Fiche pédagogique : la bande de Gaza

 Où est située la bande de Gaza ?

Gaza est une bande de terre large de 6 à 12 kilomètres de long avec une superficie de 360 kilomètres carrés et est l’une des zones les plus densément peuplées au monde. Elle fait partie de la Palestine et est séparée par une cinquantaine de kilomètres israéliens de la Cisjordanie. C’est d’ailleurs l’État d’Israël, qui de concert avec l’Égypte, encercle la bande de Gaza. Ce sont ces clôtures, check-points et corridors qui ont donné à Gaza le surnom de « plus grande prison à ciel ouvert de la planète. »

Qui habite dans la bande de Gaza ?

Près de 1,8 millions d’hommes et de femmes vivent dans la bande de Gaza. Ils sont majoritairement les descendants des réfugiés palestiniens qui ont fuit l’indépendance d’Israël en 1948, expulsés des terres qu’ils occupaient, chassés de leurs foyers. Comme on peut le voir, la majorité de la population a moins de 25 ans.

Techniquement, c’est quoi le blocus ?

  • Une clôture avec des check-points gardée par des soldats israéliens rendant toute mobilité hors de la bande de Gaza fantaisiste et contrôlant les biens et personnes y entrant et en sortant ;
  • Une zone tampon (un no-man’s land) qui empêche les habitants de se rapprocher trop près de la clôture mise en place par le gouvernement israélien, cette dernière représente 17% du territoire de Gaza. Plusieurs palestiniens ont perdu la vie abattus par des soldats israéliens, faute de s’être approché un peu trop près de la clôture au regard de ces derniers ;
  • Une surveillance maritime réduisant la zone dans laquelle les bateaux palestiniens peuvent naviguer (et donc pêcher) à trois miles nautiques (4,8km) ;
  • C’est aussi un blocus psychologique: le fait pour un gazaoui d’être à la merci d’un gouvernement étranger, Israël, qui considère les habitants de Gaza comme dangereux pour son pays et de ne pas savoir quand celui-ci va frapper. De ne pas pouvoir s’échapper et vivre dans l’angoisse des bombes.

Au regard du droit international ?

Gaza est un territoire occupé malgré le désengagement d’Israël en 2005 étant donné le contrôle effectif qu’y exerce Israël. En conséquence, Israël a l’obligation d’assurer l’approvisionnement de la population en vivres et produits médicaux, de maintenir les établissements médicaux et assurer la santé et l’hygiène publiques. Or force est de constater qu’Israël est loin de respecter ses obligations.

Le blocus représente quant à lui une punition collective de la population, strictement interdite par la 4e Convention de Genève. En cherchant à viser le Hamas, Israël punit en effet l’ensemble de la population gazaouie. Israël invoque la légitime défense pour mener ses attaques militaires contre Gaza. Cependant, celle-ci ne peut être invoquée qu’entre États, lorsqu’un État tiers se rend coupable d’un acte d’agression. Israël ne peut donc ni l’invoquer contre le Hamas ni contre la Palestine (à laquelle il ne reconnaît pas de caractère étatique). Si tant est qu’Israël reconnaisse la Palestine, c’est cette dernière qui pourrait faire valoir que l’occupation et le blocus de la bande de Gaza constituent des agressions. Enfin, pendant les hostilités, Israël — comme les groupes palestiniens — sont tenus de respecter le droit international humanitaire.

Quelles sont les conditions de vie à Gaza ?

  • Électricité : les coupures de courant peuvent durer de 12 à 18 heures par jour et concernent 90% des habitants ;
  • Eau : le pourcentage d’eau impropre à la consommation est également de 90% ;
  • Nourriture : sur les ménages gazaouis, 75% ont des difficultés à se fournir en nourriture ;
  • Aide humanitaire : la bande de Gaza a la concentration d’ONG la plus élevée au monde et a reçu près de 25 milliards de dollars américain d’Aide sur ces deux dernières décennies. Cependant, l’Aide que perçoit le Népal est plus une aide humanitaire que de développement. Près de 80% de la population est directement dépendante de l’aide humanitaire pour assurer sa survie ;
  • Économie : l’état de siège rend difficile l’acheminement de matériaux de constructions au sein de Gaza, car une bonne partie d’entres eux suscitent la méfiance d’Israël, ces derniers, « pouvant servir à faire des armes,» restent alors bloqués à la frontière. Tout comme la possibilité d’un développement économique ou politique. Les exportations aujourd’hui sont à moins de 3% de leur volume d’avant le blocus et la Banque mondiale estime que 50% du PIB de Gaza a été amputé par le blocus ;
  • Emploi : le chômage atteint des niveaux catastrophiques. Il touche près de 40% de la population gazaouie et ce chiffre grimpe à 67% chez les jeunes ;
  • Circulation : les gazaouis ne peuvent quitter l’enclave de Gaza que pour des « raisons humanitaires», c’est à dire pour de sérieuses raisons médicales. Cette privation de la liberté de circulation a une autre conséquence: la séparation entre palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, qui forment pourtant, selon le droit international, une seule et même entité territoriale. Plusieurs accords de passage ont été signés, mais aucun n’a été respecté.

