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Catégorisé | Documentation, Témoignages

Rapport sur le récit de Iyad Burnat à la conférence de l’école supérieure IHECS

Source photo: Indymedia Ireland (http://www.indymedia.ie/article/95083)

Source photo: Indymedia Ireland (http://www.indymedia.ie/article/95083)

Iyad Burnat est le responsable du Comité Populaire de Bil’in, un village palestinien situé à environ 25 kilomètres au Nord-Ouest de Jérusalem. Le Comité Populaire de Bil’in a pour philosophie de mener un combat contre l’occupation de manière pacifique, par des actions et des manifestations régulières. Iyad Burnat voyage ce mois-ci à l’étranger afin de faire entendre sa voix et présenter sa vision des faits ainsi que celle de ces villageois palestiniens victimes d’une colonisation constante et de répressions meurtrières.

Dès l’âge de 17 ans, Iyad fut arrêté arbitrairement, et fut enfermé dans une pièce dont la taille avoisinait le mètre cube, dans laquelle s’écoulait constamment de l’eau. Chaque jour, les soldats israéliens le battaient et lui demandaient également de signer un document dont il ne connaissait pas le contenu, en lui promettant de le relacher s’il le signait. Se doutant qu’il s’agissait d’une proposition douteuse, il refusa de signer ce document, jusqu’au moment  où les conditions étaient telles qu’il se résigna à accepter, après 21 jours d’enfermement.

Très vite, il découvrit que sa signature avalisait une déclaration le présentant comme coupable d’une série d’actes délictueux et le faisant passer pour membre de groupes de résistance violents. Le verdict judiciaire prévoyait alors de le maintenir en prison pour une durée de deux ans.

La prison dans laquelle il se trouvait regroupait 2500 personnes, dont la plupart étaient des enfants. Iyad y est resté deux années, en toute injustice.

Lorsqu’en 2004 l’Assemblée Générale des Nations Unies a voté la résolution non contraignante condamnant la construction du mur sur les territoires palestiniens de Cisjordanie, très peu de médias relayaient le fait qu’Israël continuait de raser des maisons palestiniennes, allant à l’encontre de la décision internationale votée à une écrasante majorité.

Les mouvements de résistance se sont donc poursuivis, sous forme de manifestations pacifiques.

En 2005, c’était au tour des villageois de Bil’in de voir leurs terres confisquées. Le village comporte 1600 habitants, et 60% des terres ont été confisquées, et rasées par des bulldozers arrachant environ un millier d’oliviers âgés de 500 à 1000 ans. Après que plusieurs habitants aient été agressés, des manifestations quotidiennes ont commencé à se mettre en place au mois de février 2005. S’en suit ensuite la création d’un comité populaire hebdomadaire pour organiser les manifestations hebdomadaires du vendredi.. Lors de celles-ci, plusieurs méthodes ont été utilisées pour défendre les terres des habitants : disposition de barrières autour des champs et oliviers, et certains palestiniens se sont attachés aux arbres afin de les protéger des machines.

Cela fait maintenant sept années que les manifestations ont lieu. Elles ont pris de l’ampleur et sont maintenant soutenues par des internationaux venant y prendre part, ainsi que par des israéliens. L’armée israélienne a tout fait pour faire capoter définitivement ces manifestations, en vain. Les soldats ont utilisé des gaz lacrymogènes, des eaux contaminées, et même des armes et des bombes sonores. Ils ont arrêté 150 personnes dont des enfants, blessé environ 1300 personnes, et ôté la vie à deux citoyens.

De manière récurrente, les troupes israéliennes envahissent illégalement le village pour pénétrer dans les habitations, masqués de cagoules et munis d’armes en tout genre, brisant fenêtres et portes sur leur passage afin de terroriser la population dans le but de les dissuader de poursuivre la résistance. Iyad décrit le village de Bil’in comme un « laboratoire d’attaques». L’habitation familiale d’Iyad a déjà été violée à une quinzaine de reprises, terrorisant ses enfants, sa femme et lui-même. Il explique que sa fille n’ose plus dormir seule, et que son fils et sa femme ont reçu des coups et ont été blessés au point de nécessiter des soins médicaux.

Suite aux procédures judiciaires, qui, il faut le préciser, se font via les instances judiciaires  israéliennes qui prennent un temps considérable avant de traiter de tels dossiers, les habitants ont pu faire reculer le mur de 500 mètres, avec l’aide d’avocats israéliens en contact avec la population, et ont empêché la création de 31 nouvelles habitations de colons.

Bassem Abu Rahmah, surnommé Pheel (qui signifie « éléphant » en arabe) par analogie à sa taille, figure emblématique du mouvement de résistance pacifique, connu et respecté par tous pour son engagement, fut tué le 17 Avril 2009 en pleine poitrine par une grenade lacrymogène tirée en sa direction. Les grenades lacrymogènes ont en effet l’impact d’une arme à feu lorsqu’elles sont dirigées vers des personnes, et tirées presqu’à bout portant. Plusieurs documentaires furent réalisés sur la vie du jeune homme et les circonstances de sa mort. Le premier janvier 2011, la sœur de Bassem, Jawaher Abu Rahmah mourût des suites de l’inhalation de gaz lacrymogènes.

