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Ils ont écrit…

  • Le Mur

Les « emmurés » de Palestine, de Stéphanie LE BAR

Au fil des décennies, pour des raisons éminemment politiques, Israël a redessiné les frontières du Grand Jérusalem, dont la partie orientale, et bien au-delà à l’Est, a été annexée après la conquête militaire de 1967. Peuplée de 17.000 habitants, essentiellement des Palestiniens employés à Jérusalem-Est, Anata, selon ce découpage, appartient à la Cisjordanie. En dépit des liens familiaux, administratifs, religieux ou commerciaux qui la reliaient naturellement aux quartiers arabes de Jérusalem, la ville est aujourd’hui coupée, physiquement, de la “Cité sainte”.
Par malchance, le lycée dirigé par Youssef Elayan se trouve sur la “frontière municipale”. “Construire le mur précisément ici n’a rien de sécuritaire, explique le proviseur. Le but des Israéliens est de protéger les colonies (notamment l’important quartier de colonisation de Pisgat Zeev, qui fait face au lycée) et de couper la Cisjordanie de Jérusalem, notre future capitale.” Ici, comme en de nombreux endroits de la clôture, le tracé retenu semble lui donner raison. Frôlant les maisons palestiniennes et, de manière caricaturale, le lycée, l’ouvrage laisse, côté israélien annexé, plusieurs hectares de terres inhabitées au pied de Pisgat Zeev. (…)

Le Monde, 26 novembre 2005.


Lettre du Père Firas Aridah, curé de la paroisse d’Aboud.

Dimanche 2 octobre 2005, un officier israélien est venu faire un tour à Aboud. Il a informé ceux qui possèdent des terres que la construction du mur allait commencer sur les terres du village depuis le côté Nord jusque vers l’Ouest. Il a aussi transmis les ordres militaires de confiscation de quelque 350 hectares sur le territoire du village. Il a transmis aussi des cartes montrant le futur tracé du mur.

Par conséquent, nous vous assurons des points suivants :

1- Nous déclarons publiquement, et par une décision irrévocable quelles que soient les circonstances, que nous refusons complètement la construction de ce mur de ségrégation sur les terres de notre village comme partout ailleurs dans les territoires palestiniens.

2- Ce mur affectera largement et négativement tous les aspects de la vie de notre village :

A- Ce mur doit engloutir des centaines d’hectares de terres d’Aboud qui sont pour la plupart plantées en oliviers. Or, l’olivier est la source principale de revenu pour les paysans palestiniens, ainsi qu’un symbole national.
B- De plus, ce mur devrait aussi faire disparaître d’anciens sites religieux.
C- Le mur va séparer Aboud des villages environnants, ce qui aura un impact social, sanitaire et scolaire à cause de la position centrale d’Aboud au sein des autres villages.
D- Ce mur va confisquer aussi de larges étendues de pâturages aux cultivateurs et aux bergers.

3- Ce mur va empêcher le développement du village et l’extension des zones de construction en dépit de la croissance naturelle de la population. En conséquence, un certain nombre d’habitants seraient obligés de quitter le village.

4- Nous pensons que le but de ce mur est en fait de faire passer sous contrôle israélien la nappe phréatique d’Aboud qui est connectée à 20% de la nappe phréatique de Cisjordanie.

5- La construction de ce mur aura un impact négatif non seulement sur la nature et l’environnement, mais aussi sur la population et sa santé psychologique.

6- Pour toutes ces raisons, nous allons résister contre ce projet par tous les moyens légaux et médiatiques. Nous organiserons aussi des manifestations pacifiques de protestation.

7- Notre refus de ce mur est total, sachant qu’en plus il est illégal et condamné par les conventions internationales. (…)

http://www.protection-palestine.org/impression1828.html

  • Réfugiés - nakba - colonies

Tessons de mémoire, de Gidéon LEVY

C’est la région d’Israël la plus vide d’Arabes : elle a été la scène d’un nettoyage ethnique total qui n’a laissé aucun vestige à part des tas de ruines et les buissons d’épines.

Dans la plaine côtière, entre Jaffa et Gaza, pas un village palestinien n’est intact.

Maintenant, les colons du bloc de Gush Katif à Gaza vont être amenés ici.

Par une tragique ironie du sort, les colons qui ont semé la ruine et la destruction à Gaza vont vivre maintenant sur les ruines des maisons des habitants qui étaient leurs invisibles voisins dans les camps de réfugiés.

Une fois de plus, ils ne verront rien. De Gush Katif, ils n’ont rien vu de la dévastation qui a ravagé Khan Yunis et ses camps de réfugiés.

Et dans la région de Nitzanim, ils ne verront rien du riche tissu de vie qui exista ici et a été détruit. Il a été entièrement effacé de la face de cette terre (l’éternité n’est que poussière et terre).

Seuls les squelettes de quelques belles maisons, qui restent encore, des tas de pierres, des vergers et des barrières naturelles composées de buissons d’épines, restent, témoignages muets au milieu de bosquets d’eucalyptus, des nouvelles colonies et des vergers qui ont été plantés sur les lieux de cette destruction.

De la route d’Ashdod-Ashkelon, on peut voir quelques-unes de ces ruines, mais qui y fait attention ?