Le blocus a donc des conséquences catastrophiques sur la vie quotidienne des habitants. À cela s’additionne la mémoire des agressions israéliennes (en 6 ans les Gazaouis ont vécus trois offensives israéliennes) et la crainte de nouveaux bombardements. État de stress grave, troubles mentaux, dépression, désordres psychiatriques, syndrome de stress post-traumatique sont des mots qui n’ont aucune chance d’être inconnus du quotidien d’un médecin travaillant à Gaza.

Ces troubles sont d’autant plus forts qu’ils sont nourris par un appauvrissement général et croissant de la population (40% de la population vit sous le seuil de pauvreté) et fournissent un terreau fertile à la radicalisation. Qu’il s’agisse du blocus ou des bombardements, le gouvernement israélien viole donc consciemment les Droits de l’Homme des habitants d’un pays n’étant pas le sien.

Asmaa Al’Ghoul écrivait en 2015:

Six mois après la fin des combats à Gaza, la population palestinienne reste soumise à un double blocus, celui d’Israël et celui des autorités égyptiennes. Aucune des promesses faites de reconstruction n’a été tenue et la « communauté internationale » laisse faire. Les Palestiniens ont simplement le choix entre différentes façons de mourir, plus ou moins lentes.[1]

 

Quels sont les mouvements politiques gazaouis ?

C’est le Hamas qui gouverne, dans la mesure de ses moyens, et qui domine politiquement Gaza. Branche palestinienne des frères musulmans. Bien que ce dernier ait été élu démocratiquement, de nombreux membres de sa branche armée ont étés impliqués dans des attentats-suicides et des tirs de roquettes. Il est considéré aux yeux d’Israël, du Canada, des États-Unis, du Japon, de l’Égypte et de la Jordanie comme une organisation terroriste[2]. La majore partie de la communauté internationale refuse de dialoguer avec le Hamas, additionnant à l’isolement physique, l’isolement politique. Le refus de la communauté internationale de traiter avec le Hamas ainsi que la nouvelle politique des autorités militaires égyptiennes et les tentatives de déstabilisation initiées par le gouvernement israélien ont créé une véritable dissension politique au sein de la société palestinienne.
Cette division politique a de sérieuses conséquences : les retards fréquents dans le transfert de fonds entraînent un ralentissement dans la fourniture des services et complique la mise en place de stratégies et de vision communes ainsi que la hiérarchisation des priorités. À cela s’ajoute l’absence de contrôle des ressources et des frontières créant une situation de dépendance de facto à l’État israélien. Enfin, le Hamas doit faire face à des soucis financiers et à la montée en puissance de groupes extrémistes armés contestant son autorité. Certains sympathisants du Hamas soutiennent que ce dernier est un rempart protégeant la bande de Gaza des idéologies véhiculées par Al Qaïda ou l’auto-proclamé État islamique.
Toutefois, il importe de rappeler que ce proclamé rempart contre l’extrémisme, n’est pas exempt de torts : opacité, corruption, clientélisme et son mépris du droit international humanitaire selon Amnesty International. En effet, après la dernière agressions israélienne en 2014, la Hamas a lancé une campagne d’enlèvements, d’assassinats et d’exécutions sommaires contre des Gazaouis soupçonnés de collaboration avec Israël, les aveux ayant été obtenus dans la plupart des cas sous la torture. De même, des attaques contre des membres du Fatah, menaçant l’hégémonie du Hamas dans la bande de Gaza, ont été rapportées par différents observateurs[3].

Malgré ce conflit politique avec l’autre parti palestinien, le Fatah — lequel est dominant en Cisjordanie et a plus de reconnaissance internationale — ces derniers sont en dialogue pour apporter des solutions à la question de la radicalisation de la société palestinienne. Toutefois, la plupart des observateurs se montrent relativement pessimistes quant à l’issue de ce dialogue.

Quel est le discours du gouvernement israélien sur la bande de Gaza ?

Afin de mieux comprendre sa position, il est d’abord nécessaire de préciser que le gouvernement de Benyamin Netanyahu (Likud, centre droit) se radicalise de plus en plus et, comme à chaque élection — et probablement jusqu’à la prochaine — est le plus à droite de l’histoire d’Israël.

On peut prendre l’exemple du ministre de la défense actuel (2016), Advigor Lieberman (Yisrael Beiteinu, ultra-nationaliste, d’extrême droite), tenant ces propos :

Il faut décapiter les Arabes à la hache[4] ou encore Je souhaite créer un État israélien ethniquement homogène.[5]

Ou encore l’actuelle ministre de la justice, Ayelet Shaked (Jewish Home, extrême droite, conservateur, religieux), laquelle déclarait en 2014 :

« Derrière chaque terroriste se tiennent des douzaines d’hommes et de femmes, sans qui il ne pourrait pas s’engager sur la voie du terrorisme. Ils sont tous des combattants ennemis et leur sang leur retombera sur la tête. Ceci concerne aussi les mères de ces martyrs, qui les envoient en enfer avec des fleurs et des baisers. Elles devraient suivre leurs fils, rien ne serait plus juste. Elles devraient disparaître de même que les maisons dans lesquelles elles ont élevé ces serpents. Sinon, d’autres petits serpents y seront élevés.[6] »

