevage de poulets et de moutons et les puits, représentent 90 % de ce montant.

Il a été estimé en outre que les restrictions d’accès et la destruction des biens agricoles entraînent une perte annuelle d’environ 75.000 tonnes de production potentielle. La valeur marchande de cette production est estimée à 50,2 millions $ par an. La plupart des agriculteurs interrogés pour cette étude a indiqué que depuis l’élargissement de la zone restreinte en 2008, leur revenu agricole a été réduit à moins d’un tiers de son montant précédent. D’autres ont indiqué avoir perdu la totalité de leur revenu. Dans le secteur de la pêche, le potentiel de prise de pêche perdu à la suite des restrictions d’accès est estimé à environ 7.000 tonnes, avec une perte de revenu correspondante de 26,5 millions $ sur une période de cinq ans.

L’érosion des moyens d’existence a forcé les familles touchées à développer différents mécanismes d’adaptation visant à générer des revenus alternatifs et à réduire les dépenses. Certaines de ces pratiques soulèvent des préoccupations importantes, y compris les réductions de la quantité d’aliments consommés ; changements progressifs dans l’alimentation (des légumes et produits animaux vers des articles à faible coût et à haute teneur en glucides), la réduction de la durée de scolarisation des enfants ; et la tendance accrue des parents à marier plus tôt les filles.

Le régime actuel affecte également l’accès aux écoles, parmi les quelles sept se trouvent à l’intérieur des limites de la zone. La sécurité des élèves et du personnel qui travaille dans ces institutions (4.600 personnes), la qualité de l’éducation fournie et le niveau de réussite scolaire ont été gravement compromis par l’exposition fréquente aux tirs israéliens des personnes présentes dans les espaces ouverts, qu’ils soient agriculteurs ou militants armés.

Enfin, les restrictions d’accès ont considérablement entravé l’entretien et mise à niveau des infrastructures de traitement des eaux usées et d’électricité, ce qui a un impact négatif sur la fourniture de services à l’ensemble population de la bande de Gaza. En particulier, de longs délais dans la construction de trois usines de traitement des eaux usées ont causé le rejet quotidien d’environ 80 millions de litres d’eaux usées partiellement ou pas traitées, dans la mer et les cours d’eau, ajoutant ainsi un danger significatif sur l’environnement et la santé.

Pour commencer à répondre à la situation désastreuse de l’un des segments les plus vulnérables de la population de Gaza, les restrictions actuelles sur l’accès terrestre et maritime des civils à Gaza doivent être d’urgence levées au maximum du possible. Toutes les parties doivent respecter leurs obligations au regard du droit international humanitaire et droit des droits de l’Homme, y compris la mise en œuvre complète de la Résolution 1860du Conseil de sécurité.

Les résultats de cette étude indiquent également qu’une aide humanitaire plus importante et mieux ciblée est nécessaire pour atténuer l’impact de l’érosion continue des moyens de subsistance et éviter toute nouvelle détérioration.

vous pouvez consulter ici ce rapport de l’ONU en anglais.

Traduction : Julien Masri

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