Quand on file sur l’autoroute, qui se demande ce que sont ces maisons, ce qu’il y avait ici et où sont passés les anciens habitants ?

Il n’y a ni mémorial ni monument. Pas de poteaux indicateurs et aucun signe pour rappeler les dizaines de villages qui ont été rasés.

Dans le moshav (collectif de production) Mavki’im, sur les ruines du village de Barbara, dans un bosquet où des dizaines de bulldozers et de camions s’activent en ce moment à préparer le sol pour les évacués, nous trouvons finalement un monument entre les arbres : “Ici repose notre chien bien-aimé Mozart Hanin, bénie soit sa mémoire - 1991-2003″.

Au centre du Kibboutz Zikim du mouvement de gauche “Kibbutz Haartzi”, il y a un panneau près d’une demeure palestinienne : “Danger, ne pas approcher”.

Avec l’image d’une tête de mort, pour orner l’affiche, tant la mémoire est menaçante.

Haaretz, 3 juin 2005 http://www.ism-suisse.org/news/article.php?id=2970&type=analyse&lesujet=Réfugiés

Bissan
(interprété par Fairuz)

Nous avions, il y a longtemps,
Un beau verger et un village ombragé.
Avril y dormait à l’ombre.
Notre village s’appelait Bissan.
Emportez-moi à Bissan,
Vers mon village d’hiver.
Là, la tendresse inonde ses abords gris.
Emmenez-moi vers les midis,
Vers la sieste devant ma porte.
Là, le malheur s’est déployé.
J’embrasse le silence de la poussière de la terre.
Je me souviens, ô Bissan,
La plaine de jeu de mon enfance,
Ton ombre timide et tout ce qui y était,
Une porte et deux fenêtres,
Notre maison à Bissan.
Emportez-moi avec les chardonnerets
Vers l’ombre éplorée
Des nuées de ceux qui reviennent
Parlant de leur nostalgie.
Emportez-moi vers Bissan.

pour écouter la chanson :

Pour une photo du village avant 1948 :

http://www.palestineremembered.com/Baysan/Baysan/Picture8597.html

Poème pour ne pas oublier  de Toufik Zayad*

Je graverai le numéro de chaque parcelle

de notre terre violée

et l’emplacement de notre village et ses limites

et ses maisons qu’ils ont dynamitées

et mes arbres qu’ils ont déracinés

et toutes les fleurs sauvages qu’ils ont arrachées

afin de me souvenir.

Je graverai inlassablement

toutes les saisons de mes douleurs

toutes les saisons de l’infortune

de la graine

à la coupole

sur l’olivier

dans la cour de ma maison.

*Grand poète de Galilée, ancien député-maire communiste de Nazareth, Toufik Zayad est décédé accidentellement en 1994 sur la route de Jéricho, où il venait de rencontrer Yasser Arafat tout juste de retour dans cette première enclave autonome.

http://www.humanite.presse.fr/popup_print.php3?id_article=415912

Occupation

Hébron : Les soldats sur les toits, témoignage recueilli par Médecins sans frontières, 5 juillet 2003.

“Notre maison est occupée depuis 5 ans, depuis qu’un colon a été tué par ici.

Mon mari a un travail maintenant, mais c’est loin alors parfois il ne peut pas rentrer à la maison. Parfois il peut aller travailler sans problème, parfois ils lui crient de s’arrêter, ça dépend… Il faut impérativement qu’il rentre avant 16h00, sinon il est bloqué. Quand ça lui arrive, il va chez ses parents et téléphone pour nous dire qu’on va être seuls et de bien fermer les portes et les fenêtres.

Personne ne vient plus nous voir ici, c’est trop difficile. Les soldats nous ont coupé l’eau, le téléphone, ils urinent d’en haut, ça atterrit sur le balcon. Ils jettent leurs ordures partout. Un jour, je suis sortie vider les poubelles, les soldats ont voulu me prendre les clés de la maison, ils m’ont dit de ne plus sortir. On ne peut plus prendre la route qui mène à la maison car les colons y ont attaché des chiens (…) Alors on est obligés de prendre l’autre chemin, c’est difficile, surtout quand on rapporte les courses ou les bombonnes de gaz pour faire la cuisine. Une des voisines avait des problèmes pendant sa grossesse, elle n’a pas pu aller à l’hôpital pour accoucher car c’était le couvre-feu.

Il y a eu un couvre-feu pendant les examens, mes enfants n’ont pas pu aller jusqu’à l’école ; alors ils sont allés à la mosquée pour y passer leurs épreuves. Un de mes fils devait être diplômé avant l’Intifada, mais depuis, avec les couvre-feux, il a beaucoup manqué l’école. Ca marche moins bien pour lui que pour ses frères et soeurs. Ici, les enfants jouent à l’intérieur, ils ne sortent pas, même pas dans le jardin parce qu’il y a une colonie qui est en train de se construire à côté et ils jettent des parpaings, des blocs de pierre. Les fenêtres de l’école de ma fille donnent sur une colonie et un check-point. Parfois, il y a des tirs, des fumigènes qui tombent dans les classes, il faut alors évacuer les enfants mais c’est dangereux parce que ça les expose aux tirs. Les élèves ne peuvent pas se concentrer, ils ne sont jamais tranquilles. Dans de telles conditions, comment bien travailler à l’école ? Il leur faut redoubler d’efforts.”