Au delà de ces déclarations de haine par des membres du gouvernement, il est important de noter une montée de la xénophobie de manière générale, où tout ennemi du gouvernement devient un ennemi du peuple juif, nous pouvons prendre par exemple les deux ONG B’tselem[7] et Breaking the Silence[8]. Ces deux organisations sont considérées comme des traîtres à la nation soutenus par des bailleurs de fonds étrangers et font fréquemment l’objet de critiques acerbes et de menaces. Cette xénophobie et assimilation de l’opposition à des manœuvres étrangères hostiles à Israël est malheureusement loin d’être rare et va de pair avec le projet sioniste, dominant politiquement, d’aboutir à un état homogénéisé et juif[9] (voir annexe sur le sionisme pour plus de détails).

Lorsque le gouvernement israélien décrit la bande de Gaza, il la limite fréquemment au Hamas et au radicalisme musulman mondial, la décrivant comme une menace pour la sécurité d’Israël.

Benyamin Netanyahou, Premier Ministre israélien déclarait lors d’une conférence de presse conjointe avec le Secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-moon (lorsque des avions de l’armée israélienne bombardaient des civils en 2014) :

Ils [le Hamas] savent que nous réagirons, ils veulent plus de victimes civiles car ils savent que ça va les renforcer. […] l’Aide Internationale est détournée par le Hamas pour financer son terrorisme […] le Hamas est juste une des formes du terrorisme musulman mondial, nous n’avons pas d’autres choix que de nous défendre.
Ainsi le gouvernement israélien transfère dans son discours la culpabilité des crimes de guerres commis par Israël sur la population de Gaza au Hamas. Il n’est pas rare dans le champ médiatique francophone de voir la question de Gaza abordée à travers le prisme israélien. Une vision déformée de la réalité justifiant un état de siège depuis 2007 et le bombardement de civils par le fait que des roquettes de fortunes ont été lancée depuis la même zone.
On peut considérer cette analyse de la situation comme un retour en arrière par rapport à la loi du talion. Si on vous donne un coup de poing, allez-vous tirer une balle dans la tête de la personne qui vous a frappé ainsi que de sa femme/son mari et ses enfants? Le principe « d’œil pour œil et dent pour dent » est devenu « œil pour mort et dent pour deuil » en terre palestinienne.
Bien évidemment, il serait malhonnête intellectuellement d’affirmer que l’ensemble du spectre médiatique chante les louanges d’Israël contre vents et marées. Cependant on peut affirmer sans trop de crainte que le son de cloche palestinien est bien plus inaudible et trop souvent malhonnêtement assimilé à de l’antisémitisme par d’autres institutions.

Bien qu’une contestation civile internationale grandisse, notamment à travers le mouvement BDS[10], Israël se moque des pressions internationales de la société civile et continue ses crimes de guerre en toute impunité.

[1] Al’Ghoul A.(2015).« Roses rouges à Gaza, différentes façons de mourir pour les palestiniens. »Dans: Orient XXI.En ligne: http://orientxxi.info/magazine/roses-rouges-a-gaza,0818

[2] L’Australie et la Grande-Bretagne font la distinction entre branche politique et branche armée, cette dernière étant considérée comme organisation terroriste contrairement à la première.

[3] Amnesty International.(2015).Palestine (State of): ‘Strangling necks’ abductions, torture and summary killings of Palestinians by Hamas forces during the 2014 Gaza/Israel conflict.Amnesty International, Londres. No. d’index: MDE 21/1643/2015

[4] Haaretz (2015). « Lieberman: Disloyal Israeli Arabs Should Be Beheaded » Dans: Haaretz

[5] Winer S. (2014). « Liberman defends his population transfer plan » Dans : The Times of Israel.

[6] M. Stephane. (2015). « Israël: la Ministre a appelé au génocide des Palestiniens » Dans: Mediapart (blog)

[7] Le centre israélien d’information pour les droits de l’homme dans les territoires occupés.

[8] Une association d’anciens militaires israéliens dénonçant les exactions de l’armée israélienne.

[9] Willem Doise observait en 1982: « Quand le sociologue Windisch (1982) étudie la xénophobie en Suisse il retrouve les phénomènes d’homogénéisation et de généralisation étudiés par les expérimentalistes. De plus, il montre que ceux qui utilisent ces procédés pour différencier leur groupe national par rapport aux étrangers sont aussi ceux qui défendent avec le plus d’acharnement une représentation unificatrice et normative de leur groupe en reléguant dans la déviance, « influencée » d’ailleurs par les étrangers, les comportements qui contredisent cette vision unitariste. »
Voir: Doise W.(1982).Les relations entre groupes.Dans: Psychologie sociale, dirigé par Serge Moscovici.Éditions Quadrige, Presses Universitaires de France.pp.253-274.ISBN: 978-2-13-063344-0.p.272

[10] Boycott Divest Sanction

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