Des agents du Shin Bet échappent aux poursuites judiciaires

Le sous-procureur général Yehoshua Lamberger a décidé de ne pas ouvrir d’enquête pénale contre deux agents du Shin Bet, qui auraient utilisé des méthodes d’interrogatoire interdites contre un détenu.

Le membre du Hamas Mahmoud Saweti a été arrêté en 2007 et accusé d’être le le dirigeant d’une cellule terroriste du Hamas qui avait abattu un agent de la police des frontières Yaniv Mashiah trois ans plus tôt. Saweti a avoué toutes les accusations et a été condamné à 22 ans en prison, dans le cadre d’une négociation de plaidoyer.

Toutefois, il est apparu plus tard que ses interrogateurs, des membres du Shin Bet connus sous le nom «Miguel» et «Abou Nadi», ont utilisé une extrême pression psychologique pour extraire ses aveux. Parmi les méthodes, deux membres de la famille Saweti ont été utilisés pour faire pression sur lui, a-t-il affirmé.

À une occasion, sa femme et son père ont été convoqués à une base militaire, soi-disant pour apporter à Saweti des vêtements propres. Le père a été contraint de porter un uniforme de la prison, et ils ont ensuite été introduits dans une cour, où ils ont été montrés à Saweti, pour lui faire croire qu’ils avaient été arrêtés en même temps.

Quelques jours plus tard, le père a été appelé à nouveau, photographié comme un prisonnier, et l’image a été montrée à son fils. Saweti n’a appris que c’était un stratagème que beaucoup plus tard.

En raison de la pression, Saweti a tenté de se suicider deux fois en prison, un psychiatre l’a examiné lui indiquant qu’il était traumatisé. Saweti alors interjeté appel devant la Cour suprême, exigeant que le Shin Bet cesse d’utiliser les membres de sa famille à l’interrogatoire. Le sous-procureur général Raz Nezri a déclaré en réponse que la pratique était illégale, et que son utilisation sera abandonnée.

« Le Shin Bet et le procureur général étaient tous les deux d’accord qu’il n’était pas approprié de faire quelque chose pour créer la fausse impression que le père de Saweti avait été détenu», avait écrit Nezri à l’époque.

Saweti a alors déposé une plainte auprès de l’ombudsman du Shin Bet. Il y a trois mois, le sous-procureur général Yehoshua Lamberger a déclaré que, bien que les interrogateurs aient agi de manière inappropriée, aucune enquête pénale n’aurait lieu.

Lamberger a expliqué que beaucoup de temps avait passé et que les règlements avaient depuis été clarifiés et réitérés. Saweti a interjeté appel devant la Cour suprême avec l’aide du Comité public contre la torture afin de contester la décision de Lamberger.

L’avocat de Saweti, Smadar Ben-Natan, a déclaré, « cette fois le bouclier de l’immunité du Shin Bet est fissuré. Lorsque les actes similaires sont commis, les gens doivent subir un procès et payer le prix.»

Le ministère de la Justice a déclaré en réponse que, suite à la plainte et à l’appel, les instructions sur la question ont été clarifiées et réitérées. « Ni la plainte ni les pétitions à la Cour suprême n’ont demandé tout autre recours que de faire une déclaration sur la méthode d’interrogation en général et d’interdire l’utilisation de cette méthode dans l’avenir », a précisé le ministère.

Levinson Chaim

jeudi 17 février 2011

Source : Haaretz

Traduction : Julien Masri

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.