Occupation - économie -  violence

Lettre de Rachel CORRIE*

Février 2003

Maman,

Je t’aime. Tu me manques vraiment. J’ai de mauvais cauchemars, avec des tanks et des bulldozers autour de la maison et toi et moi à l’intérieur.

J’ai vraiment peur pour les gens d’ici. Hier, je regardais un père conduire par la main ses deux petits enfants dehors, en plein dans le champ de vision des tanks, d’une tour de tireur, des bulldozers et des Jeeps, parce qu’il pensait que sa maison allait être dynamitée. (…)

C’est dans ce même secteur que dimanche, environ 150 hommes ont été regroupés et maintenus hors du camp sous la menace des fusils au-dessus de leur tête et tout autour d’eux, tandis que les tanks et les bulldozers détruisaient 25 serres - le gagne-pain de 300 personnes. J’étais terrifiée à l’idée que cet homme croyait qu’il courait moins de risque à marcher dehors dans la visée des tanks avec ses enfants que s’il était resté chez lui. J’étais absolument effrayée à l’idée qu’ils pourraient être abattus et j’ai essayé de me tenir entre eux et le tank.

Ca arrive tous les jours, mais ce père-là marchant dehors avec ses deux petits, et paraissant terriblement triste, a simplement attiré plus mon attention, à cet instant particulier.

J’ai beaucoup réfléchi à propos de ce que tu as dit sur la violence palestinienne qui n’aide pas la situation. Six mille travailleurs de Rafah travaillaient en Israël il y a deux ans. Maintenant il n’y en a plus que six cents. Sur ces six cents, beaucoup ont déménagé parce que les trois check-points entre ici et Ashkelon (la ville la plus proche en Israël) font qu’au lieu de 40 minutes de trajet, c’est devenu maintenant un voyage de douze heures ou alors impossible. De plus, ce que Rafah considérait en 1999 comme ses sources de croissance économique est complètement détruit - l’aéroport international de Gaza (pistes détruites, totalement fermé) ; les frontières pour le commerce avec l’Egypte (maintenant il y a une tour israélienne de tireurs d’élite au beau milieu du passage) ; l’accès à la mer (complètement barré au cours des deux dernières années par un check-point et la colonie de Gush Katif). Beaucoup de maisons ont été détruites à Rafah depuis le début de l’Intifada et un grand nombre de gens n’ont pas de lien avec la résistance mais il se trouve qu’ils vivent près de la frontière. Je crois qu’on peut dire officiellement maintenant que Rafah est l’endroit le plus pauvre du monde.

Nous recevons aussi des témoignages que, dans le passé, des cargaisons de fleurs gazaouites à destination de l’Europe ont été retardées pendant des semaines au passage d’Erez pour inspections de sécurité. Tu imagines sans mal la valeur de fleurs coupées vieilles de deux semaines pour le marché européen, si bien que ce marché s’est tari. Et alors, les bulldozers arrivent et enlèvent aux gens les jardins et les vergers. Qu’est-ce qui reste aux gens ? Dis-moi si tu as une réponse. Moi pas. Si chacun de nous voyait sa vie et son bien-être complètement entravés, vivait avec ses enfants dans un endroit réduit où nous saurions, de notre expérience antérieure, que les soldats, les tanks et les bulldozers peuvent arriver n’importe quand et détruire toutes les serres que nous avons cultivées depuis si longtemps, et faisaient cela tandis que certains d’entre nous seraient battus et tenus en captivité avec 149 autres personnes pendant des heures - penses-tu que nous pourrions essayer d’utiliser des moyens quelque peu violents pour protéger le peu de miettes qui nous resteraient ? J’y pense surtout quand je vois les vergers, les serres et les arbres fruitiers détruits - juste des années de soins et de culture. Je pense à vous et combien c’est long de faire pousser les choses et quel travail d’amour cela représente. Je crois vraiment que dans une situation similaire, la plupart des gens se défendraient du mieux qu’ils le pourraient. (…)

*Jeune pacifiste américaine morte écrasée par un bulldozer alors qu’elle tentait de s’opposer à la destruction d’une maison à Rafah.

http://www.europalestine.com/article.php3?id_article=645

Journalisme - colonies - désengagement de Gaza

Comment couvrir le désengagement de Gaza ? de Jonathan COOK, journaliste britannique basé à Nazareth. Commentaire qu’il aurait aimé envoyer aux rédacteurs en chef s’ils lui avaient demandé de couvrir l’événement (2005)

Selon vos termes, vous voulez que mes reportages se concentrent sur le côté humain des colons, qu’ils décrivent la confrontation traumatisante entre un colon et un soldat - ou “un Juif combattant un Juif” comme vous le notez - et qu’ils aident le lecteur “à comprendre l’immense sentiment de perte des colons qui sont expulsés de leurs maisons”.

Bien que j’essaye, je ne peux pas voir cela comme une véritable catastrophe.

Il n’y a aucune signification religieuse ou historique à Gaza pour le peuple Juif.

Au lieu de cela, les colons ont été placés là en tant qu’élément d’une campagne de colonisation organisée par l’Etat dont eux et leurs leaders connaissaient l’illégalité en vertu du droit international.

