Déporté par Israël mais pas découragé

Stefan Christoff raconte comment il s’est vu refuser l’accès aux Territoires Palestiniens Occupés du fait de son implication dans le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien. Loin de le décourager, le durcissement politique d’Israël vis-à-vis de la solidarité internationale lui donne de l’espoir.

Les colines du nord de la Palestine vue du sud Liban ©S.Christoff
Les colines du nord de la Palestine vue du sud Liban ©S.Christoff

Sous un ciel matinal dégagé, les collines dorées de la Palestine illuminent l’horizon. Approchant rapidement en taxi depuis Amman, en Jordanie, les paysages d’une beauté frappante sont perturbés par les nombreuses installations militaires israéliennes déployées au bord de la frontière de la Cisjordanie occupée.

Le Forum mondial sur l’éducation vient de débuter dans la ville occupée de Ramallah en Cisjordanie, où des milliers d’étudiants, enseignants et militants du monde entier se sont réunis pour exprimer leur soutien au droit des Palestiniens à l’éducation. Plus d’une cinquantaine de personnes sont venus du Québec (Canada) pour participer à la conférence, y compris plus de vingt membres de la Fédération nationale des Enseignantes et Enseignants du Québec (FNEEQ), un syndicat d’enseignants du Québec, et l’un des premiers syndicats majeurs, tant au Québec et plus largement au Canada, à soutenir la campagne mondiale croissante Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS).

Je m’étais déjà vu refuser l’entrée en Palestine en 2003 lorsque je prévoyais de rejoindre l’International Solidarity Movement. Ma deuxième tentative pour entrer en Palestine par les frontières terrestres contrôlées illégalement par les forces d’occupation israéliennes était motivée par mon implication dans le Forum mondial sur l’éducation mais aussi par mon désir de rejoindre en personne les militants de base palestiniens engagés dans la résistance populaire contre l’apartheid israélien.

Cette fois-ci au poste frontalier terrestre, immédiatement après l’entrée de mon nom dans l’ordinateur, des officiers israéliens m’ont dit d’attendre. Après un certain temps, j’ai été emmené dans une salle d’interrogatoire et interrogé sur ma participation à des activités de solidarité avec la Palestine, en particulier au mouvement BDS. Ils m’ont demandé les noms et numéros de téléphone de camarades en Palestine, en Jordanie, au Liban et ailleurs. Après six heures d’aller-retour entre les salles d’attente, les zones de détention et les salles d’interrogatoire, on m’a dit: « Vous ne serez pas admis à entrer en Israël ». Avec de multiples grands cachets israéliens rouge vif stipulant « Entrée refusée » apposés sur mon passeport, j’ai été mis dans un bus de retour vers Amman.

J’ai été déporté par le gouvernement israélien pour avoir exprimé publiquement mon soutien et ma participation au mouvement mondial grandissant pour les droits humains et la liberté des Palestiniens. L’expulsion accrue par Israël de témoins et de militants comme moi intervient alors que le mouvement de solidarité, y compris l’appel BDS prend de l’ampleur partout dans le monde.

Malgré la croissance de la collusion entre Israël et le gouvernement conservateur minoritaire à Ottawa, un mouvement populaire d’appui à la liberté des Palestiniens croît à travers le Canada. À Montréal, cinq cents artistes ont signé une lettre ouverte soutenant le boycott culturel contre le gouvernement israélien et de nombreux grands syndicats ont appuyé la campagne BDS. En Octobre, des centaines de personnes s’étaient réunies pour la première conférence BDS à l’échelle du Québec/Canada, soulignant l’émergence d’un mouvement social dynamique pour la justice en Palestine.

Cette dernière décennie, de nombreux militants de la solidarité internationale se sont rendus en Palestine pour être des témoins directs de l’apartheid. Ces visites de solidarité et ces délégations ont joué un rôle clé dans la construction de la solidarité internationale avec la Palestine.

En réponse, les forces d’occupation israéliennes ont bloqué les frontières et l’Etat a expulsé des centaines de militants pour la justice sociale afin de les empêcher de voir la réalité sur le terrain et de construire des liens de solidarité avec les Palestiniens qui résistent à l’occupation en Cisjordanie. Les forces d’occupation israéliennes ont également systématiquement empêché les dirigeants du mouvement de base palestinien de voyager à l’étranger et de raconter leurs histoires. Pendant ce temps, Israël a imposé des restrictions sévères à toute personne désirant entrer ou sortir de la bande de Gaza occupée – les Palestiniens comme les observateurs internationaux.

Il est certain que la politique d’Israël pour limiter l’accès des oreilles et des yeux internationaux va s’écrouler face à la fermeté et la résistance continue et quotidienne du peuple palestinien, soutenue par le mouvement mondial BDS. C’est donc avec espoir et inspiration que nous continuerons à marcher vers une Palestine libre.

Stefan Christoff est un musicien basé à Montréal, également journaliste et militant pour la justice sociale avec Tadamon! (http://www.tadamon.ca/ ).

Source : Electronic Intifada, 15 novembre 2010.
Traduction : NJO

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