De quoi le Hamas a vraiment peur ?

« Je souhaite que ces photos soient vues par les gens de gauche à l’étranger », mon amie s’est dit mardi, elle regardait la police du Hamas utilisant la crosse de leurs fusil et des matraques pour battre ses amis – les militants du Front populaire de libération de la Palestine. Même si mon amie n’a jamais été une fan du gouvernement du Fatah en Cisjordanie, elle est indignée de la vision romantique de la gestion du Hamas chez des militants étrangers.

Les photos de la manifestation de mardi seront difficiles à trouver, puisque la police du Hamas a empêché les photojournalistes de faire leur travail. À un certain moment, des coups de feu ont été tirés en l’air pour disperser les manifestants du FPLP à Gaza, une manifestation que le Hamas appelle un rassemblement illégal. De nombreux manifestants ont été blessés et ont eu besoin de soins médicaux, d’autres ont été détenus pendant un certain temps.

« Nous, les femmes n’avons pas été agressées par la police », m’a dit plus tard mon amie au téléphone. « Ils nous injuriaient ». Des blasphèmes, souvent des variations sur «putain», ont été accompagnés par des termes comme « marxiste », que la police considère comme une insulte. Ils n’ont pas besoin de savoir exactement ce que cela signifie – c’est un des mots terribles, comme athéisme, communisme et matérialisme dialectique. En d’autres termes, tous les termes qui n’expliquent pas le monde comme création de Dieu.

Le Hamas et le FPLP ont beaucoup en commun : l’opposition aux accords d’Oslo, la glorification de la lutte armée et l’opposition à des négociations directes avec Israël. Beaucoup de partisans du FPLP, en particulier les plus jeunes, sont aussi des croyants pratiquants. Mais en termes de vision sociale et de tempérament idéologique, les écarts semblent aussi larges que dans les années 1980, quand les Frères musulmans dirigeant la plupart de leurs attaques contre les « hérétiques », en particulier la gauche palestinienne, alors beaucoup plus forte qu’aujourd’hui.

De hauts responsables du Hamas font attention à leurs propos quand ils parlent avec les représentants de ce qui reste de la gauche, mais la véritable attitude transparaît dans le comportement des jeunes militants et des personnes placées plus bas dans la hiérarchie. Ils ne goûtent pas vraiment les faux-semblants et expriment ouvertement l’esprit de l’époque.

policiers à Gaza en 2007
policiers à Gaza en 2007

Mais ce n’était pas le marxisme qui a réuni environ 500 militants du FPLP à l’extrémité ouest de Omar al-Mukhtar, boulevard de la ville de Gaza, sur la place du Soldat inconnu, en face du Conseil législatif palestinien (ou ce qu’il en reste après l’opération « Plomb durci »). Les manifestants sont venus protester contre la crise de l’approvisionnement d’électricité à Gaza. Etait-ce un choix étrange pour une manifestation de la part d’une organisation politique ancienne, combattante, fière ? Pas dans la bande de Gaza.

Depuis le début de l’année, les résidents de la bande ont été victimes de coupures de courant régulières, qui durent plus de huit heures chaque jour. Entre 2006 et 2009, l’Union européenne a financé le fuel industriel utilisé dans la centrale électrique locale. En novembre 2009, il a été décidé, de concert avec le gouvernement de Ramallah, que l’Autorité palestinienne commencerait à payer pour le diesel, en plus de la facture d’électricité qu’elle paie à Israël.

Depuis lors, la quantité de carburant entrant dans la bande de Gaza n’a cessé de diminuer. Dans la première semaine du mois d’août, par exemple, seulement 812 006 litres de carburant diesel 23% de ce qui est nécessaire – est entré dans la bande. A Ramallah, ils affirment que la société de collecte des factures d’électricité à Gaza ne fait pas son travail correctement et / ou transfère une partie de l’argent dans les coffres du Hamas. Le Hamas dément. Ramallah dit aussi le Hamas joue sur la souffrance du peuple. Le FPLP, par sa protestation, affirme qu’il ne croit aucun côté et que la fourniture d’énergie est le jeu d’une rivalité politique.

Selon la loi palestinienne, les manifestations, les assemblées publiques et les réunions politiques n’ont pas besoin d’une autorisation des autorités. Les autorités doivent être informées pour être en mesure de gérer la circulation en conséquence. Le 5 août, le FPLP a déclaré la manifestation aux autorités de Gaza.

« Ils nous ont dit, il n’y a pas besoin de manifester parce que le problème a été résolu », a déclaré à Haaretz un militant. « Nous avons dit ce qui n’allait pas et que la crise était encore en cours. Nous avons eu des discussions avec le Hamas et le ministère de l’Intérieur. Ils ont insisté pour que nous ne manifestions pas. Nous avons insisté que nous le ferions. »

« Par pure coïncidence », une heure et demi avant notre manifestation, des femmes du Hamas sont venues en grand nombre au même endroit, avec des haut-parleurs, afin de manifester leur appui au gouvernement sur la question de l’électricité. Quand nous sommes arrivés, des centaines de policiers avec des matraques et des fusils nous attendaient, tandis que le chauffeur du camion qui transportait nos enceintes a quitté la place très rapidement, suite à une demande de la police », a déclaré le militant.

« Il avait été embauché uniquement pour cela et il avait peur. Après quelques frictions avec la police, notre représentant a dit quelques phrases brèves au sujet de notre position. Après cela, nous avons été dispersés violemment. » Certains de ces jeunes militants ont essayé de se défendre en poussant plus loin la police avec les chaises en plastique laissées par la manifestation pro-Hamas.

Le Hamas a trop bien compris l’esprit de la manifestation du FPLP. Le FPLP ne veut pas voir le régime du Hamas comme une victime pure, soit d’Israël ou de l’Autorité palestinienne. Vous avez pris le pouvoir ? Prenez aussi vos responsabilités.

Mais la suppression brutale et sans vergogne de la manifestation montre à quel point le gouvernement a peur de Gaza. Il a supprimé toutes les activités du Fatah dans la bande, que ce soit en public ou en privé.

La semaine dernière, il a empêché une manifestation du Front démocratique pour la libération de la Palestine dans le camp de réfugiés d’al-Maghazi, également au sujet de la crise de l’électricité. Il a même interdit une cérémonie du comité de réfugiés de Khan Yunis pour les étudiants qui avaient passé leurs examens de baccalauréat.

En effet, toute activité qui n’est pas contrôlée par le Hamas ou qui proteste contre le siège israélien est définie comme une menace pour l’autorité du mouvement. Si le Hamas avait toujours connu le soutien du public, il n’aurait pas eu besoin de réprimer toute activité qui n’était pas de son initiative ou qu’il trouvait peu flatteur.

Par Amira Hass, Ha’aretz, 16/08/2010

traduction : Julien Masri

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