Leurs maisons et leurs serres n’ont-elles pas déplacé un nombre de plus d’un million de Palestiniens de Gaza, un nombre substantiel de personnes déjà réfugiées suite à l’agression militaire israélienne au cours des guerres de 1948 et de 1967 ?

Et, en prenant 40% de la terre de Gaza, ces quelques milliers de colons n’ont-ils pas également pris la majeure partie de l’eau des Palestiniens ?

N’oublions pas qu’Israël avait parlé de négociations de « terre contre paix » pendant des décennies. De quelle terre les colons de Gaza imaginaient-ils que l’on parlait si ce n’était de la leur ? Pendant le processus d’Oslo, Israël a également parlé de concessions douloureuses qui devraient être faites dans un accord de statut final. Où auraient pu commencer ces concessions si ce n’est à Gaza ?

Donc, les colons ont toujours su que ce jour viendrait.

Pendant ce temps, les colons s’en sont bien sortis de leurs années à Gaza.

Ils ont tiré bénéfice de la terre et des maisons extrêmement bon marché, des subventions d’Etat pour leurs grandes entreprises agricoles, de l’eau bon marché et abondante et du travail de quasi-forçat des Palestiniens et des ouvriers étrangers dans leurs serres.

De l’Etat, ils ont apprécié des décennies de crédits d’impôts, d’hypothèques réduites et des privilèges pédagogiques pour leurs enfants.

Et maintenant, quand ils sont rapatriés en Israël, ils obtiennent de nouveau tous ces avantages et plus, y compris une compensation financière substantielle et de jolies nouvelles maisons à proximité dans le Néguev.Je ne vois pas ce qu’est leur grande perte.

Suggérer que j’examine la nature du traumatisme des colons ne me semble pas plus raisonnable que lorsqu’un rédacteur m’a demandé, il y a 15 ans, d’écrire sur la “douleur” des Sud-africains blancs devant la mort imminente de l’apartheid.

“Ecrivez sur tous ces Sud-africains désespérés qui devront creuser bien plus profond pour payer le nettoyage de leurs piscines. Trouvez-nous un cadre moyen blanc qui redoute le jour où il devra prendre ses ordres d’un patron noir. Et qu’en sera-t-il de la baisse des valeurs immobilières quand la première famille noire viendra habiter la maison d’à côté ? Parlez-nous de la détresse de ces familles blanches.”

http://www.ism-france.org/archives/article.php?id=3393&fil=%&lesujet=%&lauteur=Jonathan%20Cook&lelieu=%&debut=0000&fin=9999&debutMois=01&finMois=12&leMois=

Antisionisme - antisémitisme

Communiqué de l’EJJP (European Jews for a Just Peace), janvier 2006.

Une campagne est actuellement menée en Allemagne et en Autriche par certains groupes (y compris des groupes juifs) contre des personnes qui ont légitimement critiqué l’occupation israélienne des terres palestiniennes. Cette campagne, qui vise autant des Juifs que des personnes d’autres origines, est totalement inacceptable. Israël n’est pas moins sujet à la critique que n’importe quel pays qui viole les droits humains. Des individus et des groupes pacifistes en Israël même reconnaissent ce fait, comme bien d’autres de par le monde.

Si des intellectuels des pays les plus étroitement associés à des génocides sont forcés au silence du fait de pressions exercées sur eux ou sur ceux qui leur donnent la parole, nous craignons que les générations futures nous accusent à juste titre d’avoir cédé à ces pressions et de nous être tus sur les crimes de guerre en Palestine. On ne peut qualifier d’antisémite une critique légitime d’Israël, qui cible la politique de ce dernier contre la population palestinienne, que ce soit dans les territoires occupés ou bien en Israël même.

Une telle accusation fait un usage délibérément faux du terme, dans le but d’éveiller la peur de l’antisémitisme plutôt que de l’affaiblir. Cela revient à étouffer la liberté d’expression.

Les Juifs européens pour une paix juste, qui sont des citoyens d’Europe, rejettent cette tentative de faire taire et de supprimer des critiques justifiées de l’occupation en ayant recours à l’accusation redoutée d’antisémitisme. Nous insistons sur l’exercice de nos droits et des droits de ceux qui ont le courage de s’élever contre l’injustice, où qu’elle se produise.

http://www.ujfp.org

Hamas - démocratie - occupation - Europe

Punir les innocents est un crime, de Jimmy CARTER, publié dans le New York Time le 1er juin 2006 et traduit.

Des Palestiniens innocents sont traités comme des animaux sous le prétexte qu’ils auraient commis un crime. Parce qu’ils ont voté pour des candidats qui sont membres du Hamas, le gouvernement des États-Unis soutient activement un plan apparemment efficace qui prive la population palestinienne de revenus, de contacts avec le monde extérieur et des moyens de survie.

Il s’agit en général d’enseignants, d’infirmières, de travailleurs sociaux, d’officiers de police, de familles de paysans, de commerçants, de leurs employés et de leurs familles, qui n’aspirent qu’à une vie meilleure. Les sondages après les législatives de janvier montrent que 80% des Palestiniens souhaitent toujours un accord de paix avec Israël fondé sur les promesses de la Feuille de route. Bien que les membres du Fatah aient refusé de participer avec le Hamas à un gouvernement de coalition, près de 70% des Palestiniens continuent d’apporter leur soutien au chef du Fatah, Mahmoud Abbas, leur président.

