Carte blanche : le blocus israélien se durcit, la vie à Gaza tient à un fil

Depuis 11 ans, le blocus israélien a des conséquences dévastatrices à Gaza, bloquant une aide humanitaire vitale pour l’eau potable, l’assainissement et les soins de santé. Une carte blanche d’Oxfam

En juillet, l’annonce du gouvernement israélien a été vécue comme une peine de mort pour l’économie de Gaza : nouveau durcissement du blocus, fermeture du principal passage commercial vers la Bande, arrêt de l’import de carburant et de gaz – y compris pour les réserves d’urgence de l’ONU –, et mise à l’arrêt des constructions vitales financées par les donateurs internationaux. Le 24 juillet 2018, le poste-frontière a été partiellement rouvert pour permettre le passage d’un peu de carburant et de gaz, puis l’interdiction a été rétablie le 2 août. Les seuls articles actuellement autorisés à entrer à Gaza sont la nourriture, les médicaments et le fourrage, et encore, au cas par cas.

Le gouvernement israélien a imposé ces mesures en réponse aux groupes et aux individus qui envoyaient des cerfs-volants et des ballons incendiaires vers Israël. Nous condamnons les violences contre les civils des deux parties, que ce soit les tirs sur des civils palestiniens par des tireurs d’élite israéliens, et les tirs de roquettes et l’envoi de cerfs-volants et ballons incendiaires depuis Gaza. Tant les Palestiniens que les Israéliens méritent de vivre dans la paix et la dignité, sans craindre les violences ou l’oppression. Mais ces mesures de représailles israéliennes punissent tous les habitants de Gaza : les civils, les femmes, les enfants – des gens qui n’ont rien fait pour les mériter.

Quel sera l’impact de ces dernières restrictions ?

Interdire l’entrée de carburant était une décision particulièrement dangereuse : dans la bande de Gaza, le carburant importé est largement utilisé pour compenser le manque grave et chronique d’électricité. En moyenne, les ménages reçoivent ainsi 4 heures d’électricité par jour et l’accès à l’eau potable est fortement réduit. Un enfant de 11 ans à Gaza n’a jamais connu une journée complète d’électricité. Le carburant importé est donc crucial pour alimenter les générateurs des habitations, des entreprises et d’autres infrastructures critiques telles que les hôpitaux.

L’ONU a également tiré la sonnette d’alarme cette semaine : pour près de 40 des 132 installations d’approvisionnement en eau et assainissement, les stocks de carburant ne sont actuellement que de 1 à 2 jours. « 1,2 million de Palestiniens courent un risque imminent d’être confrontés à des débordements d’eaux usées aux alentours des 41 principales stations de pompage des eaux usées », a ainsi déclaré Jamie Mc. Goldrick, Coordonnateur humanitaire des Nations Unies dans les Territoires Palestiniens occupés.

Chaque jour où le poste frontière vers Gaza est fermé, de nombreux enfants doivent attendre encore plus longtemps pour avoir accès à l’eau potable et aux toilettes – des droits fondamentaux que nous tenons pour acquis. Plus de 97 % de l’eau à Gaza est impropre à la consommation et près d’un quart de la population n’est pas raccordé à un réseau d’égouts, résultat combiné de 50 ans d’occupation israélienne et de conflits récurrents.

Le durcissement du blocus signifie aussi que les agriculteurs ne pourront plus exporter leurs produits, qui vont maintenant être gâtés et que la zone de pêche autorisée aux pêcheurs de Gaza a été encore réduite. Cette zone était pourtant déjà réduite à une fraction de ce qui avait été décrété dans les accords d’Oslo, et la pêche y devient donc de plus en plus impossible. Ghaleb, onze ans, a ainsi récemment expliqué à Oxfam que son père avait l’habitude d’attraper dix à vingt kg de poisson. « Ça fait peur maintenant », explique Ghaleb. « Ceux qui vont plus loin dans la mer seront arrêtés et ils confisqueront leur équipement. »

Actuellement, plus de la moitié de la population de la bande de Gaza vit sous le seuil de la pauvreté et un million d’entre eux n’a pas assez de nourriture pour nourrir leur famille. Avec la détérioration de la situation économique, le chômage est maintenant à 49 % ; 71 % chez les femmes.

Et les dernières restrictions du gouvernement israélien menacent d’exacerber cette situation déjà sombre.

Est-ce que quelqu’un s’en soucie ?

Peut-être. S’en soucient-ils assez pour tenir le gouvernement israélien responsable de la catastrophe humanitaire qui continue de s’intensifier à Gaza ? Pour le moment, il semblerait que non.

Le blocus signifie qu’aucun objet n’est autorisé à entrer même via le Mécanisme de reconstruction de Gaza (MRG) pourtant financé par des fonds internationaux. Le MRG a été établi par l’ONU pour faciliter l’entrée de matériaux de construction et une série d’articles classés par Israël comme à « double usage » et donc fortement contrôlés (Israël affirmant que ces objets peuvent aussi être utilisés à des fins militaires).

Le Royaume-Uni, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Norvège et l’Australie continuent de financer ce mécanisme. Mais ils ne parviennent pourtant pas à mettre Israël face à ses responsabilités et à pousser à permettre enfin la reconstruction et le développement économique nécessaires pour sortir Gaza de sa situation critique.

D’autres projets financés par des donateurs internationaux, liés à l’eau potable, à la santé et à l’assainissement, représentant des dizaines de millions de dollars américains, sont actuellement bloqués par les restrictions imposées par le gouvernement israélien. Et ce n’est que l’un des nombreux secteurs cruciaux impactés par le blocus.

Que peut-on y faire ?

Beaucoup. Si vous payiez des millions de dollars pour construire des infrastructures et apporter de l’aide, ne mettriez-vous pas tout en œuvre pour vous assurer qu’elle arrive à bon port ?

L’impunité est un obstacle majeur à la reprise économique à Gaza : sans contraindre les autorités israéliennes à assumer leurs responsabilités et sans mettre une pression effective pour permettre la reconstruction et le développement économique, il y a peu d’espoir de progrès ou de justice pour les Palestiniens de Gaza.

Il est donc crucial d’exiger des autorités israéliennes des mesures immédiates telles que la fin des récentes restrictions supplémentaires aux importations et aux exportations. Il faut aussi remettre en question de toute urgence la liste israélienne des éléments à « double usage ». Car cette liste contient des éléments essentiels pour les secteurs de l’eau potable, de l’électricité et de la santé.

Tant qu’on ne placera pas les autorités israéliennes face à leurs responsabilités, des bébés continueront à naître dans des foyers sans eau potable, exposés aux maladies, mettant leur vie en danger. Les civils ne parviendront pas à subvenir aux besoins de leur famille et l’aide internationale ne pourra toujours pas franchir le blocus.

 

Carte blanche d’ Oxfam Solidarité,

Publiée dans LeSoir le 13 aout 2018

http://plus.lesoir.be/172900/article/2018-08-13/le-blocus-israelien-se-durcit-la-vie-gaza-tient-un-fil

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