Ce que disent les élections israéliennes (Extraits choisis)

Bulletin , Juin 2015

J’ai été soulagé qu’un gouvernement sioniste libéral n’ait pas été élu. Il aurait permis à la mascarade du « processus de paix » de durer.

Comme toujours, c’est Benjamin Netanyahou lui-même qui a fourni la conclusion en déclarant la fin de la solution de deux Etats. La puissance de cette escroquerie était visible aux yeux de tous quand les médias locaux avaient prévu une victoire pour le sionisme libéral représenté par la liste de l’Union sioniste d’Isaac Herzog et Tzipi Livni. Les sondages à la sortie des bureaux de vote réalisés par ces excellents statisticiens israéliens ont renforcé cette illusion : le fiasco ! L’attente du camp « libéral » s’est transformée en consternation face au triomphe de Netanyahou.

Débâcle : Il est intéressant d’entamer l’analyse des élections israéliennes par cette débâcle.

Beaucoup de ceux qui votent pour le Likoud de Netanyahou sont des Juifs de la 2e génération venus de pays arabes et musulmans. Ils ont été rejoints cette fois par les colons de Cisjordanie occupée. Les Juifs arabes ont voté plus pour le Likoud que pour Netanyahou. Les colons ont fait de même aux dépens du parti La Maison Juive  de Naftali Bennett. Résultat catastrophique pour les sondeurs ! Les seules nouvelles passionnantes concernaient le succès des citoyens palestiniens d’Israël, unis pour former la Liste commune, qui ont gagné la troisième place après le Likoud et l’Union sioniste.

La victoire du Likoud : Les trois résultats (Likoud renforcé, Union sioniste défaite, représentation palestinienne unifiée et renforcée) devraient servir de catalyseur à une nouvelle réflexion sur la question de la Palestine. La victoire du Likoud, en dépit de l’agitation sociale en Israël et de la position de l’Etat juif dans le monde, indique clairement qu’il n’y aura aucun changement en Israël dans un avenir proche.

Le parti travailliste a fait son maximum et n’est pas susceptible de faire mieux ; il n’offre pas d’alternative vers une réconciliation avec les Palestiniens. Il n’est pas en mesure de concéder à des dirigeants palestiniens, même modérés, le moindre accord leur permettant d’exercer une véritable souveraineté.

Décolonisation : La communauté internationale devrait comprendre que seule la décolonisation peut mener à la réconciliation et ce, par les mêmes moyens que ceux utilisés contre l’apartheid en Afrique du Sud. Le choix de la campagne BDS n’a jamais paru plus judicieux qu’aujourd’hui. Les pressions conjointes de l’extérieur et du mouvement de résistance intérieur constituent la ùùùùù= manière de forcer les Israéliens à repenser leurs relations avec les Palestiniens. Dans le cas contraire, nous pouvons nous attendre à ce que le Likoud gagne 40 sièges lors des prochaines élections, à la suite d’un prochain soulèvement palestinien.

Un élément neuf est l’existence de la Liste commune : elle peut stimuler l’imagination d’autres communautés palestiniennes sur la possibilité d’une unité dans les objectifs. Que les islamistes et les marxistes puissent agir ensemble pour un meilleur avenir serait exemplaire.

Mais on peut aussi rêver de solutions alternatives car en dépit de sa cruauté, le projet sioniste n’est pas le pire de l’Histoire. Malgré la souffrance qu’il a causée l’été dernier à Gaza, il n’a pas exterminé la population locale et son projet de dépossession demeure inachevé.

Vision : Le souhait des Palestiniens est de vivre une vie normale : sans discriminations en Israël, sans apartheid ni occupation militaire en Cisjordanie, sans bouclage de la Bande de Gaza, mais avec un droit au retour pour les réfugiés palestiniens.

La communauté internationale peut jouer un rôle positif en soutenant cette vision si elle adopte comme principes de base que le sionisme est colonialiste et donc que l’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme et qu’elle renonce au traitement préférentiel accordé à Israël au cours des ans, en particulier dans le domaine des droits humains.

Il est urgent d’abandonner les vieilles formules pour la « paix » qui n’ont rien donné et de commencer à chercher des solutions justes et viables.

Par Ilan Pappé, directeur du Centre européen d’études palestiniennes de l’université d’Exeter.

20 mars 2015 – The Electronic Intifada ; traduction : Info-Palestine-Naguib