C’est presque un miracle que les Palestiniens aient pu organiser, ces dix dernières années, trois élections, toutes trois honnêtes, équitables, sans violence, et dont les résultats ont été acceptés par les gagnants et par les perdants. Sur les soixante-deux élections supervisées par le Centre Carter, elles furent de celles qui reflètent le mieux la volonté du peuple. Une des raisons évidentes de l’étonnante victoire du Hamas à ces législatives a été que les électeurs désespèrent des perspectives de paix. Avec l’assentiment américain, les Israéliens se refusent depuis plus de cinq ans à toute négociation sérieuse, quel que soit l’interlocuteur choisi pour représenter la partie palestinienne.

Le lendemain du jour où son parti a perdu les élections, Abbas m’a expliqué qu’il était impossible à son gouvernement, faute de moyens, d’arriver à un équilibre financier, alors que la vie quotidienne des Palestiniens et leur économie étaient déstabilisées, et que l’accès de la Palestine à Israël et au monde extérieur lui était presque totalement interdit. Son gouvernement avait déjà 900 millions de dollars de dettes et était dans l’impossibilité de payer le salaire des fonctionnaires pour le mois à venir. Les contraintes supplémentaires imposées au nouveau gouvernement étaient une catastrophe délibérément planifiée pour les citoyens des Territoires, dans l’espoir que le Hamas céderait à la pression économique.

Quoi qu’on puisse leur reprocher, les dirigeants du Hamas ont respecté depuis dix-huit mois une trêve temporaire, une « houdna » , et leur porte-parole m’a indiqué que cette trêve « pouvait être prolongée de deux ans, dix ans ou même cinquante, si les Israéliens faisaient preuve de réciprocité ». Bien que les dirigeants du Hamas refusent de reconnaître l’État d’Israël tant que leurs territoires sont occupés, le Premier ministre Ismaïl Haniyeh a donné publiquement son agrément à des négociations de paix entre Abbas et le chef du gouvernement israélien Ehoud Olmert. Il a ajouté que si ces négociations aboutissaient à un accord acceptable par les Palestiniens, la position du Hamas à l’égard d’Israël changerait.

Quelle qu’ait été sur le long terme la complication de ces relations politiques, il est inacceptable qu’Israël, les États-Unis et d’autres pays sous leur influence continuent de punir un peuple innocent et déjà persécuté. Les Israéliens bloquent environ 55 millions de dollars par mois de taxes et de droits de douane qui appartiennent sans contredit aux Palestiniens. Bien que certains pays arabes aient alloué des fonds à des fins humanitaires pour soulager les souffrances humaines, le gouvernement américain menace l’existence financière de toute banque, jordanienne ou autre, qui oserait transférer cette aide à la Palestine.

Il est impossible de prévoir ce qui se passera en Palestine, mais il serait tragique que la communauté internationale renonce à l’espoir que soit possible une coexistence pacifique de deux États en Terre sainte. Comme l’Égypte et tous les autres pays arabes avant les Accords de Camp David de 1978, et l’Organisation de libération de la Palestine avant les Accords d’Oslo de 1993, le Hamas a jusqu’ici refusé de reconnaître la légitimité de l’État d’Israël, avec le droit de vivre en paix.

C’est un grand sujet d’inquiétude pour nous tous, et la communauté internationale doit chercher un moyen acceptable de sortir de ce bourbier. Il ne fait pas de doute qu’Israéliens et Palestiniens veulent une solution de deux États, mais priver le peuple palestinien de ses droits humains fondamentaux uniquement pour punir leurs dirigeants élus n’est pas le chemin de la paix.

http://www.palestine-solidarite.org/debat.Jimmy_Carter.010606.htm

Sémantique - médias - colonies - sionisme

Le vocabulaire utilisé par le gouvernement Olmert évolue avec sa politique de retrait.

Sémantique subtile en Israël, deMichael ILLOUZ et Jean-Marc PILLAS

Le nouveau gouvernement Olmert a effectué un subtil glissement sémantique, passé presque inaperçu, dans la politique de retrait unilatéral des territoires palestiniens occupés entamée par Ariel Sharon.

Quand le démantèlement des colonies juives et des bases de l’armée israélienne dans la bande de Gaza n’était encore qu’un projet, le gouvernement Sharon le désignait par le mot hébreu Hipardout, littéralement en français «séparation», l’adjectif «unilatéral» n’étant que sous-entendu. A l’approche de l’évacuation en août 2005, le mot hébreu Hitnatkout, en français «coupure», lui fut préféré. La subtile nuance entre ces deux mots réside dans le caractère définitif, irréversible et unilatéral de la «coupure». La simple «séparation» n’interdisant en rien le maintien de contacts ou relations entre les deux parties séparées, la «coupure» impose l’idée d’une rupture totale des liens quels qu’ils soient.

Si la presse israélienne a largement repris à son compte ces deux expressions successives, la presse étrangère leur a préféré celle de «retrait unilatéral», plus conforme au vocabulaire international onusien utilisé dans ses recommandations ou résolutions. Il va sans dire que la sémantique israélienne ne pouvait se satisfaire d’un terme associé à l’idée de retraite, voire de défaite.