Depuis le début des manifestations,  35 personnes ont été tuées de la même manière que Bassem Abu Rahmah, dont 5 à Bil’in, et dont un enfant de 9 ans qui avait lancé une pierre vers un soldat armé.

16 villages suivent actuellement le processus de résistance populaire pacifique et chaque semaine, des manifestants se font arrêter. Malgré de nombreuses accusations portées devant les tribunaux israéliens, jamais un soldat israélien n’a été condamné pour avoir tué un manifestant pacifique. Les demandes de condamnations et de compensations n’ont jamais été prises en compte. Et au niveau judiciaire international, l’Etat d’Israël ne respecte pas plus l’avis de la Cour de Justice Internationale de La Haye sur l’illégalité du Mur de séparation (2004), ni les résolutions de l’Assemblée Générale des Nations Unies.

Interventions de la part de l’auditoire et réponses basées sur celles de Iyad Burnat.

« Où est situé le Mur de séparation ? »

Le mur est situé sur le territoire palestinien et grappille des terres palestiniennes tout le long de la Ligne Verte. La bande de Gaza et la Cisjordanie représentaient avant la création du mur 22% de la totalité de la Palestine mandataire. Le territoire est maintenant réduit à 11% depuis que le mur a été érigé.

« Quels arguments ont poussé Israël à accepter de reculer le mur de 500 mètres à Bil’in ? »

D’une part la résistance populaire n’a fait qu’augmenter. La solidarité internationale avec le mouvement a été de plus en plus forte. D’autre part, ces actions ont été doublées d’actions judiciaires. Mais le nouveau tracé du mur se situe encore à 6 kilomètres derrière les frontières d’avant-1967.

« Il y a-t-il une police palestinienne pour contrer l’armée israélienne ? »

Depuis des accords d’Oslo de 1993, il est stipulé qu’en aucun cas il ne peut y avoir d’interaction entre la police palestinienne et l’armée israélienne. L’armée israélienne ayant maintenu son occupation et sa colonisation malgré l’agenda d’Oslo, la résistance est donc menée par la population palestinienne. Il y a évidemment un fossé entre la puissance d’une armée et celle d’une population.

« Je respecte votre résistance pacifique, mais Israël se met au dessus du droit international et ne respecte pas les résolutions. Le droit international dit aussi que sous l’occupation, il est légal de résister de quelque manière qu’elle soit, y compris par des moyens non-pacifiques. »

Deux raisons principales conduisent la population à résister de manière pacifique. La première est qu’une résistance pacifique est accessible à toute la population, jeune ou âgée, féminine ou masculine, valide ou moins valide. La seconde est le fait que les médias israéliens sont très puissants par rapport aux palestiniens, et qu’un acte violent est tout de suite instrumentalisé et retourné contre l’image des Palestiniens comme ce fut le cas dans le passé, avec la propagande du « terrorisme palestinien » qu’il fallait combattre. Qui plus est, « nous ne voulons pas donner la chance aux Israéliens de tuer à nouveau 1500 civils en un mois comme cela s’est produit à Gaza. La résistance pacifique est efficace ! Regardez le combat contre la ségrégation raciale de Martin Luther King aux Etats-Unis, et celui de [Desmond Tutu (entre autres)] contre l’Apartheid en Afrique du Sud, » termine Iyad Burnat.

Le combat de Iyad Burnat, représentant (mais pas dirigeant) le Comité Populaire de Bil’in, et celui des nombreux palestiniens continue de grandir et d’attirer le soutien d’internationaux. Une multitude d’associations et d’organisations se battent pour défendre les droits des Palestiniens, à partir de la Palestine, d’Israël et de nombreux pays du monde.

Iyad Burnat continue à voyager dans différents pays pour faire savoir à quoi sont confrontés les Palestiniens, en présentant sa propre expérience, une voix parmi toutes les autres.

Le 30 mars, à l’occasion de la journée de la Terre, aura lieu une grande marche internationale vers Jérusalem. Iyad Burnat appelle les citoyens du monde entier à manifester devant l’ambassade israélienne de son pays, en soutien aux Palestiniens, et plus précisément pour stopper l’occupation et ainsi permettre à la résistance pacifique d’être plus forte que les armes.

Plusieurs manifestations pacifiques ont lieu à Bruxelles devant l’ambassade israélienne, de 12h30 à 13h30 (visitez l’agenda du site de l’Association Belgo-Palestinienne pour plus d’informations.)

Un nombre important de médias sont invités à la Conférence annuelle sur la résistance populaire à Bil’in du 10 au 13 Avril 2012 qui rassemblera des militants du monde entier. Tout le monde y est le bienvenu !

Source: ABP, par F.C. – 17 Février 2012

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