Aliyah au-delà de la ligne verte

La colonie israélienne d'Ariel, fondée en 1978 en Cisjordanie occupée
La colonie israélienne d'Ariel, fondée en 1978 en Cisjordanie occupée

« La qualité de vie, le logement à faible coût, de généreuses subventions plutôt que la politique attirent les nouveaux immigrants – y compris la communauté croissante des anglophones – dans ville d’Ariel en Cisjordanie », Joanna Paraszczuk décrit dans le Jerusalem Post les attraits d’Ariel, colonie de 18.000 habitants située dans le nord de la Cisjordanie à 17 kilomètres à l’Est de la ligne verte. Destiné à promouvoir l’aliyah – immigration juive vers Israël – à Ariel, l’article permet de comprendre les véritables raisons qui poussent les gens à s’y installer, mais détruit par la même occasion les faux arguments souvent utilisés pour la poursuite de la colonisation, comme celui de la « croissance naturelle ».

L’argument de la croissance naturelle des colonies a souvent été avancé contre l’instauration d’un moratoire. Le taux d’accroissement démographique naturel est un terme qui renvoie à la différence entre le nombre de naissances et le nombre de décès au sein d’une population donnée. Il ne comprend pas l’accroissement migratoire. Or à la lecture de l’article de Joanna Paraszczuk, il semble que la croissance de la population d’Ariel soit essentiellement tributaire de l’immigration.

Et cette immigration n’est même pas « naturelle ». La municipalité ne cache en effet pas le fait qu’elle a pour objectif de promouvoir l’aliyah à Ariel. Ron Nachman, maire et fondateur d’Ariel confie ainsi que son plan est d’attirer quelques 6.000 olim – individus entreprenant leur aliyah -, c’est-à-dire le même nombre que ceux venus d’ex-URSS. A cause du moratoire – imposé par le gouvernement du 25 novembre 2009 au 24 septembre 2010 – “nous n’avons pas été capable de faire venir assez de nouvelles personnes parce qu’on ne pouvait plus construire » confie par ailleurs Avi Zimmerman du Fonds de Développement d’Ariel.

Mise à part la publicité pour une municipalité moderne, « à l’européenne » et centrale, les aides économiques de l’Etat rendent l’immigration vers Ariel également économiquement intéressante. L’article du Jérusalem Post nous informe ainsi du fait qu’Ariel « est une des cinq villes (les autres étant Haifa, Jérusalem, Ma’ale Adumim et Modi’in) promues par l’Agence Juive comme faisant partie de son Projet d’Aliyah et d’Absorption communautaire ».

La population d’Ariel est constituée par une majorité de russophones, et une communauté anglophone grandissante. La plupart des olim d’Ariel sont des juifs orthodoxes (de tendances différentes) et sionistes. Les résultats des dernières élections ont démontré un électorat à 45% pour le Likoud et 31% pour Israel Beitenou, le parti d’Avigdor Lieberman. Ces nombres sont compréhensibles puisque le Likoud défend la colonie depuis longtemps et que le parti de Lieberman est populaire auprès de la population russophone d’Ariel.

Décrite par Netanyahou comme « la capitale de la Samarie », les habitants d’Ariel en louent la centralité et les facilités de déplacement : « Le trajet de bus fortement subventionné depuis Tel Aviv coûte moins de 10 Shekels and prend environ une heure par la Route 5, une autoroute à quatre-bande et rapide ». La comparaison avec les Palestiniens, habitants par exemple à Qalqilya, ville située à seulement quelques kilomètres d’Ariel, mais qui eux ne peuvent pas se rendre à Jérusalem, encore moins à Tel Aviv, et dont la vue, allant autrefois jusqu’à la côte méditerranéenne, est désormais bouchée par le mur.

Heureusement, les Israéliens ne cautionnent pas tous le développement des colonies de peuplement comme Ariel. Cette année, de nombreux artistes, dont le romancier David Grossman, le dramaturge Yeshoshua Sobol et le réalisateur Eytan Fox, ont décidé de boycotter les représentations prévues dans le Centre Culturel d’Ariel, parce qu’il était situé en Cisjordanie.

N.J.O.

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