Aujourd’hui, concernant cette fois son plan de retrait partiel de la Cisjordanie, le nouveau Premier ministre israélien, Ehud Olmert, parle d’un plan d’Hitkansout, en français «regroupement». En choisissant d’utiliser le terme «regroupement», le gouvernement Olmert ne s’adresse plus aux Palestiniens dont Israël se «séparerait» ou se «couperait», mais aux Israéliens qui doivent «se regrouper».

Plusieurs éléments concourent à ce glissement de sens. En tout premier lieu, la Cisjordanie n’est pas la bande de Gaza. Huit mille colons israéliens résidaient dans ce territoire palestinien ; deux cent douze mille colons sont installés en Cisjordanie dont plus de trente-cinq mille pour la seule colonie de Maale Adoumim. Le projet de «regroupement» concerne la plupart des moyennes et petites colonies, les grands blocs comme Ariel, Gouch Etzion ou Maale Adoumim restant en l’état. Les justifications bibliques des colons de Cisjordanie sont une des légitimités communément reconnues par Israël, en tout cas jusqu’à aujourd’hui. Or, peu ou prou, l’essentiel des colonies de Cisjordanie promises à l’évacuation sont habitées par des religieux, inspirés par cette «légitimité biblique». Excepté le noyau dur d’Etzion, les résidents des grands blocs de colonies sont des colons «économiques».

Un an après le retrait israélien de Gaza, la société israélienne n’en finit pas de panser ses plaies : ces blessures relèvent de l’identitaire. En 1967, les territoires occupés prolongent la nouvelle souveraineté israélienne vers des régions au statut compliqué et l’identité nationale vers un passé messianique. Car c’est dans ces villes bibliques (Jérusalem, Hébron, Bethléem, Naplouse) que les prophètes ont annoncé le retour d’Israël sur sa terre. Dans l’Etat hébreu, il faut choisir : être juif ou israélien.

Le juif se déterminerait donc tout d’abord à l’échelle collective et loin de cet enracinement biblique porteur d’une identité fossile. «Séparons-nous de ces territoires», affirment massivement les Israéliens. Mais le mot n’est pas assez fort, un couple séparé ne continue-t-il pas à partager des souvenirs communs ? Non, il faut se couper de ces territoires comme l’on tranche un membre gangrené, sans espoir de greffe future.

Sur le terrain, comme l’avait prédit l’ancien chef d’état-major israélien, le Hamas prend le pouvoir et les missiles continuent de tomber sur le territoire israélien. Les renseignements militaires prévoient un «tsunami du jihad islamique mondial». Au sein même de la société israélienne, des pans entiers du sionisme religieux remettent en question leurs relations avec l’Etat. Après le retrait de Gaza, Israël ressent toujours les démangeaisons de ce membre fantôme.

Le prochain retrait de Cisjordanie ne peut donc plus être abordé dans une perspective de «séparation» : chassez les territoires, ils s’incrustent au galop. Pour la Judée et la Samarie (=la Cisjordanie), les Israéliens se «regrouperont» car l’Israélien est fruit du juif. Le moment est venu de se retrouver, juifs des collines et Israéliens de la plaine côtière, juifs de l’éternité et Israéliens du présent. Comme si le biblique justifiait malgré tout le politique. Mais ce couple-là n’est-il pas désormais incestueux ? Qu’il s’agisse de «séparation» des territoires ou de «regroupement» ethnique, l’irréversible semble avoir été accompli. Ce glissement sémantique de «séparation» à «regroupement» en passant par «coupure» est d’autant plus subtil qu’il n’évoque en rien une autre «séparation», celle des Palestiniens de la Cisjordanie coupée en trois parties du fait de l’annexion de facto des grands blocs de colonies et du maintien d’une partie de l’armée israélienne.

Tous les glissements sémantiques israéliens sont loin d’être aussi subtils si l’on en juge par cette nouvelle dénomination de «communauté juive» employée par les porte-parole militaires israéliens pour désigner ce que les journalistes anglo-saxons appellent settlement («implantation») et les journalistes latins «colonies».

Libération, mardi 13 juin 2006

Prisonniers

Derrière les barreaux de l’occupation israélienne, de Pierre BARBANCEY, L’Humanité, 16 avril 2004.

« Celui qui vit une expérience d’emprisonnement sait combien elle est longue et dure, mais il sait aussi qu’il n’y a pas de place pour le désespoir. Lorsque je témoigne aujourd’hui après ces vingt-sept ans de prison, je vois une situation complète avec deux faces : un état de sauvagerie, de sadisme et de répression, représenté par le geôlier, et un autre état représenté par le prisonnier palestinien qui a réussi à maintenir son existence en tant qu’être humain, à préserver son identité en tant que combattant et qui fait face à ces conditions en les transformant en une véritable école révolutionnaire. Cette longue période ne m’a pas épuisé, bien que la fatigue soit une donnée humaine, il est probable que j’affiche de la fierté en niant cela, mais la fatigue est relative, car si je suis fatigué de la prison, cela ne signifie pas que je suis fatigué de porter ma cause et ma conviction qui m’ont mené en prison, j’ai encore l’énergie pour continuer. Nous, en tant que peuple, nous n’avons pas beaucoup le choix, la question est d’être ou ne pas être, ou bien nous poursuivons avec le même état d’esprit, ou bien nous tombons et nous finissons, en tant qu’êtres humains et en tant que cause. » Ainsi parle Saïd Wajih Atabeh, le plus ancien prisonnier palestinien. Cela fait vingt-sept ans et huit mois qu’il est détenu.

