Charles Michel, la Nakba et l’antisémitisme

Communiqué de l’Association belgo-palestinienne suite à la déclaration du Premier ministre lors de la commémoration des 70 ans de la création de l’État d’Israël.

Mercredi 25 avril, le Premier ministre Charles Michel célébrait les 70 ans de la naissance de l’État d’Israël à la Grande Synagogue de Bruxelles. Il y a prononcé un discours dans lequel les déclarations de bon sens se sont mêlées à des postures nettement plus problématiques, aux forts relents électoralistes.

Ainsi, notre Premier ministre reprend-il la narration israélienne qui élude soigneusement la politique méthodique de nettoyage ethnique visant à faire disparaître la réalité palestinienne des territoires conquis en 1948. Le « Jour de l’indépendance » est commémoré par les Palestiniens comme celui de la Nakba(« catastrophe »), soit l’expulsion forcée de centaines de milliers des leurs. Leurs descendants, dont le nombre se chiffre aujourd’hui en millions, sont, pour la plupart, toujours privés de leur droit à la citoyenneté là où ils résident, et défendus de retourner sur leurs terres. Saluer de cette manière la mémoire des uns en méprisant celle des autres contrevient au rôle de médiateur pour une paix juste et durable au Proche-Orient qu’entendent jouer l’Union européenne et la Belgique.

Cet objectif est d’autant moins crédible que Charles Michel livre une liste bien sélective des paramètres de résolutions du conflit. Car s’il est question de son attachement sans ambiguïté à la sécurité de l’État d’ Israël, nulle trace, dans le discours du Premier ministre, d’une ébauche de condamnation de la poursuite de la colonisation et de la violation des droits des populations vivant sous occupation. Là encore, il s’agit de reprendre le procédé des autorités israéliennes consistant à réduire la question israélo-palestinienne à un enjeu sécuritaire, pour mieux  s’exonérer de leurs obligations au regard du droit. A l’heure où le président américain Donald Trump s’aligne de façon décomplexée sur les positions du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, la lecture « borgne » du conflit par Charles Michel ne peut que contribuer à renforcer le sentiment d’impunité de la partie israélienne. Pour les mêmes raisons, nous estimons que vanter l’important partenariat commercial qui unit la Belgique à Israël ne favorise pas non plus la paix, l’arme économique représentant l’un des ultimes moyens de pression sur ce dernier.

Enfin, nous regrettons que le Premier ministre appuye son combat contre l’antisémitisme en s’invitant dans la polémique autour de la remise des insignes de Docteur Honoris Causa par l’ULB à Ken Loach. Pour rappel, le principal reproche adressé au réalisateur engagé était son soutien à la campagne « Boycott, Désinvestissement, Sanctions »  (BDS), qui vise à isoler Israël jusqu’à ce que ce dernier se conforme au droit international. En critiquant insidieusement ce choix, Charles Michel donne de la portée à la petite musique qui établit une comparaison insupportable entre Israël et le monde juif, entre militants de la cause palestinienne et antisémites.

Ce faisant, le Premier ministre, à la suite d’autres mandataires politiques, tente, comme le soulignait hier le politologue Pascal Delwit dans les colonnes du Soir, de camper le rôle de meilleur porte-parole de la communauté juive, dans la perspective des élections communales d’octobre. Nous estimons au contraire que ce type d’amalgame contrevient précisément au légitime objectif de « tolérance zéro vis-à-vis de l’antisémitisme ».  Quoi de plus désastreux, en effet, que de laisser penser que le choix du boycott pour soutenir les Palestiniens serait contradictoire avec la lutte contre le racisme antijuifs ?

Dans le climat actuel de crispation identitaire, l’Association belgo-palestinienne appelle le gouvernement à reconnaître la souffrance qu’a représentée la Nakba, et créer les conditions pour que les mémoires s’additionnent au lieu de se concurrencer. Elle l’enjoint également à privilégier le rôle essentiel d’arbitre potentiel dans le conflit israélo-palestinien aux basses considérations de politique intérieure, susceptibles de légitimer le projet de la droite nationaliste au pouvoir en Israël.

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