Cité de David ou Cité de Shafan ben Gmaryahu ?

En plus de 140 ans de fouilles dans le site archéologique de la « Cité de David », dans le village palestinien de Silwan, à Jérusalem, des dizaines de fragments ont été découverts, portant des inscriptions en hébreu ancien. La plupart datent du début du VIIIe siècle jusqu’au VIe siècle avant notre ère, et beaucoup d’entre eux portent les noms de hauts fonctionnaires du royaume de Judée de l’époque. Plusieurs noms trouvés sur les sceaux antiques sont mentionnés dans la Bible en tant que ministres du roi. Éminent parmi ceux-ci figure Gmaryahu ben Shafan, qui est mentionné dans le Livre de Jérémie et dont le nom apparaît sur un sceau découvert lors de fouilles dirigées par le professeur Yigal Shila.

Cependant, de toutes les inscriptions qui ont été découvertes, y compris l’inscription du « tunnel de Shiloah » qui décrit le creusement du tunnel, pas une seule ne mentionne le nom d’un roi. Des personnages tels que le roi David, le roi Salomon et même le roi Ezéchias, dont les noms sont si étroitement associés à la Jérusalem biblique, n’ont pas été trouvé parmi les dizaines d’inscriptions qui continuent d’être découvertes sur le site.

Pour beaucoup, le but de l’archéologie est d’expliquer et de prouver ce qui est contenu dans la Bible. La capacité de faire correspondre les noms des personnages bibliques avec les artefacts trouvés sur le site prouve la véracité de la Bible. Cependant, cette entreprise d’authentification des récits bibliques, et l’envie intense et souvent excessive de chercher la preuve que tel ou tel roi a gouverné dans l’ancienne Jérusalem, interfère avec notre capacité d’apprendre ce que l’archéologie a à nous apprendre, qui est de savoir comment en fait vivaient les gens. Que pouvons-nous apprendre sur leur culture ? Que pouvons-nous apprendre, par exemple, du fait que nous ayons trouvé les noms de cinquante personnes différentes à des postes divers dans le gouvernement royal, mais pas le nom d’un unique roi ?

Le fait que ces fouilles extensives à travers tout le site de la cité de David / Silwan ont révélé les noms de tant de hauts fonctionnaires témoigne de leur position dominante dans le système de gouvernement. En effet, cela peut être la conclusion la plus importante à tirer de ces inscriptions. Ce qu’elles nous apprennent, semble-t-il, c’est que l’ancien royaume de Judée était gouverné par une classe de hauts fonctionnaires, dont le roi était peut-être l’un d’entre eux, mais qu’il n’était pas tout-puissant et que son pouvoir n’était pas absolu.

S’il est vrai que la plupart de ces hauts fonctionnaires ne sont pas mentionnés dans la Bible ou dans tout autre histoire, ce qui est beaucoup plus intéressant et ce que nous ne savions pas avant les fouilles archéologiques, c’est que certains d’entre eux occupaient des postes élevés dans le gouvernement et peut-être ont même pris part à des décisions historiques.

02-jerusalem-old-cityD’autres preuves archéologiques de la vie de ces hauts fonctionnaires sont les tombes familiales découvertes au pied du versant oriental de la vallée du Cédron, près du quartier de Ras al-Amoud. Le point de vue communément admis est que ces tombes ont été utilisées par plusieurs générations de familles de hauts fonctionnaires de Jérusalem. Là encore, aucun tombeau royal n’a été trouvé, malgré les efforts très médiatisés au début du XXe siècle pour localiser le tombeau de la famille du roi David.

Ces dernières années, une grande structure a été mise au jour, d’abord prise pour un palais, que certains pensaient avoir été le palais du roi David lui-même. Cependant, une enquête plus poussée a montré que le roi David n’était pas associée à cette structure et que ce n’était même pas un palais. Il n’est pas contesté, d’autre part, que bon nombre des structures sur le site étaient autrefois les demeures des hauts fonctionnaires.

La prédominance des fonctionnaires et des ministres de l’ancienne Jérusalem est un exemple d’un aperçu historique révélé par la recherche archéologique. C’est sur la base de ces découvertes scientifiques que nous devons nous référer à notre patrimoine archéologique et non sur la base des anciennes histoires et récits que certains groupes nationaux et religieux espèrent voir prouvés. C’est un voyage dans le passé, mais sans qu’il soit nécessaire de prouver un lien avec le peuple juif, ou tout autre peuple. Un visiteur qui cherche à connaître les annales archéologiques ouvre la porte sur un riche passé, une continuité de lieu et de culture dont il fait partie, mais qui appartient d’abord et avant tout à l’endroit où elles existent. Ce passé vaste et englobant n’appartient pas à une seule religion ou nationalité, mais invite les membres de toutes les religions et nationalités à faire partie de celui-ci.

Le site maintenant appelé « La Cité de David » a ces dernières années été transformé en un objet de vénération pour des groupes idéologiques, des colons, et même des chercheurs qui cherchent à prouver le lien entre le nom de l’emplacement et les découvertes archéologiques. La recherche sans fin du lien mystique au roi David nous détourne du véritable propos, qui est la compréhension du passé. En ces jours où le passé est utilisé comme un enjeu politique dans le conflit israélo-palestinien, l’archéologie reste ouverte pour nous tous. Son but n’est pas de prouver ou de réfuter la Bible comme il n’est pas la science seule, mais plutôt d’assurer un avenir meilleur pour les habitants de Silwan, de Jérusalem et de toute la région.

Yonatan Mizrachi, archéologue et membre de l’organisation Emek Schavé, qui traite de la place de l’archéologie dans le conflit israélo-palestinien.

source : Ir Amin

traduction : Julien Masri

2 thoughts on “Cité de David ou Cité de Shafan ben Gmaryahu ?

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Top