http://www.humanite.presse.fr/popup_print.php3?id_article=460446

Prisonniers - justice militaire

L’occupant définit les règles et juge, de Amira HASS, Haaretz 23 août 2006,  trad. M. GHYS

Lorsqu’un Palestinien tue un Israélien - soldat ou civil - son nom, sa photo et les détails de son acte d’accusation seront aussitôt diffusés. Il sera automatiquement condamné à la prison à vie et le chef de son gouvernement ou le dirigeant de son organisation sera tenu pour responsable et pourra dès lors être la cible d’une arrestation ou d’un attentat. Les soldats qui tuent des civils palestiniens s’abritent sous le large tablier de l’armée d’occupation. Leurs noms ne seront pas connus du public et leurs commandants ainsi que le chef de leur gouvernement ne seront pas tenus pour responsables.

Les détenus palestiniens sont conduits devant un tribunal militaire : cette même structure militaire qui occupe, détruit, opprime la population civile, décrète que résister à l’occupation - y compris par des manifestations populaires ou en hissant des drapeaux, et pas seulement en tuant ou en transportant des armes - constitue un crime. C’est cette même structure militaire qui lance des poursuites judiciaires et qui juge. Ses juges sont dévoués aux intérêts de la défense de l’occupant et du colon.

Chaque Palestinien est soi-disant jugé, condamné et emprisonné en tant qu’individu ayant commis un acte criminel. Mais une discrimination flagrante dans les conditions de détention démontre que le prisonnier de sécurité palestinien est puni non pas à titre individuel mais comme représentant d’un groupe, dans le cadre de l’oppression générale à l’encontre de celui-ci. En violation du droit international, une majorité décisive des prisonniers et détenus palestiniens ne sont pas emprisonnés en territoire occupé mais en Israël. Contrairement à la légende, Israël ne respecte pas le droit à des visites, fixes et régulières, par les familles. L’armée fait tout ce qu’elle peut pour désorganiser l’aménagement des visites, par diverses justifications techniques et sécuritaires. Seuls des proches au premier degré (parents, frères, sœurs et enfants) sont autorisés à rendre visite aux prisonniers mais des centaines d’entre eux n’ont eu droit à aucune visite depuis plusieurs années. Le droit d’utiliser quotidiennement un téléphone est accordé aux prisonniers de droit commun, même les plus dangereux d’entre eux, mais est refusé aux prisonniers de sécurité palestiniens, dont des civils et des habitants d’Israël. Et cela, pour des motifs de sécurité à la fois vagues et non convaincants avancés par les services de sécurité qui disposent de systèmes d’écoute perfectionnés et efficaces. Le chemin de la réduction de peine et de l’amnistie s’ouvre devant le Juif (en particulier si c’est un colon) et est presque hermétiquement fermé devant le Palestinien.

http://www.france-palestine.org/imprimersans.php3?id_article=4474

Prisonniers - détention administrative - crainte d’expulsion

CRAINTES D’EXPULSION

Walid Hanatche, un Palestinien qui était en détention administrative depuis plus de trois ans et demi sans inculpation ni jugement, a été libéré le 21 décembre. Il ne risque plus d’être expulsé du territoire.

Walid Hanatche avait été arrêté en mai 2002. Les autorités n’ont jamais indiqué les motifs de son interpellation, ni à lui ni à son avocat. À la fin du mois de septembre 2005, l’armée israélienne a annoncé à Walid Hanatche que le dernier ordre de détention administrative, prévu pour une durée de trois mois et arrivant à expiration, allait être renouvelé, à moins qu’il n’accepte de quitter la Cisjordanie pour au moins deux ans. Après son refus, l’ordre a effectivement été renouvelé, et ce pour la quatorzième fois et pour une période de trois mois. L’avocat de Walid Hanatche a formé un recours devant la Cour suprême, cependant, avant que cette instance ne rende son jugement, l’armée israélienne a fait savoir qu’il serait libéré après l’expiration du dernier ordre de détention administrative prononcé contre lui.

Aucune action complémentaire n’est requise de la part des membres du Réseau Actions Urgentes.

Un grand merci à tous ceux qui sont intervenus en faveur de cet homme.

Informations complémentaires sur l’AU 278/05 (MDE 15/052/2005 du 21 octobre 2005)

Israël et Territoires occupés : Walid Hanatche(h)

Londres, le 6 janvier 2006

http://www.amnestyinternational.be/doc/article6714.html

Economie - colonialisme

La parabole du cornichon ou comment apprendre le colonialisme sur un pied, de Yossi SARID, ancien ministre et ancien secrétaire général du parti Meretz, Haaretz, 14 juin 2006

J’aurais pu rappeler l’image de ce père palestinien, tentant de protéger son fils Mohammed des tirs des snipers aveuglés par les projecteurs. Mon fils, mon fils, si seulement j’avais pu donner ma vie pour toi. Et j’aurais pu rappeler cette image, vue ce week-end, de la petite Huda, pleurant sa famille morte, et sa voix, sur la plage : “Père, Père, où est-tu ?” et son père, muet, les yeux déchirés. Et j’aurais pu appeler des milliers de témoins vivants et morts pour témoigner de leurs fins soudaines. Mais, au lieu de tout cela, j’ai choisi une histoire qui raconte la banalité de l’occupation, sans sang et sans larmes.

Il y a de nombreuses années, avant la première Intifada, des connaissances palestiniennes de Ramallah me demandèrent de l’aide. Ils souhaitaient avoir l’autorisation de monter une usine de production de cornichons. Ils s’étaient adressés aux autorités, mais n’avaient pas reçu de réponse. Je promis d’aider. Pourquoi pas ? Ils investiraient et emploieraient quelques dizaines de personnes et feraient du profit. Je m’adressai à l’Administration civile, qui m’envoya sur les roses, moi aussi.

“Tu es fou ?”, me demanda-t-on dans cette administration, “s’ils montent cette usine, c’est toute notre industrie de cornichons qui va faire faillite”. L’occupation n’est même pas prête à renoncer au cornichon.

Alors, je compris. Comment ne pas comprendre, d’ailleurs, toute la doctrine du colonialiste alors qu’il se tenait devant moi sur un pied ? C’était cela, le colonialisme, dans tout son parasitisme délibéré et mauvais, et cette histoire vaut pour les jours que nous connaissons, entre des négociations qui n’auront pas lieu et une convergence vers des blocs qui ne résoudront rien.

Quand comprendrons-nous que seules les lignes de 1967 sont les frontières qui défendront l’Etat juif et démocratique de la bestialité ? Et qui, à part nous, se souciera de notre bestialité ? Ou alors, peut-être que désormais, nous nous en fichons ?

http://www.lapaixmaintenant.org/article1295

Les civils

On tire, on touche, de Shahar GINOSSAR, supplément « 7 jours » du Yediot Aharonot du 16 septembre 2005

« Mon équipe a tué six personnes innocentes ou présumées innocentes », dit R. commandant d’une unité d’élite de parachutistes. « On en riait et on leur donnait des noms de code : le boulanger, la femme, l’enfant, le vieux, le tambour. Pour certains, c’était par erreur, mais comme je vois la chose, ils ont simplement été exécutés sur ordres illégaux. »

« Il y avait beaucoup de nuits où nous recevions des ordres selon lesquels toute personne qu’on voyait dans la rue entre deux et quatre heures du matin, peu importe qui, encourait la mort. C’étaient exactement les mots. (…)

« Nous avons installé aux fenêtres des positions de tir et nous avons attendu. Un des tireurs d’élite a repéré un homme sur un toit. A deux maisons de nous, à une distance de sept mètres, à deux heures du matin, un homme non armé marchait sur le toit. J’ai vu de mes yeux que l’homme n’était pas armé. C’est aussi le rapport que nous avons fait par radio. Et le commandant de compagnie a dit : “Descendez-le”. Comme ça, par radio, il a décidé ça. Vous pensez à ça, qu’aux Etats-Unis existe la peine de mort, qu’il y a mille recours, des condamnations et des juges. Ici, un homme de 26 ans, mon commandant de compagnie, a donné de loin l’ordre de tuer quelqu’un et le sniper a tiré et l’a tué. Le commandant de compagnie l’avait qualifié de “guetteur”. Mais c’est quoi, un guetteur ? D’où sait-il ce qu’il est ? Il ne le sait pas. »

Le suivant, ç’a été le boulanger. Nous sommes entrés dans la vieille ville de Naplouse et les consignes d’ouverture du feu, comme d’habitude, étaient que toute personne circulant en rue encourait la mort. Le commandant de l’équipe a dit que ça venait du commandant de régiment. Le prétexte était évidemment qu’il y avait des informations de la Sécurité générale [Shabak]. Vraiment. La Sécurité générale sait si Ahmed le boulanger ou Salim le menuisier doivent se lever pour travailler ? Nous sommes entrés suivant la procédure ” veuve de paille” - on entre dans une maison, on rassemble la famille dans une pièce et on installe des positions de tirs aux fenêtres. Le matin, nous faisons sortir des véhicules, comme appâts, dans l’espoir d’attirer les hommes armés et alors, on leur tire dessus. L’idée est de descendre les hommes armés.

« Cette nuit-là, nous avions pris une maison qui avait une excellente position et vers quatre heures du matin, le poste des tireurs d’élite a repéré un homme qui marchait en portant un sac. Moi, je l’ai vu dans la rue Jamia el-Kebir, portant un sac à la main. Je suis descendu pour faire rapport, et le tireur d’élite, mon copain, était de faction. J’ai fait rapport au commandant qui a fait rapport au commandant de compagnie. L’ordre a été : “Descendez-le”. C’est comme ça qu’un homme est tombé, à 70 mètres de chez lui. »

Traduction anglaise:

www.kibush.co.il/show_file.asp?num=8595

Réfugiés photos :

http://www.badil.org/Photos/galleries.html